MADAME D 1 R V A L
De toul mon cœur, mon frère.
FOR M ONT, en l'embrassant.
Ah ! oui, comme je t'aimo !
FLORVEL, fl'un air un peu moqueur.
Enfin, c'est loi^ cousin !
Oui, cousin, c'est moi-même.
FLORVEL
Déjà?
FORMONT
De quoi, Florvel, es-tu donc étonné ?
M. MORAND, se levant.
Ah ! çà, mon cher neveu, s'est-on bien promené? Tu cours, à ce qu'on dit, depuis six ou sept heures !
FORMONT
Les courses du matin sont toujours les meilleures, «>' Mon cher oncle ; on respire alors en liberté. On voit, on jouit mieux ; et quand la volupté. Quand l'intérêt sommeille encorde lassitude. On se fait dans Paris comme une solitude.
FLORVEL
Ah î bon débul !
FORMONT
Aussi, j'ai fait un beau chemin !
Tout marcheur que je suis, je me sens las enfin.
MADAME DIRVAL, avançant un siège.
Mon frère, asseyez-vous.
Très volontiers, ma chère.
(il s'assied.)
A ce maudit pavé je ne saurais me faire.
FLORVEL
A chaque pas, je gage, il a juré, pesté.
FORMONT
Vous VOUS trompez, monsieur; car j'étais enchanté.
FLORVEL
Miracle! nous aurons une bonne journée.
FORMONT
Qui sait? Ce que j'ai vu dans cette matinée Pourrait bien enlaidir ce qui me reste avoir; Car je suis plus content le matin que le soir, Excepté cependant quand je vais voir Moli're.
Radne ,♦... on passerait ainsi la nuit entière. Moi, je jouis de tout, sans art, par sentiment : 3'aime le beau, le i)on : et véritablement, il est dans ce Paris des choses excellentes.
M. MORAND
Il en convient!
FORMONT
J'ai vu ce beau Jardin des Plantes.
Miséricorde î eh ! quoi ? tu viens...? mais c'est, d'honneur! A l'autre bout du monde.
FORMONT
Est-ce un si grand malheur?
Quand me retrouverai-je au pied de ma montagne ?
(En disant ces mots, il regarde sa sœur a\ec intérêt.]
Je me suis, ce matin, cru presqu'cà la campagne.
Au printemps, c'est un charme : oh! quel air pur et frais !