ACTE III, SCÈNE H. '^l
ÉLIÂNTE.
J'admire un tel sang-froid. Quoi! monsieur, en ce jour, Plus tendre que jamais, plein d'une ardeur extrc'me, Vous n'êtes pas venu me dire : Je vous aime?
Sans doute, je le dis, madame, j'en convien, Et, quand je le disais, mon cœur le sentait bien.
ÉLIANTE, à part.
0 ciel ! à sa franchise aurais-je fait injure'^ Expliquons-nous ici, monsieur, je vous conjure. M'aurait-on al)usée en voulant jn'informer Des nœuds que votre main était près de former ?
FLORIMOND
Non, madame.
ÉLIANTE
C'est donc vous qui m'avez trompée?
FLORIMOND
Non, madame.
ÉLIANTE
A présent me voilà retombée Dans mon incertitude et mes premiers combats. Eh quoi ! monsieur, tantôt vous ne me trompiez pas ?
FLORIMOND
Non, je suis infidèle, et ne suis point un traître.
ÉLIANTE
Point traître, dites-vous? Et n'est-ce donc pas l'èlro, Que de venir ici m'engager votre foi.
Quand vous êtes, à Brest, près d'épouser?
FLORIMOND
Qui? moi ?
Je n'épouse personne à Brest, je vous le jure.
ÉLIANTE
Monsieur, c'est trop longtemps soutenir l'imposture. 11 n'est pas vrai qu'à Brest vous êtes sur le point D'épouser Lôonor ? . . .
FLORIMOND
Je ne l'épouse point.
ÉLIANTE
C'en est trop.
FLORIMOND
Jusqu'au bout écoutez-moi, de grâce ; 11 s'en est peu fallu que je ne l'époustisse. Pardonnez... envers vous je ressens tous mes toris. Mais enfin, revenu de mes premiers transports,
J'ai couru jusqu'ici pour fuir ce mariage. Je vous ai fait lantôt honneur de ce voyage, Et je n'ai qu'en cela blessé la vérité : Encore, pour le faire, il m'en a bien coûté. Mais tout le reste est vrai : mon ardeur se réveille, Dès qu'ici votre nom vient frapper mon oreille; Et c'est de bonne foi, madame, qu'en ce jour Je jurais à vos pieds un éternel amour.
Ah ! je respire... Et moi, trop prompte, je l'accable!... Ainsi de fausseté vous n'étiez point coupable ?
FLORIMOND
Madame, sans cela, je le suis bien assez.
ÉLIANTE
Ne parlons plus de torts ; ils sont tous effacés. Tantôt à ce pardon j'aurais osé prétendre. Mais...
ÉLIANTE
Eh bien ?
FLORIMOND
Maintenant...
ÉLIANTE
Je ne puis vous entendre ; Expliquez vous.
FLORIMOND
Hélas ! si je m'explique mieux, Madame, je m'en vais vous paraître odieux.
ÉLIANTE
Votre aveu me dût-il porter un coup bien rude, Je le préfère encore à cette incertitude. Parlez, monsieur, parlez.
FLORIMOND
Eh bien, puisqu'il le faut, C'est qu'...en vous attendant chez mon ami... tantôt... J'ai trouvé... Mais pourquoi vous perdais-je de vue? D'une charmante sœur la visite imprévue... Je ne saurais poursuivre... embarrassé, confus...
ÉLIANTE
J'entends; épargaez-moi ces discours superflus.
FLORIMOND
Un tel aveUj sans doute, a droit de vous déplaire.
ÉLIANTE
Il ne mérite pas seulement ma colère.
Adieu. (Elle sort.)