I. L'homme considéré comme individu
On sait combien il est modifié par la température du climat, la nature du sol, la nourriture, les habitudes générales de la vie, les pratiques préserva- Irices, les institutions sociales; et on peut demander comment ces causes diverses influent sur la durée de la vie, sur le rapport du nombre des individus de chaque sexe , soit à la naissance , soit aux différents âges, sur celui du nombre des naissances, des mariages, des morts, avec le nombre des individus existants; sur celui des célibataires, des mariés, des veufs y soit de chaque sej^e, soit des deux classes, avec ce même nombre total.
On verra ensuite de quelle manière ces causes influent sur la mortalité produite par les différeutes classes de maladies.
Enfin, jusqu'à quel point on peut en reconnaître l'influence sur la force , sur la taille , sur la forme des individus, ou même sur leurs qualités morales.
On peut considérer, ou l'action séparée de chacune de ces causes » ou l'action de plusieurs réunies entre elles; et il faut à la fois examiner si, dans ce dernier cas , les deux, les trois causes réunies, agissent d'une manière isolée, ou si, se combinant réellement, elles corrigent ou aggravent les effets que chacune d'elles aurait pu produire.
L'observation ne peut faire connaître ici que la coexistence entre le fait regardé comme cause, et celui qu'on regaide comme TefTet. Il reste à déterminer^
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par le calcul des probabilités, si Ton doit ou non regarder cette coexistence comme résultant d'une loi constante , si l'eiïet doit être attribué à la cause qu'on lui suppose , ou au hasard , c'est-à-dire, à une cause inconnue.
Si je jette deux dés cinquante fois de suite , et que j'amène vingt-sept ibis un nombre impair, et vingttrois un nombre pair, quoique je sache que des trentesix combinaisons possibles, qui donnent depuis deux jusqu'à douze points, dix-huit produisent un nombre pair, et dix-huit un nombre impair, il ne me viendra pas dans l'idée que je doive attribuer à une inégalité dans les dés cette supériorité des nombres impairs. Mais si je réitère cent fois de suite celle même épreuve de cinquante projections des dés, si alors j'ai amené environ deux mille sept cents fois un nombre impair contre environ deux mille trois cents un nombre pair; si, dans ces cent expériences, quatre-vingt-dix-huit contre deux m'ont présenté cet avantage en faveur des nombres impairs, alors n'aurai-je pas lieu de croire que les dés sont formés de manière que, l'un donnant plus aisément un nombre pair, et l'autre un nombre impair, il en résulte plus de facilité pour amener un nombre impair^ en les jetant tous deux à la fois?
On voit que cette même observation s'applique également aux faits naturels, et qu'on s'exposerait à des erreurs même ridicules, si on concluait leur dépendance mutuelle d'un petit nombre de coïncidences ; si , par exemple, après avoir ti*ouvé qu'à une telle époque, dans un tel lieu de trois mille habitants, il se trouve six aveugles, el quatre seulement
dans uu autre de la méine population , on allait eo conclure que le climat du premier est plus défavorable à la conservation de la vue.
On voit qu'on ne peut ici rassembler les faits qu'avec le secours de la puissance publique; en effet, s'ils sont en petit nombre, ils ne conduisent à aucune conclusion assez probable pour en tirer des conséquences utiles, et les recherches d'un ou de plusieurs individus ne peuvent donner ce qu'on pourrait obtenir facilement par l'examen , soit des registres de naissances, de mariages et de décès, soit des tableaux de citoyens ou de gardes nationales.
Maïs alors, si on veut que ces registres soient vraiment utiles à la connaissance de l'homme, il faut leur donner la forme et l'étendue qu'exige ce but jusqu'ici trop négligé. Il faut de plus trouver les moyens de disposer les dépouillements de ces registres nombreux , de manière que les tables qui en résultent puissent offrir à l'observateur tous les faits généraux qui sortent de cette masse de faits, et non pas seulement ceux que Ton aurait eu intention de chercher en dressant ces tables.
II. Les applications du calcul aux opérations intellectuelles, soit d'un homme seul, soit de plusieurs, ne présentent pas une carrière moins vaste.
En les considérant en elles-mêmes, on peut y appliquer la théorîe des combinaisons.
La théorie du syllogisme, donnée par A ris tôt e, eo est le premier et presque le seul exemple.
Mais , quoique toutes les preuves rigoureuses des vérités intellectuelles puissent se réduire à cet le forme.