‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 45 sur 474 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M. DOLBAN, seul.

Celte femme est aimable, oui, très aimable... Au fond,

Je porte, je l'avoue, envie à Florimond.

Allons voir les parents, avertir le notaire ;

En un mot, brusquement terminons cette affaire.

f/homme est vif, sémillant, difficile à saisir :

D'échapper, cette fois, qu'il n'ait pas le loisir.

SCÈJNE X

M. DOLBAN, FLORIMOND.

M. DOLBAN, de loin, à part.

1 lis le voici ; je vais faire un homme bien aise.

(Haut.)

lié bien, l'ambassadeur connaît fort notre Anglaise.

FLORIMOND

Vraiment ?

M. DOLBAN.

11 m'en a fait un éloge complet.

:oi-méme je l'ai vue, et la trouve en effet Telle que tous les deux vous me l'aviez dépeinte. Je déclare les feux, elle y répond sans feinte; Je demande sa main, et'sa main est à toi :

Maintenant, Florimond, es-tu content de moi?

FLORIMOND, avec embarras .

Mon oncle... assurément. .. je ne saurais vous rendre... Je suis confus des soins que vous voulez bien prendre.

M. DOLBAN.

Mon ami, je les prends avec un vrai plaisir ; Je suis tout délassé quand j'ai pu réussir. Je vais disposer tout pour la cérémonie, Et veux que dans trois jours l'affaire soit finie.

FLORIMOND

Dans trois jours ?

M. DOLBAN.

Oui, mon cher : j'espère, dans trois jours Par un heureux hymen couronner tes amours.

FLORIMOND

Mon oncle,... vous allez un peu vite, peut-être ; A peine, en vérité, peut-on se reconnaître.

M. DOLBAN.

Gomment?... tu trouves donc que trois jours sont trop

FLORIMOND. pCU?...

Je trouve que l'hymen n'est point du tout un jeu. Et qu'on ne saurait trop y réfléchir d'avance.

Toi-même me pressais de faire diligence.

FLORIMOND

Oui... c'est que, d'un peu loin, l'hymen a mille attraits, Mais je tremble, mon oncle, en le voyant de près.

M. DOLBAN.

Tu trembles ?... il est temps quand j'ai fait la demande !

Et, dis-moi, d'où te vient une frayeur si grande ?

Eh quoi ! l'amant qui touche au moment désiré

D'être uni pour jamais à l'objet adoré

De joie et de plaisir tressaille, et tu frissonnes !

Quoi ! l'union des cœurs, bien plus que des personnes.

Union dont jamais n'approcha l'amitié.

Les doux embrassements d'une tendre moitié,

D'une épouse, à la fois modeste et caressante.

Ce riant avenir te glace et t'épouvante !

Insensible à l'espoir de renaître avant peu

Dans un enfant chéri, gage du plus beau feu.

D'embrasser de tes traits une image si chère,

Tu trembles en songeant au bonheur d'être père !

Ah! si ce sont pour toi des maux à redouter.

Je crains pour les plaisirs que tu sauras goûter.

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