‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 339 sur 474 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

MADAME EULER

11 est une plus rude lâche !

Et^ n'est de no- ripii faire.

Eh! madame Verseuil A-t-elle lant de mal? Je vois du coin de l'œil Qu'à mille doux penchants elle livre son âme. Et qu'en résulte- t-il? c'est que la belle dame N'a rien, et ne fait rien, et ne manque de rien.' 11 est, comme cela, mille femmes de bien, Qui mènent en ce monde une assez douce vie.

MADAME EULER. . {JlM^" ^

Tout cela fait bien plus de pitié que d'envie, ^ ^ ^ ^ C^

Notre meilleur ami, c'est encor letravaiL, ' ^ 6

FLORVEL

Je ne saurais entrer ici dans le détail. . .

Mais si madame Euler veut un jour me permettre

De lui faire ma cour, j'oserai me promettre...

MADAME EULER

Monsieur... assurément...

FLORVEL

Je veux aller vous voir ; Oui, l'un de ces matins...

MADAME EULER

Venez plutôt le soir :

Car ma famille entière alors est réunie ; Et j'aime à m'entourer de cette compagnie. Vous verrez mon mari.

FLORVEL

Madame. . . j'ai l'honneur...

MADAME EULER, avec un accent très prononcé.

Vous connaîtrez s'il m'aime et s'il fait mon bonheur

J'en suis persuade ; mais j'aperçois mon père.

(a part.)

Celte Icmme vraiment est extraordinaire.

SCi:]NE IV

Les mi>mes, M.MORAND.

(m. Horand a des papiers à la main ; et, dans toute la pièce., ' il parait soucieux et préoccujpé.)

1 L<JUV EL, d un ton assez leste.

Hoiijour, mi)ii père.

Ah, ah ! c'est toi ! bonjour mon cher.

Je vous cherchais...

M. MORAND

Eh bien, qu'est-ce, madame Euler ?

Votre jeune écolière est-elle un peu savante?

Ma foi, savanle on non, ma cousine est charmante.

M . MORAND

Laissez-nous donc !

(a nuuliiine Euler.)

Enfin... ?i

MADAME EL'LER

Elle aura du talent :

Elle commence...

M. MORAND, avec un gros rire.

Ah, ah! commence, est excellent.

En quoi?

M. MORAND

Me croyez vous en beaux-arts si novice ? Commencer ! avant peu j'entends qu'elle finisse. Voilà six mois entiers: il est bien temps, je crois...

MADAME EULER, souriant.

Mais., le dessin n'est pas l'ouvrage de six mois: Il me semble...

M. MORAND

J'entends : vous parlez en maîtresse; C'est tout simple ; mais moi. .. ! vous sentez que ma nièce Madame Euler, jamais ne sera dans le cas De s'en faire un état.

MADAME EULER

Non, je ne prévois pas Que ce soit là le sort de ma jeune écolière.

(D'un ton concentré.)

Elle ne serait pas cependant la première Qui, de talents acquis dans le sein des plaisirs, Riche, se promeltajt de charmer ses loisirs, Et que plus d'un revers, que telle circonstance. Ont réduite à s'en faire un moyen d'existence.

M. MORAND

Bah ! propos de romans ! je ne vois point cela ; Sophie, assurément, n'en sera jamais là.

ACTI-: I, sgî:nk \. ^^^

Jo respcre.

M. MORAND

D'ailleurs, tenez, soyons sincères; Toutes ces leçons-là me semblent un peu chères.

MADAME E U L K R , avec fierté.

Dès ce moment, monsieur, je n'accepte plus rien. Mon talent, je l'avoue, est mon unique bien: Je vis de mon travail, et je m'en glorifie. ^' ^^^

Mais ma tendre amitié pour la jeune Sophie, y^^ ^

Près d'elle un logement, la satisfaction, \ ^

De concourir peut-être à son instruction, ^

Surtout sa confiance et l'espoir de lui plaire ; Il î^uffît : je n'ai pas besoin d'autre salaire.

(Elle sort avec une porte de dignité exempte d'affectation..)

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