SCÈNE II
CHARLE, GEORGE
GE0RG£. é
Ah ! l'on peut donc enfin vous saisir un moment, Monsieur Armand.
CHARLE
Toujours tu me nommes Armand, El tu me trahiras.
GEORGE
Pardon, je vous supplie.
2 6'i LE VIEUX CKLlHATAinE.
r. n A R L ]■: , Charle est mon nom.
GKÔRGK.
Eh oui ! je le suis, mais j'oublie.
Je m'en ressouviendrai ; ne soyez plus fâché. Pendant que tout le monde est encore couché, Causons : dites-moi donc i)ien vite où vous en êtes, Ce que vous devenez, les progrès que vous faites : Votre sort en dépend ; j'y suis intéressé.
CHARLE
Eh mais ! je ne suis pas encorlrès avancé.
11 faut qu'avec prudence ici je me conduise...
Puis, j'attends qu'en ces lieux ma femme s'introduise,
Pour agir de concert.
GEORGE
Oui, vous avez raison ; Mais vous voilà du moins entré dans la maison.
CHARLE
Ah ! comment ! à quel titre ! et combien il m'en coûte ! Moi ! domestique ici !
GEORGE
C'est un riialheur sahs doute :
Mais, pour servir son oncle, est-on déshonoré? Je le répète encore, c'est beaucoup d'être entré : Et j'eus, lorsque j'y songe, une idée excellente ; Ce fut de vous oflrir à notre gouvernante, Comme un parent.
CHARLE
Jamais pourrai-je m'acquitter... ?
GEORGE
Allons !... ce que j'en dis n'est point pour me vanler : Je ne me prévaux point, mais je vous félicite. C'est moi qui bien plutôt ne serai jamais quitte. Votre bon père, hélas! dont j'étais serviteur, A pendant dix-huit ans été mon bienfaiteur. Oui, cher Armand... pardon... mais je vous ai vu naîlre; J'ai vu mourir aussi ma maîtresse et mon maître : Jugez si George doit aimer, servir leur fils !
CHARLE
Pourquoi le ciel sitôt me les a-t-il ravis ?
Ah î pour m'être engagé par pure élourderie.. .
GEORGE
Eh, monsieur, laissez là le passé, je vous prie : Oui, voyez le présent, et surtout l'avenir. N'est-il pas fort heureux, il faut en convenir,