SCENE PREMIERE
MADAME VERSEUIL, D'HÉRIGOUHT.
M A D A M K VERSEUIL
Bon Dieu! quel désespoir! tout est perdu. d'héricourt.
Sans doute.
J'ai perdu mon trésor; je sais ce qu'il m'en coûte.
MADAME VERSEUIL
Son trésor ! un portrait ! voyez donc le grand mal ! Mais si vous obtenez bientôt l'original, Vous vous consolerez de manquer la copie.
d'héricourt.
La copie a son prix : le portrait de Sophie ! N'est-ce rien? ce cadeau ne pouvait qu'honorer ; Et dans l'occasion j'aurais su le montrer.
MADAME VERSEUIL
J'entends; de ce ce revers je suis vraiment touchée. Mais plus que vous et moi Sophie en est fâchée.
d'héricourt.
Puis je n'avance point, je perds mon temps.
MADAME VERSEUIL
C'est vrai.
On vous croirait encore à votre coup d'essai. Voilà deux mois bientôt...
Je ne sais... je soupçonne...
MADAME VERSEUIL
Quoi donc?
d'héricourt.
Qu'au fond du cœur la petite personne A des principes, tient encore...
MADAME VERSEUIL
^ A son mari,
(ironiquement.)
Peut-être!... Oh! oui, Dirval est regretté, chéri! Sophie y pense, en parle avec une tendresse !
d'héricourt.
Eh ! ce maudit Formont l'en entretient sans cesse.
MADAME VERSEUIL
Laissez-le faire; en tout cet homme est singulier : Qu'il parle du mari ; vous, faites-le oublier. Elle vous aime, au fond, j'en suis persuadée.
d'héricourt.
Croyez-vous ?
MADAME VERSEUIL
C'est beaucoup de l'avoir décidée A ce bal... un peu leste ; elle a bien hésité.
Oui, sur madame Euler nous l'avons emporté.
MADAME VERSEUIL
Je fonde sur ce bal une grande espérance. Il sera très nombreux, selon toute apparence.
d'héricourt.
Oh I oui.
madame VERSEUIL.
Dans cette foule on est peu remarqué, J'en réponds ; aussi peu que dans un bal masqué.
d'héricourt.
Oh ! cette occasion est on ne peut meilleure : Dorsan a commandé ses chevaux ?
madame VERSEUIL.
Pour une heure.
d'héricourt.
11 est exact ; ce plan est d'un effet certain. Au bal, puis à Surenne ; et puis demain matin... Allons, que le Formont tout à son aise gronde ; Elle est à moi, malgré tous les frères du monde.