‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 43 sur 205 · A GONDORCET · texte numérisé non relu

A GONDORCET

la auguste 1774-

Je ne vous écris aujourd'hui , Monsieur le Secré* taire, ni sur les sciences et les beaux-arts, qui commencent à vous devoir beaucoup , ni sur la liberté de conscience, dont on a voulu dépouiller ces beauxarts, qui ne peuvent subsister sans elle.

Vous avez rempli mon cœur d'une sainte joie quand vous m'avez mandé que le roi avait répondu aux pervers qui lui disaient que M. Turgot est encyclopédiste : // est honnête homme et éclairé^ cela me suffit.

Savez-vous que les rois et les beaux esprits se rencontrent? Savez-vous, et M. Bertrand (i) sait-il que le poète Kien-long, empereur de la Chine, en avait dit autant il y a quelques années? Ave^vous

(i) D'Alemb^rt.

ElITRE VOLTAIRK ET CONDORCBT. 39

lu dans le treDte<leuxièine recueil des prétendues Lettres édifiantes et curieuses^ la lettre d'un je* suite imbécile nommé Benoit à un fripon de jésuite Dommé Dugad? Il y est dit en propres mots qu'un ministre d'État accusant un mandarin d'être chrétien, l'empereur Kien-long lui dit : «La province est-elle mécontente de lui ? — Non. — Rend-il la justice avec impartialité ? — Oui. — A-tâl manqué à quelque devoir de son état? — Non. — Est-il bon père de famille? — Oui. — Eh bien donc, pourquoi Tinquiéter pour une bagatelle ?

Si vous voyez M. Turgot, faites-lui ce conte. Je vous envoie la copie d'une requête que j'ai barbouillée pour tous les ministres. Il n'y a que le roi à qui je n'en ai pas envoyé. Je souhaite passionnément que cette requête soit présentée au conseil de commerce, dans lequel M. Turgot pourrait avoir une voix prépondérante. J'ai du moins la consolation de voir que, malgré les grands hommes, tels que Fréron, Clément et Sabotier, Femey est devenu, depuis que vous ne l'avez vu, un lieu assez considérable, qui n'est pas indigne de l'attention du ministère. Il y a non-seulement d'assez grandes maisons de pierre de taille pour les manufactures, mais des maisons de plaisance très-jolies qui orneraient Saint-Cloud et Meudon : tout cela va rentrer dans le néant d'où je l'ai tiré , si le ministère nous abandonne. Je suis peut-être le seul fondateur de manufacture qui n'ait pas demandé de l'argent au gouvernement. Je ne lui demande que d'écouter son propre intérêt. Je vous en fais juges, vous et M. Bertrand.

4o correspondauce

Je voudrais bien venir vous consulter tous deu\ sur une affaire qui vous intéressera davantage, et que je vais entreprendre. J'invoque Dieu et vous pour réussir. Il s'agit de la bonne cause : vous la soutiendrez toujours avec Bertrand. Je m'incline devant vous deux^ V,

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