RAIMOND, EUSÉBIE
EUSÉBIE à sa fenêtre.
Pauvre Raimond! j'ai cru que j'entendais sa voix.
RAIMOND à part.
Écoutons.
EUSÉBIE
C'est ici qu'ils l'ont placé, sans doute; Hélas! ce bon jeune homme ! il est las de sa route : On le fatigue encore ; voyez !
RAIMOND, à part.
Quelle bonté !
EUSÉBIE
Si j'étais sûre, moi, qu'il fût de ce côté. Je saurais l'avertir que c'est un stratagème.
RAIMOND à part.
Charmante !
EUSÉBIE
Mais, peut-ûtre, on m'observe moi- môme.
Essayons : je pourrais, sans affectation. Parler, comme en chantant.
RAIMOND à part.
Aimable attention!
Chut.
EUSEBIE chante sur un air l)ien simple.
Cet étranger, simple et crédule, Je voudrais l'avertir tout bas.
Et lui sauver un ridicule Que son cœur ne mérite pas. *
Jeune homme ! ici tout est tranquille.
Et point de voleurs, entre nous ; Quittez donc ce poste inutile, Bon voyageur, reposez-vous.
RAIMOND, haut. •
Uu il ce trait de bonté j'aime à vous reconnaître !
oOs MALICE POUR MALICE.
EUSÉBIE
Vous êtes là, dehors ?
Oui, SOUS votre fenêtre :
Je suis loin de me plaindre ; et trop heureux ici ! Mais vous-même, si tard, vous veilliez donc aussi ?
Je n'aurais pu dormir : je souffrais, je Ta voue...
Eh ! de quoi ?
EUSÉBIE
Mais des tours, Monsieur, que l'on vous joue : Ne le voyez- vous pas ?
Eh! oui, j'entrevois bien Que l'on s'égaie ici ; mais bon ! cela n'est rien; Et quand vous me plaignez, je ris de leur malice.
EUSÉBIE
Je vous plains, et je fus un instant leur complice,
RAIMOND
Vous, leur complice ? vous ! non, je ne le crois pas.
EUSÉBIE
Rien n'est plus vrai, pourtant. Je le dirai tout bas : Je ne suis point Elise.
RAIMOND
Hé bien?
EUSÉBIE
Et point la fille De madame Dolbau
KAIMONU.
Qu'importe la famille ?
Ah ! je m'estimerais le plus heureux mortel, Si je pouvais me croire aimé de vous...
EUSÉBIE
Ah! ciel!
Puis-je?
RAIMOND
Dites un mot, ô charmante Eusébie !
Et Raimond vous consacre et son cœur et sa vie.
EUSÉBIE
Non, Monsieur, non...
RAIMOND
J'appelle encor de ce refus.
Votre cœur est-il libre? Hé bien ?