‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 123 sur 205 · CONDORCET A MALESHERBES · texte numérisé non relu

CONDORCET A MALESHERBES

Du vendredi saint 178a.

J'aurais bien voulu, Monsieur, pouvoir me rendre à l'invitation que vous avez eu la bonté de me faire; mais je suis retenu à Paris par mes affaires du secrétariat. Il faut que je fasse l'éloge de M. de Maurepas et de M. de Courtanvaux. Je me trouve dans l'embarras où vous vous êtes trouvé en 1775 pour Téloge de ce vieux conseiller de la cour des aides, mort dans l'exil, et dont il n'y avait rien à dire sinon qu'il était mort ; mais je n'ai pas ce qu'il me faudrait pour m'en tirer aussi bien que vous.

J'ai envoyé i&otre lettre à M. de Lamanon. Vous a-t-il raconté son histoire ? vous a-t-il dit qu'étant chanoine d'Arles , ayant la promesse d'une pension, il renvoya le tout un beau jour, ne voulant pas être ministre d'une religion qu'il avait , comme on dit, le malheur de ne pas croire; que son père, qui n^avait pas prévu ce changement d'habit, l'avait réduit à sa légitime, c'est-à-dire à cent écus de rente; qu'alors son frère, que vous avez vu , l'obligea à partager avec lui , moitié par moitié, la totalité de la succession ; que , croyant en 1 776 qu'il n'y avait plus rien à espérer pour la France, il partit à pied de Salon en Provence, parcourut la France , l'Angleterre, la Hollande et la Suisse, resta longtemps dans le Valais, et

( I ) Ce fragment a paru dans fe Magasin encyclopédiqneAc MHItn

CORAE&lHiirDAlVCE GENERALE. 299

finit par revenir en Provence, où il trouva que, à tout prendre, on était aussi bien qu'ailleurs? il a envie mainteDani d'aller en Sibéne voir sur la place les prétendues dents d'éléphants. Ce qui le cbarme sur* tout , ce sont les soufflets que l'histoii^ naturelle donne à Moïse, à chaque pas que l'on ^fait sur le gbbe.

Jeudi prochain, nous délibérons à l'Académie française sur la fondation d'un prix de vertu qu'on nous propose* Nous couronnerons chaque année l'action la plus vertueuse , faite dans l'étendue du royaume , et uftus en ferons au public un récit bien tourné. Il faurt}ue l'auteur del'action ne soit ni gentilhomme, ni même bourgeois ayant pignon sur rue. Le prix est de if%QO francs. On fera imprimer le récit, qu'on présentera à M. le Dauphin , afin de lui apprendre à connaître les hommes.

Avez*vous eu la patience de lire mon discours à TAcadémie?

Agréez , je vous prie , Monsieur, les assurances de mon inviolable et respectueux dévouement.

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