‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 263 sur 474 · ACTE T, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE T, SCENE VI

M A DAM K EVRARD

Monsieur n*eii a rien vu.

Moi j'ai peint tout cela d'une couleur affreuse, Et la femme, entre noiis, comme une malheureuse, Sans élat, sans aveu. L'oncle enfin éclata. Et l'indignation à son comble monta ; De malédictions il chargea le jeune homme. Et même il ne veut plus désormais qu'on le nonnnc.

CHAR LE. «e contenant à p<>inc.

Tout cela me paraît on ne peut mieux conduit. Ainsi de vos travaux vous recueillez le fruit.

MADAME EVRARD

(Regardant encore si personne n'écoute.)

Pas tout à fait : je vais vous confier encore Un secret délicat, qu'Ambroise même ignore. Le dessein est hardi : j'ose me proposer. Pour tenir mieux mon maître...

Eh bien ?

M A DAME EVRARD

De l'épouser.

CHARLE

D'épouser !... En effet, j'admire la hardiesse. .

MADAME EVRARD

Jusque-là je craindrai le neveu, quelque nièce...

CHARLE

J'entends. Vous avez donc un peu d'espoir?

MADAME EVRARD

Un peu.

Depuis un an je cache adroitement mon jeu. D'abord, parler d'hymen à qui ne voit personne, C'est assez me nommer.

CHARLi:.

La conséquence est bonne.

MADAME EVRARD

Je lui fais de l'hymen des portraits enchanteurs ; Je lis, comme au hasard, des endroits séducteurs ; Là je fais une pause, afin qu'il les savoure.

CHARLK.

A merveille 1

MADAME EVRARD

D'enfants à dessein je l'entoure.

J'ai fait venir exprès son filleul, le portier. Pour lui cette maison était le monde entier. De ces joyeux époux les touchantes tendresses.

LE VfEUX GKLIBATAIRE.

Les jeux de leurs enfans, leurs naïves caresses, Tout cela, par degrés, l'attache, l'attendrit. Pénètre dans son cœur, ébranle son esprit : Et, quand il est tout seul, ces images chéries Lui doivent inspirer de tendres rêveries. J'en suis là, mon ami.

CHARLE

Mais c'est déjà beaucoup.

MADAME ÉVRABD.

Ce n'est pas tout : il faut frapper le dernier coup.

Charte, seul avec vous quand monsieur s'ouvre, cause.

S'il soupire et parait regretter quelque chose,

Alors insinuez qu'il est bien isolé,

Que par une compagne il serait consolé ;

Peignez-moi, j'y consens, sous des couleurs riantes :

Dites que j'ai des traits, des façons attrayantes.

Du maintien, de l'esprit, des talents variés

Que je suis fraîche encore... enfin vous me voyez.

Dites, si vous voulez, que j'ai l'air d'une dame ;

Qu'en entrant, de monsieur vous me crûtes la femme

CHARLE

Volontiers.

En un mot, vous avez de l'esprit, Et je compte sur vous.

CHARLE

Oui, madame, il suffit.

MADAME EVRARD

Vous m'entendez donc bien ?

CHARLE

Rassurez-vous, de grâce.

Je dirai... ce qu'enfin vous diriez à ma place

MADAME EVRARD

Je ne suis point ingrate, au reste ; et soyez sûr Qu'un salaire...

CHARLE

Croyez qu'un motif bien plus pur. . .

MADAME EVRARD

Paix !... j'aperçois monsieur.

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