‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 205 sur 474 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Eh bien, mon cher monsieur, ôtes-vous délassé ?

M. d'oRLANGK.

Dès le moment qu'ici j'ui vu mademoiselle....

M. d'oRFEUIL.

Pardon si je vous ai laissé seul avec elle.

M. d'or LANGE.

C'est au contraire à moi de vous remercier.

Malheur à qui pourrait ne pas apprécier

Son charmant entretien, et la grâce qui brille...!

M. d'oRFEUIL.

Vous me flattez, monsieur. 11 est vrai que ma fille Lit beaucoup.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Ah ! plutôt j'écoule ce qu'on dit, Mon père, et j'ai grand soin d'en faire mon profit. Tel entretien instruit bien mieux qu'une lecture.

M. d'oRFEUIL.

Monsieur t'a donc conté quelque grande aventure ?

J'aime les voyageurs : ils content volontiers ;

Et moi, j'écouterais pendant des jours entiers.

Je prends le plus souvent leurs récits pour des fables ;

Car ils ont toujours vu des choses incroyables.

Ètes-vous voyageur dans la force du mot?

mademoiselle d'orfeuil.

A quelque chose près.

JUSTINE, à part.

Florville n'est point so[.

M. d'orfeuil.

Conlez'-nous donc, monsieur, quelque étonnante histoire.

, M. d'orlange.

A quoi bon vous conter? vous ne voulez rien croire, Monsieur.

M. d'orfeuil.

11 est bien vrai que je suis prévenu ; Mais je ne vous veux pas traiter en inconnu. Allons, je vous croirai ; je le promets d'avance. De quel pays, monsieur, ôtes-vous?

M. d'orlange. •

De Provence.

M. d'orfeuil.

De Provence ? Voyez ! je ne l'aurais pas cru : Vous n'avez point l'accent.

M. d'orlange.

C'est que j'ai tant couru !

En voyageant l'accent diminue et s'efface.

JUSTINE, bas à sa maîtresse.

Il ment fort bien.

M A D E M 0 I s E L L E u'o R F E U 1 L, bas à Justine.

Avec trop d'aisance et de grâce.

M. d'orfeuil.

Vous avez donc bien vu du pays?

M. d'oRLANGE.

Vous riez, Monsieur; mais cependant, tel que vous me voyez, J'ai déjà parcouru presque l'Europe entière.

M. d'orfeuil.

L'Europe?

JUSTINE, à part.

Il n'a pas vu, je gage, la frontière.

M. d'orfeuil.

Comment voyagez-vous?

M. d'oRLANGE.

De toutes les façons, Suivant les temps, les lieux et les occasions ; Par eau comme par terre, à cheval, en voiture, A pied môme, pour mieux observer la nature.

JUSTINE

Monsieur semble, en effet, curieux d'observer.

Et chacun en cela ne peut que l'approuver; On voit bien mieux de près.

M. d'orfeuil.

Je vous attends à table,»

Monsieur ; de questions d'abord je vous accable.

M. d'oRLANGE.

De questions, monsieur? ma foi, je mangerai, Je le sens, beaucoup plus que je ne conterai. Grâce jusqu'au dessert.

M. d'orfeuil.

Soit. Aussi bien j'espère Que nous nous reverrons.

M. d'oRLANGE.

Espérance bien chère !

J'aurais trop de regret de ne vous voir qu'un jour, Si je n'avais du moins l'espoir d'un prompt retour,

M. d'orfeuil.

J'y compte assurément : aussi bien, quand j'y pense, C'est le chemin, je crois^ pour aller en Provence.

M. d'oRLANGE.

Eh ! mais, quand il faudrait se détourner un peu,

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