ACTE V, SCÈNE IX
MADKMOISKLLE d'ORFEUIL.
Il est vrai que je ne puis comprendre...
M. DE FLORVILLE
Moi-même... assurément... j'ai peine à concevoir... Je ne me flattais pas de jamais vous revoir.
MADEMOISELLE d'oRFEI'IL.
Et... ne peut-on savoir quel sujet vous ramène?
M. DE FLORVILLE
Quel sujet? c'est... pardon. Une affaire soudaine... Cet autre voyageur votre futur époux...
Ici, pour uninstant m'a donné rendez-vous. (' me suis empressé de revenir.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Mon père De cette occasion profitera, j'espère.
M. DE FLORVILLE
Je ne sais : votre père a reçu mes adieux.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Je les avais reçus moi-même... Il serait mieux De le revoir aussi.
M. de FLORVILLE.
Je ne fais que paraître; Ma visite, à présent, le troublerait peut-être : il est, je le présume, occupé du futur. D'un hymen qui s'apprête...
Oh ! cela n'est pas sur.
M. de FLORVILLE.
Il annonçait, ce semble, une union prochaine.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Oui, j'étais sur le point de serrer une chaîne Qui me pesait d'avance ; et j'en aurais gémi. Mon père, heureusement, est mon meilleur ami. Je viens d'ouvrir mon cœur à cet excellent père : Il consent, en un mot, que l'hymen se diffère.
M. DE FLORVILLE
A ce futur époux, je faisais trop d'honneur: Je le croyais aimé. •
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Vous étiez dans l'erreur.
M . de FLORVILLE.
In autre plus heureux, du moins, je le soupçonne l.'ii prévenu...
M A D E M O I s E L LE 1)' 0 R F E U I L .
Oroyez que je n'aimais person
HoS LKS CHATEAUX EN ESPAGNE.
Avant qu'il vînt.
M. DE FLORVILLE à part.
Personne? Ai-je bien entendu?
0 Dieu ! l'espoir enfin me serait-il rendu ?
Votre cœur serait libre encore, mademoiselle 1
MADEMOISELLE d'oRFEUIL, à part.
Hélas !
M. DE FLORVILLE
Si vous saviez combien celte nouvelle A droit de me toucher! Heureux Florville!
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Eh quoi !
Vous enviez son sort V
M. DE FLORVILLE, vivement.
Ah ! je parle de moi.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
De vous, monsieur?
M. DE FLORVILLE
Eh ! oui ; la feinte est inutile :
Vous êtes libre encore, et moi, je suis Florville.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Vous, Florville?
M. DE FLORVILLE
Moi-même. Ah ! daignez m'excuser, Si, pour observer mieux, j'ai pu me déguiser. Je vous aimai, sans doute, à la première vue; Pour un autre déjà je vous crois prévenue : Dès lors, sacrifiant mes droits et mon amour, Je pars. On me rappelle: ô trop heureux retour! Un seul mot me rassure, et je puis donc encore Vous dire qui je suis, et que je vous adore.
Qu'entends-je? eh quoi ! c'est vous qui m'étiez destiné? Se peut il?
(a part.)
Ah ! mon cœur l'avait bien deviné.
(Haut.)
Je puis donc espérer (mon bonheur est extrême !) D'être enfin à celui que j'estime et que j'aime.
M. DE FLORVILLE
J'étais aimé! qu'entends-je? et c'est l'autre étranger Qui me rappelle ici. J'étais loin de songer...
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Eh ! c'est lui-même aussi qui dans ces lieux m'envoie.