MADAME \' F. R S E C I L
Vous croyez, monsieur, que je plaisante : Mais non : sur une affaire assez intéressante Je veux vous consulter; en un sujet pareil. Vous pourrez me donner un excellent conseil. 1
M. MORAND
Qui? moi, madame?
MADAME VERSEUIL
Eh oui : tenez, on me propose.
Ou plutôt on me presse...
M. MORAND
Et de quoi ?
D'une chose...
Qui pourra vous surprendre, et qui m'a su tenter.
M. MORAND
Qu'est-ce donc, par hasard ?
MADAME VERSEUIL
Eh ! mais... c'est d'acheter Une petite terre, ah ! tout à fait jolie. Et que je connais bien ; mais c'est une folie : Oh! oui.
M. MORAND
Bon! qui pourrait vous empêcher?...
MADAME VERSEUIL
Le prix.
' .'est dommage : un bijou, surtout près de Paris, A Meudon.
M. MORAND
A Meudon ? position heureuse.
MADAME VERSEUIL
Charmante! une maison vraiment déhcieuse ! Et des jardins, des eaux... !
M. MORAND
Eh bien donc, en ce cas, Pourquoi refuser?...
MADAME VERS EU IL
Non, je ne l'achète pas:
Je peux bien, après tout, me passer d'une terre.
M. MORAND
Mais puisqu'elle vous plaît. . .
MADAME VERSE U IL
Oui, mais elle est trop chère On parle de...
M. MORAND
Combien... ?
MADAME V E R S E U I L
Cinquante mille francs :
J'en ai bien la moitié... j'y renonce et j'attends.
M. MORAND
Comment ! vous devenez bien sage, belle dame !
MADAME VER SEUIL
Soit. Je n'ai qu'un regret, mon cher, au fond de l'âme
M. MORAND
Un regret...?
MADAME VERSE UIL.
Oui, j'avais un séduisant espoir.
M. MORAND
Ah! ah! lequel...?
MADAME V E R s E U I L .
Celui de vous y recevoir.
M. MORAND
Madame... assurément...
MADAME VERSEUIL
Voilà ce qui m'afflige ; 11 faut y renoncer. N'en parlons plus, vous dis-je.
M. MORAND
Et pourquoi donc faut- il que vous y renonciez ?
MADAME VERSEUIL
Pourquoi ?
M. MORAND
Si j'exigeais que vous l'achetassiez ?
MADAME VERSEUIL
Oh ! non, je vous connais : vraiment ! vous seriez homme. .
M. MORAND
Au^fait... si vous avez la moitié de la somme, J'ai l'autre : dès demain on vous la prêtera ; Et madame à Meudon bientôt me recevra,