‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 258 sur 474 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Je me doute que c'est... Vous voulez bien permettre ?

CHARLË.

Eh ! lis.

GEORGE

C'est le billet que j'attendais.

CHARLE

Lequel ?

Oui, le certificat de ce maître d'hôtel, Du vieux ami d'Ambroise.

CHARLE

Ah ! de monsieur Lagrange.

Eh bien î

GEORGE

Eh bien, monsieur, grâce au ciel, tout s'arrange, Comme vous allez voir.

(il donne la lettre à Charle. ) CHARLE, lisant.

« Mon cher Ambroise... « Eh quoi ?

GEORGE

La lettre est pour Ambroise, et vous verrez pourquoi.

CHARLE, continuant délire.

'< J'ai su que vous cherchiez une jeune servante, Qui tînt lieu de second à votre gouvernante. J'ai trouvé votre affaire, un excellent sujet ; C'est celle qui vous doit remettre ce billet : Vous en serez content; elle est bien née, et sage, Et docile : peut-être à son apprentissage... Mais sous madame Evrard elle se formera ; Je vous la garantis, mon cher... » et cœtera.

GEORGE

Sous l'habit de servante, il fait entrer la nièce.

CHARLE

Voilà, mon ami George, une excellente pièce.

GEORGE

Vous pensez bien qu'avec un pareil passeport Madame votre épouse est admise d'abord.

CHARLE

Oui, j'ose l'espérer. Tu me combles de joie. • Pour l'aimer, il suffit que mon oncle la voie, Qu'il l'entende un moment. Tu ne la connais pas.

GEORGE

! Iciil.

CHARLE

Eh! oui, tu sais qu'elle a quelques appas; Mais tu ne connais point cet esprit, cette grâce,

26 8 LE VIHUX CliLIBATAIKE.

Qui m'ont d'abord louché. Je la vis en Alsace,

A Golmar. J'y servais ; car je n'ai jamais pu

Achever un récit souvent interrompu.

J'avais eu le bonheur d'être utile à son père :

Cela seul me rendit agréable à la mère.

Sans savoir qui j'étais, on m'estimait déjà;

Je me nommai ; le père alors me dégagea,

Me fit son gendre. Eh bien, j'ai toujours chez ma le m m

Trouvé môme douceur et même bonté d'âme.

Je regrettais mon oncle ; elle me suit d'abord :

Ici, comme à Golmar, elle bénit son sort.

Que lui faut-il de plus? elle travaille et m'aime.

Si mon oncle la voit, il l'aimera lui-même;

J'oserais en répondre. Encor quelques instants,

Et nos maux sont finis ; je me tais et j'attends.

GEORGE

Je fais la môme chose aussi, je dissimule. Dans le commencement je m'en faisais scrupule; Mais, en fermant les yeux, je vous ai mieux servi. J'ai donc feint d'ignorer que chacun à l'envi. Dans la maison, volait, pillait à sa manière : Sans parler des envois de notre cuisinière, Qui ne fait que glaner; madame Evrard tout bas Moissonne, et chaque jour amasse argent, contrats. Ambroise est possesseur d'une maison fort grande, Achetée aux dépens de qui? je le demande : Chaque jour il y met un nouveau meuble; aussi Je vois que chaque jour il en manque un ici : De façon que bientôt, si cela continue, L'une sera garnie et l'autre toute nue.

CHARLE

Je leur pardonnerais tout cela de bon cœur, S'ils avaient de mon oncle au moins fait le bonheur; Mais ce qui me désole est de voir que les traîtres Le volent, et chez lui font encore les maîtres ! Pauvre oncle ! il sent son mal ; et je vois à regret Que, s'il n'ose se plaindre, il gémit en secret.

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