A VOLTAIRE
Ce samedi, ii août 1775.
L'ami J. G. (3) est entré dans l'assemblée du clergé, et y fait un b«au discours contre la philosophie, et il a dit : « Qui le croirait. Messieurs? le sanctuaire
(i) LefrtDc de Pompignao.
(») Jean-George Lefranc , évéqiie du Puy, eo Velay.
(3) Jean-Geoif e Lefranc.
des lettres est cte^fenu le repaire de l* incrédulité et de rirréligion. » « Mais, Monsieur, a dit iid autre archevêque, vous n'^ songez pas! nous sommes sept évéques dans l'Académie. » J. G. a repris : « Que serait-ce sij malgré les règles immuables de la prudence , et les maximes de la plus saine politique^ la protection ac* cordée à F impiété venait à entrer dans les vues du gou'^ i^mement ? »C\%9LC\m se disait à Toreille: Cet hommelà prend donc rassemblée pour un concile d'oies? mais nous ne sommes plus au temps de saint Grégoire de Nazianze. Alors J. G. a tiré de sa poche un projet de lettre au roi, car dans cette famille on aime à écrire au roi (i). D abord, le clergé devait y rappeler à Sa Majesté les sages lois de saint Louis , de François 1^^, de Louis XIV, etc., etc., contre les blasphémateurs; et on ajoutait qu'il fallait établir des peines plus sévères contre les écrivains qui, non contents de blasphémer, donnaient des leçons de blasphèmes. «Monsieur, a dit un des évéques, mais les lois de Louis XIV condamnent les blasphémateurs à avoir la langue coupée; vous demandez un supplice plus grave pour les philosophes, et cela ne peut signifier qu'une peine de mort. Savez- vous que nous ne pourrions pas signer une telle lettre sans devenir irréguliers j et, qui est pis, ridicules et odieux? 9 J. G. a remis son papier dans sa poche,
(i) Lefranc de Poropignandit à tout l'univers Que le roi lit sa prose et même encor ses vers.
(Voltaire , Le Russe à Paris.) « n faut que tout i'iioivers sache que le roi s*est occupé de mon «« discours (à rAcadémie). » (Mémoire de Lefranc de Pompignan.)
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et il disait à un de ses confidents : « V incrédulité a pénétré jusque dans rassemblée. Je ne vois plus pour la religion d'appuis fidèles que M. Tarchevéque , mou frère et Fréron. » Car Frëron a l'intendance des petits dogues qu'on ëlève contre la philosophie; il les dresse à aboyer, et il les enivre , mais ce n'est pas de gloire.
Papillon Philosophe (i) voit bien mauvaise com* pagnie s'il voit des gens qui vous attribuent le Bon sens (i). C'est comme les écoliers à qui les colporteurs disent que les turpitudes qu'ils leur apportent sont de vous , pour les vendre un écu de plus. Jamais les gens censés ou sensés n'ont entendu parler de ces imputations. On vous reproche au contraii*e d'à* voir trop crié contre les athées. Je conviens qu'ils ont eu tort d'écrire des déclamations, et de les écrire très-longuement. Je conviens que s'il est dangereux que le déisme ne mène à la superstition , il était inutile de le dire, à présent qu'il est question d'aller de la superstition vers le déisme. Je conviens que c'est une grande maladresse de vouloir faire dépendre la chute d'une superstition absurde et sanguinaire de la décision d'une question de métaphysique qui demeurera obscure encore longtemps, et peut-être toujours. Mais les athées sont sous le couteau , et le couteau qui les égoi^erait se plongerait bientôt dans le sang des déistes; et si on permettait de rechercher les athées, Christophe de Beaumontet
(i) Madame de Saint- Julien.
(a) Le Bon sens , ou Idées naiurv/irs opposées aux idées surnatureUcsy par \v binon dllolbach.
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Denis Pasquier appelleraient athée quiconque éiè- \erait des doutes sur la dévotion du sacré cœur ou sur l'infaillibilité du parlement.
Ne disons donc pas de mal des athées.