‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 8 sur 474 · XII NOTICE SUR COLLIN D'UARLEVILLE · texte numérisé non relu

XII NOTICE SUR COLLIN D'UARLEVILLE

dieux y mirent la main. Madame Campan d'un côté, le duc de Duras de l'autre, on obtint de la reine qu'elle demandât Vinconstant, pour les spectacles de la cour, et l'Inconstant fut joué, au mois de mars 1784, sur le petit théâtre de Versailles.

L'enfant prodigue, convaincu d'impénitence avec éclat, n'eut pas le courage de sa rechute, et n'osa pas assister à la représentation de sa comédie.

En fin de compte, Collin était auteur déclaré ; sa pièce avait été représentée devant le roi et la reine, ce qui n'était pas un médiocre prestige, il fallait en prendre son parti. Collin jeta la robe aux buissons et revint à Paris pour retoucher le troisième acte do C Inconstant ; cette fois néanmoins ce ne fut pas chez madame Raclot qu'il descendit. Il alla demeurer, h. frais communs^ avec son ami Lefèvre, l'helléniste ; et, comme son père l'abandonnait à son mauvais génie, en attendant que le théâtre lui servît d'autres revenus, il gagnait, plus ou moins, ses quarante sous par jour h faire des copies. Triste façon de vivre de sa plume.

Entre la représentation de l'Inconstant, à Versailles, et la première représentation de la pièce, h Paris, il ne s'écoula pas moins de deux ans. Pendant ce temps-là l'ouvrage s'était encore accru de deux actes. Pendant ce temps-là aussi M. Collin, le père, était mort. Il ne vit pas le succès de son fils, succès qu'il lui avait pardonné d'avance ; et ce fut un grand regret pour Collin ; aussi, lorsque, doux ans plus tard, il remporta sa belle victoire de COptmiiste, il voulut que sa famille entière partageât son bonheur avec lui. Sœurs et cousines, — il en avait beaucoup, — il les fit toutes venir deux à deux, en les défrayant du voyage, et, à Paris, ce fut le spectacle dans tous les théâtres, des parties de campagne dans tous les environs, des cadeaux, des dîners commandés en bon lieu ; presque tout le bénéfice de rOptimistey passa. Du reste il avait déjà en perspective les Châteaux en Espagne ; c'était le moins qu'il eût lui-même sa petite vision à la façon de d'Orlange ou de Perrette et qu'il escomptât aussi le produit du fameux pot au lait: d'autant plus que sa chimère s'appuyait sur de bonnes réalités, son talent, plus deux véritables succès garantissant le troisième.

Il y eut pourtant d'abord un caillou sur le chemin. Les quatre premiers actes des CJiâtcaux en Espogjie furent trouvés charmants. Fi'anchise et limpidité du vers, gaieté, verve amusante et ce lumineux de l'esprit qui rappelait alors la flamme de Regnard, tout avait mis le feu au parterre ; mais le cinquième acte avait un peu pâli, et le public s'était refroidi dans la môme mesure. Collin d'Harleville se l'avouait — je dis (Collin d'Harloville, le nom était tout à fait adopté et la particule, en passant par la cour, devenue presque nobiliaire—, Collin d'Harleville avait bien senti

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fléchir le dernier acte, et c'était sur l'effet de ce dernier acte qu'il interrogeait tous ses amis, après la pièce. Tous les amis s'empressaient de répondre par des éloges. Desalles eut le courage de lui dire franchement que le dernier acte était manqué; mais aussi^ du même temps, il lai donna l'idée d'un plan nouveau que Collin d'Harleville accepta sans fausse honte, comme il avait accepté d'Andrieux une première scène pour le second acte de V Optimiste. Mole consentit à effacer de sa mémoire le cinquième acte originaire pour le remplacer par un autre. La seconde représentation fut ajournée. Treize jours plus tard, le rideau se relevait, le cinquième acte était entièrement remanié, les rôles étaient sus et le succès allait jusqu'au bout sans faiblir.

Cependant la fatigue, un excès de travail, les combats de la vie littéraire, les émotions même du succès altéraient depuis quelque temps sa santé. Quand vint l'été de 1789, il fit une maladie sérieuse dont le tirèrent les soins dévoués de sa sœur Julie et le docteur Doublet, de Chartres, inflexible à lui prescrire l'abstinence de travail la plus sévère. Malgré tout, la convalescence traînait en longueur; le malade — il était toujours alité — restait taciturne. A ses meilleurs amis qui venaient pour le voir, il répondait par monosyllabes, et leur présence semblait lui être importune. Un jour enfin, il retrouva la parole ; ce fut pour confesser à Andrieux qu'il avait péché par désobéissance, et, prenant la main de son ami, il lui fit toucher sous le drap une quantité de feuilles de papier de toute grandeur, les brouillons d'une comédie en cinq actes. La comédie achevée, Collin se leva guéri, et l'œuvre coupable qui avait opéré cette cure merveilleuseétait précisément son chef-d'œuvre, le Vieux Célibataire.

Le Vieux Célibataire n'attendit pas moins de trois ans avant d'arriver à la rampe. Dans l'intervalle, Collin d'Harleville, heureux de renaître, de jouir de la vie et d'en jouir à l'air pur des champs, y jeta d'abord tout seul son joyeux éclat de rire : Monsieur de Crac— qui devint en 1791 le fou rire de Paris ; — puis d'autres soins le détournèrent de ses doux loisirs. En 1790, comme la France républicaine se constituait en armée civique, la commune de Mévoisins, si petite qu'elle fût, voulut avoir sa garde nationale aussi bien que les grandes villes. Collin HarWvillo (Harleville cette foisl en fut élu commandant. Il se fit faire un brillant uniforme, le plus remarqué, à ce qu'il paraît, de tous ceux qui parurent dans la solennité de la Fédération ; mais tout en souriant lui-même de l'étonnement flatteur que causait son costume, le citoyen-commandant d'un humble village de cent feux ne remplissait pas moins sérieusement ses fonctions. Les campagnes étaient inquiètes. On parlait de bandes de brigands qui les parcouraient, Collin organisait des patrouilles et marchait à leur tête. Grâce à

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sa fermeté et h son bon esprit, Mévoisins eut ie bonheur de ne connaître que par un écho affaibli lo tumulte dos mauvais jours de la Révolution.

Enfin /e Vieuv CéHàatair,? înt représenté; avec quel succès! pour s'en rendre bien compte, il faut ajouter aux éloges des contemporains la vivacité de la discussion et des controverses jalouses. Il n'y avait pas à contester la fortune de l'ouvrage : la force impérieuse des applaudissements s'imposait h la critique ; mais il s'agissait d'établir que l'auteur en devait à d'autres la meilleure part. On lui cherchait des devanciers. On tirait de l'oubli une ancienne pièce de la comédie Italienne, la Gouvernante d'Avisse, un peu étonnée de cet honneur posthume. On retrouvait encore des origines plus récentes: le Vieux Garçon de Dubuisson, et même le Gélibalaire de Dorât, qui n'était pas un vieillard. Tracasseries et contestations inutiles. Je me trompe, il n'y a rien d'inutile dans le succès. Toutes les agitations, toutes les voix s'y confondent et forment en commun l'acclamation universelle LeVieux Célibataire était ce qu'on appelle aujourd'hui l'événement littéraire du moment. Mole, dans le rôle de Dubriage, mademoiselle Contât, dans celui de madame Evrard, se surpassaient eux-mêmes par l'effet d'une ardente émulation. L'intérêt de la pièce était tout puissant. Que Gollin d'Harleville se fût joué jusque-là, comme Regnard, avec la comédie plaisante et d'action légère, c'était possible ; mais ici, il marchait sur la trace de Molière, il mettait la main sur le cœur de l'homme, il sondait des reins et des caractères, il créait des figures vivantes et arrivait, par la vérité, à rencontrer sous le rire les tristesses delà vie humaine. Le Vieux Célibataire était son Tartuffe.

Après le Vieux Célibataire^ son talent ne pouvait plus grandir Il donna sa comédie des Artistes qui ne réussit qu'à moitié ; le public n'avait pas encore appris que des artistes pouvaient être autre chose que de jeunes fous ; mais François-André Vincent, le peintre du Président Mole arrêté 2)ar les factieux, fit à la pièce un honneur qui valait tout autre succès, ce fut lui qui peignit, pour les accessoires de la mise en scène, un Tobie, avec la gravure du même Tobie imitée en dessin, plus un grand tableau de la Mélancolie.

En 1795, à la création de l'Institut national, Collin d'Harleville était désigné par ses succès pour y être admis. Il laissa faire l'opinion qui l'y porta sans qu'il se fût présenté ; mais, à peine admis, il prit la parole pour proposer avec chaleur la réception d'Andrieux, et ne goûta la satisfaction d'être académicien que quand il put annoncer à son ami : Vous êtes mon confrère.

Cependant, quelque espoir qu'eût donné sa guérison, Collin d'Harleville no s'était jamais entièrement rétabli : ses forces ne

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