L'APPUCATION DU CALCUL AUX SCIENCES POLITIQUES
ET MORALES (x).
Dans les premiers âges des sciences , un seul homme les cultive à la fois; mais elles restent isolées ; c^ar on ne doit placer qu'au nombre des rêves scientifiques ces chimériques rapprochements, alors enfantés par quelques imaginations ardentes. Au contraire j lorsque leurs progrès forcent les savants à s'en partager les diverses branches, on voit s'établir entre elles des lignes de communication , et l'application d'une science à une autre en devient souvent la partie la plus utile ou la plus brillante.
Cette application exige, non-seulement que chacune des deux sciences ait atteint une certaine étendue, mais que chacune aussi soit assez répandue pour qu'il se trouve des hommes qui , les possédant toutes deux à la fois , puissent en parcourir la double carrière d'un pas égal et sûr.
L'application du calcul aux sciences morales et politiques n'a donc pu nattre qu'à l'époque où les
( 1 ) Journal d'insiruciion sociale de$ %2 juin et 6 juillet 1 79S.
54o TABLEAU GÉNÉRAL
mathématiques ont été cultivées avec succès , chez des peuples dont la liberté ait eu la tranquillité pour compagne et les lumières pour appui. En Hollande, le célèbre Jean de Witt, disciple de Descartes y et en Angleterre, le chevalier Petty, donnèrent les premiers essais de cette science dans le siècle dernier, à peu près à Tépoque où Fermât et Pascal créaient le calcul des probabilités , qui en est une des premières bases y et n'osaient l'appliquer qu'aux jeux de hasard, ou n'avaient pas même eu l'idée de remployer à des usages plus importants et plus utiles.
Maintenant l'étendue de ces applications permet de les regarder comme formant une science à part, et je vais essayer d'en tracer le tableau.
Comme toutes ces applications sont immédiatement relatives aux intérêts sociaux, ou à Tanalvse des opérations de l'esprit humain , et que , dans ce dernier cas, elles n'ont encore pour objet que l'homme perfectionné par la société , j'ai cru que le nom de mathématique sociale élait celui qui convenait le mieux à cette science.
Je préfère le mot mathématique ^ quoique actuellement hors d'usage au singulier , à ceux d'arithmétique, de géométrie, d'analyse, parce que ceux-ci indiquent une partie des mathématiques , ou uoe des méthodes qu'elles emploient , et qu'il s'agit ici de l'application de l'algèbre ou de la géométrie , comme de celle de l'arithmétique; qu'il s'agit d^applications dans lesquelles toutes les méthodes peuvent être employées. D'ailleurs, la dernière expression est équivoque, puisque le mot analyse signifie tantôt