‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 184 sur 205 · LE FAUX AMI DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LE FAUX AMI DU PEUPLE

Fragment de Théophraste , Doavellement découvert dans la bibliothèque des moines du mont Athos.

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Du temps de Théophraste, les villes grecques n'avaient plus qu'un vain simulacre d'indépendance ou de liberté. Soumises à l'influence des armes et de l'or des successeurs d'Alexandre, qui les divisaient , elles attendaient un maître. La légèreté du peuple d'Athènes, son ingratitude envers ses meilleurs généraux et ses plus dignes citoyens , qu'ils condamnaient par caprice , pour s'en repentir le lendemain ; sa fureur de décider par lui-même de tout ce qu'il ne pouvait entendre, d'être à la fois législateur, juge, administrateur des deniers publics, étaient la principale cause de ses maux ; et les vices des Athéniens étaient le crime de leurs orateurs, qui les flattaient pour en faire l'instrument de leur avarice, de leur ambition, de leur vengeance; qui n'aspiraient k les conduire que pour les vendre au tyran domestique ou étranger qui voudrait les acheter.

Cest contre ces orateurs, qui achevaient alors de perdre la Grèce, que Théophraste paraît ici avoir dirigé ses traits. Quant à l'ami du peuple Philodème, Théophraste avait %écu du temps de Phocion, et on assure même qu'ils avaient été liés étroitement.

Philodème ne monte à la tribune que pour donner au peuple des conseils nobles ou utiles; il dit ce qu'il croit vrai, sans songer s'il sera écoulé avec ap* plaudissement ou accueilli avec succès. Si le peuple a des opinions fausses , il les combat ; s'il a commis I. 34

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des fautes ^ il les lui reproche ; quelquefois il l'oblige à les réparer.

Quand il paraît , les bons citoyens espèrent; mais une terreur secrète agite le cœur des hommes pervers. Âccompagne-t- il un citoyen dans la rue, ce n'est jamais celui que la faveur populaire rend le mattre de la ville ; c'est celui qui a mérité de la patrie ou que les méchants persécutent. On ne compte aucun homme corrompu parmi ses amis, ni, parmi ses ennemis , aucun de ceux qui peuvent être utiles à la république.

Si le peuple, égaré par les orateurs , a commis des violences, la figure , la contenance de Philodème annoncent Taffliction profonde de son âme ; il se serait exposé à la fureur du peuple pour lui épargner un crime; il s'expose à ses ressentiments, en ne lui cachant ni son indignation ni sa douleur. 11 ne cherche point de vaines excuses , puisées dans l'erreur du peuple, dans ses intentions, dans les fautes de ceux sur qui il a exercé ses vengeances : il ne demande pas si le sang répandu était donc si pur ( i }. 11 gémit hautement sur la majesté des lois violées, sur les droits de la nature outragés. 11 ose dire aux citoyens : Celui que vous avez sacrifié à la vengeance, et qui ne devait être immolé qu'à la loi, était peut* être un déprédateur ou un traître; mais, vous, vous êtes des assassins (a).

(i) Le mot est de Barnave, à Foccasion de l'assassinat de Foulon et Bertier.

(a) Ceci fait allosion à un fait rapporté par Aulo-Gelle; il et trop connu pour Tiosërcr ici. {Noie de CondùtxetJ)

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