‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 11 sur 205 · DE CONDORCET. XXV · texte numérisé non relu

DE CONDORCET. XXV

safBtgera de voir qu'un homme d'un talent réel soit tombé dans de si incroyables erreurs. Ce sera , au reste , une nouvelle preuve qu'il n'est permis à perwnne, pas même aux académiciens, de parler impunément de ce qu'ils n'ont pas étudié.

Je l'avouerai, les écrits mathématiques de Coudorcet manquent de cette clarté élégante qui distingue à un si haut degré les mémoires d*Ëuler et de Lagrange. D'Alembert, qui, luimême, sous ce rapport, n'était pas entièrement irréprochable, avait vivemeut engagé notre ancien secrétaire , mais sans grand succès , à songer un peu plus à ses lecteurs. En mars 1772 9 il écrivait à Lagrange : « Je voudrais bien que « notre ami Condorcet , qui a de la sagacité , du < génie, eut une autre manière de faire; appa- « remment , il est dans la nature de son esprit c de travailler dans ce genre. »

Une pareille excusea plus de fondement qu'on ne serait peut-être disposé à le croire. Ëuler, d'AIembert, Lagrange, avec un égal génie mathématique, avaient, en effet, des manières de travailler entièrement différentes.

Ëuier calculait sans aucun effort apparent,

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comme les hommes respirent , comme les aigles se soutiennent dans les airs.

Dans une lettre que j'ai sous les yeux, datée de 1769, d'Alembert se dépeignait à Lagrange en ces termes : <c II n'est pas trop dans ma na- <c ture de m'occuper de la même chose fort longc temps de suite. Je la laisse et je la reprends, c autant de fois qu'il me vient en fantaisie , sans « me rebuter, et pour l'ordinaire cette opiniâ^ « treté éparpillée me réussit. »

Une troisième manière du génie me semble bien caractérisée par ce passage que je copie dans une note manuscrite de l'auteur de la Mé^ canique analytique :

« Mes occupations se réduisent à cultiver la « géométrie, tranquillement , et dans le silence. <c Comme je ne suis pas pressé , et que je traa vaille plutôt pour mon plaisir que par devoir, « je ressemble aux grands seigneurs qui bâtis- « sent : je fais, défais et refais, jusqu'à ce que a je sois passablement content de mes résultats , « ce qui néanmoins arrive très-rarement. »

n était bon, peut-être, de montrer que la variété, que l'individualité existent dans les recherches mathématiques comme en toute autre

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chose; que les voies les plus diverses peuvent également conduire un homme supérieur à trouver^dans les attractions mutuelles des corps oélestes, la cause du changement d'obliquité de l'édiptique, la cause de la précession des équinoxes, et celle des mouvements de libratiou de la lune,

On s'eat demandé, avec un sentiment de surprise bien nature) , comment Gondorcet renonça si facilement aux succès que la carrière scientifique lui promettait , pour se jeter dans les discussions d'un intérêt souvent très-problématique de réconomie sociale, et dans l'arène ardente de la politique ! Si ce fut une faute, bien d'autres, hélas! s'en sont aussi rendus coupables. En voici, au surplus, l'explication :

Convaincu de bonne heure que l'espèce humaine est indéfiniment perfectible, Gondorcet (je copie) « regardait le soin de hâter ses pro- « grès, comme une des plus douces occupations , c comme un des premiers devoirs de l'homme € qui a fortifié sa raison par l'étude et par la c méditation, »

Gondorcet exprimait la même pensée en d'aur très termes, lorsqu'après la destitution de Tur-

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