‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 61 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

8 mai 1775.

Si vousu'avez point vu les avocats, ne vous abaissez point à les voir et ne Vous ennuyez point à leur verbiage. Ayez la bonté de me renvoyer ma lettre pour Beaumont.

Secrétaire de la raison et de Téloquence, j'ai le bonheur d'être entièrement de votre avis. Il faut at-

(1) Vers de l'épître du chevalier Morton.

(^) Ce sobriquet désigne le conseiller au parlement Pasquier, qui détermina rarrêt contre le chevalier de La Barre, et fut rapporteur dans le procès de Lally.

tendre que le mailre de ce jeune homme lui fasse un sort digne de tous deux^ et s'il ne le fait pas, on y suppléera autant qu'un particulier peut suppléera ce que doit faire un grand prince.

Mais surtout je voiis conjure, au nom de Tamitié que vous m'avez toujours témoignée, de ne plus souffrir qu'on m'impute des choses que je ne puis avoir faites (i ) , et qui, en me perdant sans ressources, me mettraient hors d'état d'être utile à cet infortuné dont vous prenez le parti avec tant de grandeur d'âme. Vous me flattez d'un côté, mais vous me percez de l'autre; ma situation est plus affreuse que vous ne pensez.

Je vous envoie quelques exemplaires de l'ouvrage que vous m'avez confié (a). Je me donnerai hien de garde d'en envoyer à M. de Trudaine. Je vous ai servi et je vous servirai toujours; mais je ne veux pas passer pour être lauteur d'un écrit auquel je n'ai nulle part, et dont je me sens d'ailleurs très-incapable. Je vous aime autant que je vous estime. Je vous suis solidement attaché; mais dans les circonstances délicates et fatales où je me trouve depuis si longtemps, épargnez-moi, je vous en conjure.

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