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condamné, il me paraît en résulter qu'on ne peut sans injustice rendre volontairement irréparable Terreur à laquelle on est nécessairement et involontairement exposé.
Le second résultat est l'impossibilité de parvenir, par le moyen des formes auxquelles les décisions peuvent être assujetties , à remplir les conditions qu'on doit exiger, à moins que ces décisions ne soient rendues par des hommes très-éclairés : d'où l'on doit conclure que le bonheur des peuples dépend plus des lumières de ceux qui les gouvernent que de la forme des constitutions politiques; et que plus ces formes sont compliquées , plus elles se rapprochent de la démocratie , moins elles conviennent aux nations on le commun des citoyens manque d'instruction ou de temps, pour s'occuper des affaires publiques; qu'enfin il y a plus d'espérance dans une monarchie que dans une république, de voir la destnio tion des abus s'opérer avec promptitude et d'une manière tranquille.
Les conséquences peuvent être importantes, ne fût-ce que pour les opposer à cette espèce d'exagération qu'on a voulu porter dans la philosophie; mais j'ai cru qu'il fallait se borner à les indiquer dans un ouvrage sorti des presses d'une imprimerie royale.
Je demande pardon à Votre Majesté de lui parler si longtemps de mes idées ; et je la supplie de ne regarder la liberté que je prends de lui présenter mon ouvrage, que comme un témoignage démon admiration et de mon respect.
Je ferai tous mes efforts pour répondre à la con-
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fiance dont Votre Majesté m'a honoré. Je ne puisehcore lui proposer qu'un seul sujet qui pourrait remplacer M. Thiébault dans rAcadémie, et donner des leçons de grammaire. C'est M. Dupuis(i); il est professeur depuis longtemps dans l'université de Paris. Sa conduite et soti amour pour le travail lui ont mérité l'estime générale ; mais son goât dominant pour l'érudition Ta conduit à entreprendre un grand ouvrage sur les théogonies anciennes , sur l'origine des constellations, et il ne peut continuer ce travail et le publier sans offenser des gens qui ont encore ici quelque crédit. Ce n'est pas qu'il veuille attaquer directement les choses établies; mais les conséquences qui résultent de ces discussions ne peuvent pas toujours se concilier avec les idées communes. Il ti'a pu même, en voilant ces conséquences au hasard d'affaiblir le mérite de son travail, éviter de déplaire h une partie des membres de notre Académie de belleslettres, qui ont voulu l'engager à faire sa profession de foi sur l'antiquité du monde. Dans cette position cruelle pour un homme sage, mais honnête et ferme, il accepterait avec reconnaissance une place dans votre académie et une chaire dans Votre école militaire. Un seul obstacle l'arrête : il serait dans dixhuit mois ce qu'on appelle émérite, et durait une re-
(i) L'auteur de l'Origine des cultes (X794)-
« Condorcet le proposa au grand Frédéric pour la chaire « de liuéralure au collège de Berlin, en remplacenaent de H M. Thiébault, qui avait donné sa démission. » ( Biogr, univ,^ art. Dupuis.) La mort de Frédéric (17 août 1786) rompit rengagement de Dupuis et supprima son yoyage.
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traite assurée de i,4oo livres de notre monnaie; au lieu qu'en quittant aujourd'hui il perdrait dix-huit ans de sa vie ^ employés dans l'espérance de cette retraite. Mais Votre Majesté pourra aplanir cet obstacle. Les professeurs qui voyagent par ordre du roi peuvent conserver leur titre en se faisant remplacer; et si Votre Majesté paraissait y prendre quelque intérêt, cet ordre ne serait pas difficile à obtenir.
Par là elle acquerrait un très-bon professeur de grammaire, un académicien d'une érudition trèsdistinguée, et qui a su y porter de l'esprit et une philosophie Irès-rare parmi cette classe de savants. Je pourrais proposer à Votre Majesté d'autres hommes de mérite, mais aucun qui fût du même ordre. D'ailleurs une longue habitude d'enseigner, et une conduite exempte de reproches dans un corps où ses opinions et son mérite lui ont fait des ennemis et des jaloux, semblent des avantages que bien peu d'hommes de lettres auraient au même degré.
M. Beauzée, dont Votre Majesté m'a fait l'honneur de me parler, est âgé , assez dévot , très-flatté de siéger à l'académie française; et, quoique peu riche, il a pour lui-même et pour ses enfants des espérances qui le retiennent ici^
J'espère pouvoir bientôt remplir les intentions de Votre Majesté pour un professeur de philosophie et de belles-lettres : mais elle connaît trop bien l'état de notre littérature et de notre philosophie, pour ne pas me pardonner un peu de lenteur dans Fexécution de cette partie de ses ordres.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
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