M. LE PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Monsieur lb phésIdent^
Aussitôt que l'Académie des sciences a eu connaissance du décret de l'Assemblée nationale , du 8 mai dernier, concernant les poids et mesures, elle n'a pas attendu qu'il lui en fut donné une communication officielle , et elle s'est empressée d'en exécuter les dispositions en tout ce qui a dépendu d'elle. Tandis que plusieurs de ses membres s'occupent à déterminer, d'une manière plus précise, la véritable longueur du pendule , et cherchent à en déduire des mesures constantes de poids, de longueurs et de capacité, elle a chargé des commissaires de rédiger le projet d'instruction qui doit être adresse par le roi aux quatre-vingt-trois directoires de département du royaume, pour l'envoi des différentes mesures.
La discussion de ce projet d'instruction , qui a eu lieu dans les séances de l'Académie, lui a (ait
LETTRE AU PRESIDENT ^ ETC. . 5l3
apercevoir que rexécution littérale du décret de Tâs* semblée nationale serait susceptible de beaucoup de difficultés, principalement pour les mesures de grains. Elle a craint que s*il lui était envoyé des étalons de toutes les mesures de cette classe , qui existent dans les municipalités du royaume, le nombre n'en fut si considérable qu'aucun local ne fût assez grand pour les contenir, et qu'on ne se jetât dans un travail immense, où il serait difficile, peut-être impossible , d'éviter la confusion.
L'Académie se serait fait un devoir de surmonter ces difficultés , si elle avait pu espérer, en prenant la route la plus pénible et la plus longue, d'arriver plus sûrement au but que se propose l'Assemblée nationale; mais elle a considéré que la plupart des mesures de grains , déposées dans les municipalités , étaient fort irrégulièrement construites ; que plusieurs avaient été altérées^ et n'étaient plus conformes aux titres de leur établissement; en sorte que l'Académie, en opérant sur de telles mesures, s'exposerait à consacrer des erreurs ou des infidélités.
Elle a considéré de plus, que le rapport des différentes mesures entre elles était communément déterminé avec une précision suffisante pour les besoins du commerce, dans l'étendue des cantons où elles sont en usage, ainsi que dans les marchés voisins; que ces rapports étaient presque toujours établis par des titres, par des procès-verbaux déposés dans les grefTes des tribunaux ou des municipalités , enfin par une tradition constante; que de deux
choses l'une : ou les expériences faites à Paris par I. 33
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r\cadémiey sur les mesures qui lui auraient été en* voyées par les municipalités, s'accorderaient avec les lilres et avec la tradition du pays , et alors elles seraient inutiles; ou elles présenteraient des diRerences , et alors tout ce qu'on pourrait en conclure, c'est qu'il était probable que les mesures avaient été altérées.
Ces considérations ont fait penser à l'Académie qu'il suffirait de demander aux directoires de département et de district, des étalons des seules mesures de différentes espèces en usage dans le chef-lieu de chaque district , avec un omémoire instructif sur le rapport de ces mesures avec toutes celles de l'arron* dissement. Ces mémoires seraient accompagnés d'extraits de titres et de procès-verbaux certifiés et revêtus de toutes les formes, et les districts n'aul'aient point à se plaindre , lorsque ce serait d'après leur propre détermination que les rapports des mesures auraient été fixés.
C'est dans cet esprit , Monsieur le président, qu'a été rédigé le projet d'instruction que nous nous proposions de présenter au roi, et dont nous avons l'honneur de vous envoyer copie. Mais comme cette instruction est conforme à l'esprit du décret , sans être exactement conforme à la lettre, nous n'avons pas cru qu'il nous fût permis d'en faire usage avant de nous être assurés des dispositions de l'Assemblée nationale. Daignez lui communiquer nos observations : si elle les approuve, il sera nécessaire qu'elle rende on décret en interprétation du premier, à l'effet de restreindre les envois à faire au secrétaire de
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rAcadémie, à une seule mesure de chaque espèce par district.
L'Académie des sciences a cru pouvoir se permettre de joindre à Tinstruction le projet de décret qu'elle prend la liberté de solliciter.
Déjà elle voit avec joie les vues sages de l'Assemblée nationale pénétrer chez les nations étrangères. Dans les États-Unis d'Amérique, où Ton s'occupait des moyens d'établir l'uniformité des poids et des mesures y et de leur donner pour base une unité naturelle, M. Jefferson, chaîné de ce travail , s'est empressé de substituer au pendule du trente-huitième degré, auquel il s'était d'abord arrêté parce qu'il répond au milieu du territoire américain , celui du quarante-cinquième, qui a été proposé par l'Assemblée nationale, comme un terme moyen que tous les peuples peuvent adopter. L'Espagne a envoyé en France un savant chargé de suivre toutes les opérations relatives aux mesures qui seraient faites en vertu de vos décrets, dans l'intention, soit de s'y conformer dans la réforme de ses mesures , soit de faire répéter au quarante-cinquième degré , dans l'hémisphère austral du Nouveau-Monde , les opérations que les Français exécuteront à la même latitude dans l'hémisphère boréal de l'Ancien.
Je suis avec respect ,
Monsieur le Président , Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
CoiTDORCBT, secrétaire perpétuel,
Paris, le II novembre 1790.