‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 9 sur 474 · NOTICE SUR COLLIN D IIARLEYILLE. XV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR COLLIN D IIARLEYILLE. XV

lui étaient pas rendues ; le mouvement de Paris le fatiguait. Ce cercle de la vie, qui revient à son point de départ, le ramenait vers la maison des champs devenue son héritage. Il passait sept ou huit mois à Mévoisins ; quelquefois môme il s'y confinait tout un hiver. Sans son ami Picard qui prit la direction du Théâtre de Louvois, et que ni lui, ni Andrieux ne pouvaient abandonner, il n'eût pas composé le Vieillard et les Jeunes Gens, ni Malice jwur 7nalice.ll éprouvait de profonds découragements, il regrettait d'avoir voulu écrire, malgré les justes remontrances de son père ; il regrettait de n'avoir pas eu la sagesse de son frère qui s'était marié, et vivait d'un travail tranquille. A force d'être bon, il était prodigue. A force d'ôtro désintéressé, il prenait le parti des comédiens contre lui-même, et refusait de prétendre avec la nouvelle coalition des auteurs à une rémunération moins avare (1). Sa générosité le ruinait. Pour avoir toujours eu les mains ouvertes avec les pauvres gens de Mévoisins, il était obligé de vendre l'héritage paternel. Il le vendit en effet ; heureusement ce fut ci une digne parente qui ne l'acheta que pour le lui conserver jusqu'à la fin de ses jours. La fin, hélas ! cette fin était proche. Le coup était porté. En réalité, sa maison n'était plus assez à lui, et peutêtre il s'en était détaché, depuis qu'il l'avait vendue. Quoi qu'il en soit, il ne l'habita plus guère. H eut cette inquiétude, j'entends cette agitation des mourants, ce besoin d'être où ils ne sont pas, cet obscur dessein de faire perdre leur trace à la mort qui les cherche. Il s'en allait de Paris à Chartres, il revenait de Chartres à Paris : ce fut à Paris qu'il acheva de vivre. Il s'y éteignit dans un petit entresol de la rue Taranne, le 2i février 1806, le jour anniversaire, dit Andrieux, de la première représentation du Vieux Célibataire.

(1) En voici la preuve dans un billet inédit qui témoigne à la fois de son désintéressement et de sa loyauté.

<< Je ne crains point d'écrire ce que je dis, ce que je sens. J'ai déclaré à

la Comédie-Française que je ne croyais plus avoir aucun droit sur mes

pièces de l'Inconstant, de l'Optimiste, de Monsieur de Crac. Je le répèle

encore, je ne blâme point autrui ; je ne prétends point que ma conduite

serve de règle. Ma retraite à la campagne prouve même que je sais, que

je veux concilier mes égards pour les auteurs avec mon attachement pour

la Comédie, mais ici c'est une affaire de délicatesse eide conscience in-

« time. Ce que je sentais irrévocable en;,1788 ne peut avoir changé depuis,

« relativement à moi ; voilà ma profession de foi, libre, volontaire, précise

« et invariable. »

•< A. Paris, ce 24 août 1790. CoUin Harleville. »

On entrevoit une assemblée des auteurs convoquée par Beaumarchais pour revendiquer un droit sur les pièces tombées dans les règles antérieurement aux nouvelles conditions acceptées par la Comédie ; Coliin d'Harlevillc partit pour la campagne afin de ne pas assister à la réunion. Beaumarchais et lui lie poQvaient pas entendre de la même manière le respect des conventions.

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