‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 51 sur 474 · ÉLIANTE, FLORIMOND · texte numérisé non relu

ÉLIANTE, FLORIMOND

FLOniMOND, à part, de loin, en apercevant Éliante.

Encor !

ÉLIANTE

Soulagez-moi d'une peine cruelle, Monsieur.

FLORIMOND

(A part.)

Qui ? moi, madame ? Ati ! bon Dieu ! saurait-elle Que la sœur de Valmont... ?

ÉLIANTE

A l'instant je reçoi lu avis, mais auquel je n'ose ajouter foi.

FLORIMOND, à part.

Allons, elle sait tout.

ÉLIANTE

Une action si noire f^t indigne de vous, je ne dois point y croire, n dit, monsieur...

FLORIMOND

Hé bien ! je le nîrais à tort, Madame : on vous a fait un fidèle rapport.

Qu'entends-je !

11 est trop vrai. Je confesse, à ma honte, Une infidélité si coupable et si prompte.

ÉLIANTE

Eh quoi ! monsieur... j'en crois à peine un tel aveu: Quoi, vous... ? c'est donc ainsi que l'on se lait un jeu... ?

Madame, j'avoûrai que je suis bien coupable. Oui, je sens qu'à vos yeux je suis inexcusable ; Aussi je suis bien loin de me justifier. Un autre, dans ma place, aurait su tout nier : Un autre eût fait mentir ses yeux et son visage ; Mais je ne fis jamais ce vil apprentissage. Je suis léger, volage, et j'ai bien des défauts ; Mais du moins je n'ai pas un cœur perfide et faux.

ÉLIANTE

Ce langage m'étonne, il faut que je le dise.

Il vous sied bien, monsieur, de jouer la franchise,

A vous, qui, me cachant un indigne secret... !

FLORniOND.

Ah ! si je me suis tu, ce n'était qu'à regret. Vous dûtes voir combien une telle contrainte Goûtait à ma franchise, et que la seule crainte Retenait mon secret, tout près de m'échapper. Mais se taire, après tout, ce n'était pas tromper.

ÉLIANTE

Vous soutenez fort bien ce noble caractère :

Comme si vous n'aviez fait ici que vous taire î

De grâce, dites-moi, quel fut votre dessein,

Quand votre oncle pour vous vint demander ma mnin ?

Répondez...

FLORIMOND

A cela je répondrai, madame, Que mon oncle ignorait cette subite flamme.

ÉLIANTE

Allons, fort bien. Mais vous, monsieur, vous le saviez. Quand ici même, ici, vous sûtes à mes pieds Prodiguer les serments d'une amour éternelle.

Moi, madame? Depuis ma passion nouvelle. Je ne vous ai pas dit un mot de mon amour.

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