‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 128 sur 205 · DU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

DU ROI DE PRUSSE

PotsdaiD, 39 juin 1785.

Taî reçu votre lettre^ mais j'attends votre ouvrage ( 1 ), qui n'est pas encore arrivé. Je vous remercie de me ravoir communiqué, et je m'en tiendrai à la préface, comme vous me l'indiquez ; car les ignorants de ma classe se contentent du résultat de vos calculs, sans sonder les profondeurs infinies.

A l'égard de vos opinions touchant la peine du délit , je suis bien aise que vous soyez du même sentiment que le marquis Beccaria. Dans la plupart des pays, les coupables ne sont punis de mort que lorsque les actions sont atroces. Un fils qui tue son père , l'empoisonnement et pareils crimes , exigent que les peines soient grièves , afin que la crainte de la punition retienne les âmes dépravées qui seraient capables de le commettre.

Pour ce qui concerne la question, il y a près de cinquante ans qu'elle est proscrite ici, comme en Angleterre. La raison est des plus convaincantes : elle ne dépend que de la force ou de la vigueur du tempérament de celui auquel on l'applique. Un moyen qui peut produire un aveu de la vérité, ou un mensonge que la douleur extorque, est trop incertain et trop dangereux pour qu'on puisse l'employer. Je comprends malheureusement que la philosophie n'ose pas marcher tête levée dans tous les pays.

(1) U Essai sur le calcul des probabilités. Voyez la lettre pticcdente.

3lO GORaSSPONDANGE G#KÉRALE.

Je VOUS suis très-obligé de la personne que vous rae proposez à la place de M. Thiébault (i); je i'acœpterai très-volontiers, si vous pouvez l'y disposer; et, au cas qu'on ne puisse lui obtenir cette pension dont il espère de jouir en France, on pourra lui en accorder une sur sa retraite , s'il ne pouvait plus vaquer à des emplois. J'écrirai d'ailleurs au baron de Goltz, pour essayer d'obtenir cette pension de la France; et, en cas de refus , j'arrangerai le tout. Pour sa Théogonie (a) , il pourra la publier ici selon son bon plaisir. En gros, je suis de son opinion, que les planètes et le globe que nous habitons sont infiniment plus anciens qu'on ne le débite ; et , de toutes les hypothèses que l'on soutient sur ce sujet , celle de réternité du monde est la seule où se rencontre le moins de contradictions et celle où il y a le plus d'apparence de vérité.

Je conçois que, pour trouver un professeur de philosophie et de belles-lettres , il faut du temps et du choix ; ainsi je ne vous presserai pas sur oe sujet, si ce n'est que je vous prie de vous ressouvenir quelquefois d'un nombre déjeunes gens rassemblés dans une académie, attendant avec empressement des instructions qui leur manquent pendant l'absence d'un professeur. Sur ce, etc.

(i) Dupuis. VoycB la lettre précédente.

(a) Le livre de VOrigine de tous les cultes , auquel Dupuis travaillait alors, et qui ne parut qu'en 1794.

CORBESPONDARCE G^KIÉIIALE. 3l I

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