A SA IIAJESTÉ TRÈS-CHBÉTIENNE
3o décembre 1774*
Jacques d'Étallonde de Morival, écuyer, natif d'Abbevilleen Picardie, frère du chevalier de Bœncourt, capitaine au régiment de Champagne, neveu de deux chevaliers de Saint-Louis, tués au service du Roi ;
Demande très-humblement à Sa Majesté la per* mission de poursuivre au parlement de Paris, son juge naturel , la justice qui lui est due.
Il représente qu'étant dans une extrême jeunesse ,
I ' Voyez cet opuscule, t. XLVIII, p. 32, des œuvres de Voltaire.
6o COnRESPOIfDA.NCE
en 1765 y il apprit en Gueldre, où il apprenait alors rallemand , qu^il ëtait impliqué dans une affaire criminelle devant quelques gradués d'Abbeville , et même par-devant un juge qui n'était pas gradue ;
Que cette excécrable affaire était suscitée par une cabale qui voulait nuire , à quelque prix que ce fut , à madame de Brou, abbesse de Villancour, ce qui n'est que trop connu ;
Que malgré sa jeunesse , son indignation fut si grande , qu'il résolut de ne jamais revoir une ville troublée par des intrigues si odieuses ;
Qu'il aima mieux se faire soldat à Yesel, dont il se trouva très-proche alors ;
Qu'il r^arda la profession d'un bon et sage soldat comme honorable, et ne dérogeant point à sa qualité de gentilhomme;
Qu'ayant fait son devoir pendant trois années entières avec exactitude, le roi de Prusse, exactement informé de tout le détail de ses régiments, et ignorant qui il était, daigna le faire officier;
Qu'il se consacra pour jamais au service du roi de Prusse, son bienfaiteur et son maître , et ne s'occupa que de la partie des mathématiques qui r^arde la guerre ;
Que les généraux sous lesquels il a servi ont rendu de lui les témoignages les plus avantageux;
Que, par un hasard extraordinaire, il a été enfin informé de cet ancien procès criminel intenté contre lui, et de sa sentence de contumace portée par les gradués et non gradués d'Abbeville, contre les lois du royaume. Qu'ayant reçu copie des chaînes, elles
ENTRE VOLTàlRE ET COUTOORCET. 6t
oDt paru illégales et absurdes à quiconque lésa lues;
Que les cinq années données par la loi pour se représenler étani écoulées, et son service dans les troupes du roi son maître (service dans lequel il doit ?ivre et mourir) ne lui ayant pas permis de venir demander justice, il est Forcé de r€t|uérir des lettres pour purger sa contumace.
Et supplie qu'il lui soit donné le temps nécessaire poar venir se présenter à Paris.
A Vesei, ce