‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 42 sur 205 · A VOLTAIitE · texte numérisé non relu

A VOLTAIitE

Ce 22 juillet 1774*

Vous savez sans doute la nomination de M. Tur^ got (a). Il ne pouvait rien arriver de plus heureux à la France et à la raison humaine. Jamais il n'est entré dans aucun conseil de monarque d'homme qui réunit à ce point la vertu, le courage, le désintéressement, Tamour du bien public, les lumières et le zèle pour les répandre. Depuis cet événement, je dors et je me réveille aussi tranquillement que si j'étais sous la protection de toutes les lois de l'Angleterre. J'ai presque cessé de m'intéresser pour les choses publique^, tant je suis sûr qu'elles ne peuvent manquer de bien aller.

M. Turgot est un de vos admirateurs les plus passionnés et un de mes illustres amis ; ainsi nous aurions des raisons particulières d'être heureux , si les raisons particulières pouvaient se faire entendre ici.

Je vous envoie, mon cher et illustre maitre , un exemplaire imprimé de l'Éloge de Fontaine , non pas

(i) Jéréroie, chap. XXVn, vers. 9. B.

(2) Au ministère de la marine, sous M. de Bfaurepas, Cette nomination est du ao juillet 1774.

ENTRE VOLT/lIRE KT CONDORCET. 3^

que j'imagine que vous puissiez avoir le temps de le relire , mais comme un hommage. Cesl beaucoup pour moi que vous daigniez^ lire une fois ce que

j écris

Le choix de M. Turgot mérite d'être célébré par tous ceux qui s'intéressent à la bonne cause. On a pu na^llonner aux oreilles du roi quelques compliments sur les choix édifiants qu'il avait faits jusqu'ici : il est juste qu'il s'accoutume ^ en récompense de celui qu'il vient de faire, à entendre une autre mélodie.

Les princes d'Orléans ont eu ordre de ne point paraître à la cour, parce qu'ils n'ont pas voulu paraître au catafalque(T) et y saluer le parlement (a). C'est une tracasserie qui n'influera point sur les affaires publiques; ce parlement-ci est vil et méprisé , l'ancien était insolent et haï , tous deux étaient sots et fanatiques. 11 en faut un troisième, et j'espère que c'est ce qui va arriver , et qu'on n'y souffrira ni les assassins de La Barre, ni leur esprit. L'infâme Pasquier est dans la dévotion et dans l'opprobre. Le Saint-Fargeau se pavane dans ses terres, admiré de ses valets. Michau n'est aux yeux du public qu'un brouillon sans courage et sans. talents. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

C'est aujourd'hui la fête de sainte Madeleine. Croyez-vous que jamais il y ait rien eu d'aussi atroce et d'aussi bête que de punir de mort un homme

(i) De Louis XV.

(a) L'ancien parlement, exilé en 1771 pour faire place au par lement M aiipeou , et rappelé à l'avènement de Louis HYt

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pour avoir dit qu'elle était une p , et cela dix-huit

siècles après qu'elle eut cessé de l'être, comme on avait exilé des gens pour avoir dit la même chose des maîtresses de quelques rois? On a cru devoir proportionner la peine à la dignité de l'amant, et que la mort n'était pas trop pour qui oserait médire de la maîtresse du bon Dieu.

Adieu , mon cher et illustre maître ; vivez pour voir des jours heureux et pour les célébrer, car on espère que sainte Antoinette de Lorraine réparera l'énorme sottise de sainte Clotilde.

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