‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 336 sur 474 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D'HÉRICOLîRT, FLORVEL.

! Toii« «leu\ sont en bottes, et de la parure la plus moderne '. Tlorvel. pli

jeune, a une nuance de plus d'affectation.)

FLORVEL, parlant vite, et prononçant à peine.

C'est toi, d'Héricourt?

DH ÉIIICO LRT, avec aplomb et sufflsance.

Oui. ^

FLORVEL

Si matin !

p'héricourt.

Srmatin?

FLORVKL.

A peine est-il midi.

d'héricourt.

Qu'importe ?

Mais enfin...

Mm cousine, à coup sûr, n'e.'^t pas encore visible.

3nS LKS MOELRS OU JOUR.

d'hkRI COURT, souriant.

Non? je liii \uo.

Ah, ah !

d'héricourt.

Ta surprise est risihle.

Serait-il jour chez elle ?

d'hKRI COURT.

11 est jour... il demi.

Elle est levée?

Ah! pour toi?

d'héricourt.

Eh! oui, pour moi, mon cher ami.

C'est tout simple.

FLORVEL, à part.

11 se peut bien qu'il mente.

(Haut.)

Mais cependant...

d'héricourt, d'un air mystérieux.

Florvel ! ta cousine est charmante.

FLORVEL

Penses-tu me l'apprendre?

d'héricourt.

Elle a, parbleu! bien fait De venir s'installer chez ton père.

FLORVEL

En effet.

Le cher Dirval croyait que sa jeune compagne L'attendrait tristement au fond d'une campagne, Chez ce frère bourru : mais Sophie, un beau jour, Changea contre Paris cet ennuyeux séjour ; Et d'honneur! en six mois (ii rit.), au retour de l'armée, Dirval la trouvera, je pense, un peu formée.

d'héricourt.

Eh bien ! de ses progrès si Dirval est surpris, 11 devra savoir gré du soin qu'on aura pris D'égayer, de former sa femme, en son absence.

FLORVEL

Je compte fort peu, moi, sur sa reconnaissance.

d'héricourt.

L'essentiel, vois-tu? c'est que la femme en ait.

ACTl-: I, SCEM-: I. 359

J'entends : elle en aura. Ce qui surtout me plaît, C'est que Sophie étant chez son oncle, mon père, Oui de banque, d'argent, fait son unique affaire, Où l'on n'entend parler... intéressants discours! Oue de hausse et de baisse, et de change et de cours ; Elle, de tout ce train nullement ne s'occupe.

d'héricourt.

Elle a, ma foi, raison ; elle serait bien dupe.

Et vive, et gaie, et tendre, elle est toute aux plaisirs ; Aussi nous la servons au gré de ses désirs.

d'héricourt.

Quel babil! sais-tu bien que tu te passionnes?

FLORVEL

Eh! pourquoi pas, mon cher?

d'héricourt.

Mais, vraiment, tu m'étonnes !

Aurais-tu par hasard, quelques prétentions?

FLORVEL

Tu m'étonnes toi-même avec tes questions.

d'héricourt. \

Tu n'es pas, je suppose, amoureux de Sophie? j

FLORVEL

Et... quand il serait vrai que j'en aurais envie?

Cela serait plaisant, d'honneur!

FLORVEL

Plaisant! en quoi?

d'héricourt.

Ne vas pas l'oublier, mon cher ami, crois-moi.

l'LORVEL.

Bon... ! tes airs méprisants me mettraient en colère, Si, pour mieux me venger, je n'étais sûr de plaire.

d'héricourt.

11 est gai.

FLORVEL

D'Héricourt! veux-tu faire un pari, A qui des deux plus tôt la souffle à son mari? Là, tiens, gageons.

d'hé-ricourt.

Jamais à coup sûr je ne gage.

FLORVEL

Tu recules, je vois.

d' H K II I C O LUT.

Cessons un vain langage :

Babille, berce-toi d'espérances en l'air, Si cela te suffit.

Soit. Nous verrons, mon cher.

d'hÉ RI COURT.

Tu parles du mari : c'est bien plutôt le frère Qui nous la soufflera.

Formont ?

d'hérihourt.

Eh! oui.

Chimère d'héricourï.

En emmenant Sophie, il nous mettra d'accord.

J'espère que, sans elle, il partira d'abord.

d'héricourt.

Fort bieni moi, de si tôt je ne crois pas qu'il parte, Ni seul. Vois, de son but jamais il ne s'écarte. Depuis quinze grands jours qu'il est ici, j'entend Que des champs, du Vallon, il parle à chaque instant. C'est sa sœur, après tout : il n'aura point de trêve. Qu'il ne la persuade, et qu'il ne nous l'enlève.

FLORVEL

Je n'ai pas cette crainte ; ou, pour mieux dire, moi, Je ne crains le mari, ni le frère, ni toi,

d'héricourt, d'un air méprisant.

Moi, je te crains beaucoup ; voilà la différence.

FLORVEL

Hai... hai...

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