‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 65 sur 205 · A CONBORCET · texte numérisé non relu

A CONBORCET

17 septembre 1776.

J'avais déjà lu M. de Guibert ; j'avais déjà pensé qu'il Fallait deux prix (i). Raton est yrès-sensible au sou^ venir de l'un des deux Berlrands. On a enfin achevé de lui griller les |>attes, il ne peut plus envoyer des marrons. En voici de M. Laffichard (a) , homme fort célèbre autrefois dans le Mercure. On dit que ce M. Laffichard est actuellement retiré du monde ^ et qu'il a très-bien fait.

Messieurs Bertrands sauront que Luc (3) a écrit à Raton ces mots de sa main : Je vais m occuper à faire

(i) Il s*agit de XÉioge de Catinat, mis au concours par l'Académie, et traité par M. de Guibert et par La Harpe.

(a) Le Temps présent^ par M. Joseph Laffichard. Coodorcel y esl mis en scène sous le nom d*Ariston :

Arôton f moD ami , survint dans ces bocages Que j*afais atuistés par ces sombres images. On connaît Âriston , ce philosophe humain , Dédaiçiant les grandeors qui lui tendaient la main : De la vérité simple, ami noble et fidèle. Son esprit réunit Euclide et Fonlenelle.

(OEuTres, t. XIV, p. 299.)

(3) Par ce sobriquet, qui paraît une anagramme injurieuse, Voltaire et D'Alembert désignaient Frédéric.

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du bien à saint (FÉtallonde^ le martyr de la philoso^ phie (i).

Cela console un peu Raton de tout le mal qu'on fait ailleurs; il sera fort tkohé de mourir sans avoir eu la consolation d'embrasser les deux Bertrands,

Ce jeudi , décembre 1775.

On VOUS a peut-être mandé, mon cher et illustre maître, que sur la délation d'Éprémesnil et la réquisition de maître Séguier, la cour avait supprimé une petite feuille (a) dont j'étais véhémentement soupçonné d'être l'auteur , et qu'il y avait en même temps des voix pour me brûler en papier? Il n'y a rien de plus vrai et de plus ridicule. L'Éprémesntl est un petit Américain qui, à force de faire donner des coups de fouet à ses nègres, est parvenu au point d'avoir assez de sucre et d'indigo pour acheter une chaîne de conseiller du roi brûleur de papier. Mais vous ne savez pas qu'au moment où je vous écris, on porte au parlement la suppression des conseillers du roi hmguayeurs de porcs ^ et que les autres conseillers du roi se préparent à prendre la défense de leurs confrères.

(i) « J'ai honte de vous envoyer des vers : c'est jeter une goutte « d*eau bourbeuse dans une claire fontaine; mais j'effacerai mes « solécismes en faisant du bien à Divus Etallundas ^ martyr de la « philosophie. • (De Frcdciic, 8 septembre 1775.)

(a) Sur r abolition des corvées, publiée sans titre ni nom d'auteur. T. XI, p. 87.

£N1'R£ VOLTAIRE ET CONOORCET. 89

Il y a six édits : i^ la suppression des corvées; '/* celle des communautés de marchands et d'artisans pour Paris et Lyon; 3^ celle de mille vingt-cinq conseillers du roi; 4° celle de la caisse de Poissy ; 5^ celle des r^lements de police pour l'approvisionnement de Paris , r^lements qui y s'ils avaient été exécutés j auraient infailliblement amené la famine; 6^ diminution et administration plus raisonnable des droits sur les suifs.

Je vous prie d'observer que les mille vingt-cinq conseillers du roi levaient chacun pour leur part UD impôt sur le peuple; que le Chàtelet et le parlement en levaient un autre par les frais des procédures sans fin que les maîtrises occasionnaient; que les corvées étaient un impôt énorme , plus nuisible encore par l'avilissement où il tenait le peuple que par ce qu'il lui coûtait;

Que l'impôt pour la réparation et la construction des chemins ne coûtera point à la nation entière le tiers de ce que les corvées coûtaient au peuple seul , et que cependant les édits ne pourront être enregistrés qu'en lit de justice, à moins que, par une faiblesse aussi lâche que la résistance serait absurde , la cohorte des assassins de La Barre n'accepte aujourd'hui ce qu'elle détestait il y a huit jours. Je ne fermerai point cette lettre que je ne sache ce qu'ils auront fait.

J.-F. Montillet (i) se meurt : c'est le prince Ferdi-

>i) Archevêque d*Auch, qui, en 1764, avait publié un mandemeot contre les parlements en faveur des jésuites expulsés.

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nandcle Rohan (puisque prince y a) qui lui succède; celui-là Fera moins de mandemenls que de bailues de lièvres. Le cardinal de Luyues, votre confrère et le mien, est en apoplexie ^ ou plutôt en paralysie. Vous voyez que Fépizootie gagne Paris. Mais si , comme celle des bœufs, elle n'étend ses ravages que sur une seule espèce , et qu'elle se renferme dans les bétes à mitres, comme l'autre dans les betes à cornes, la vigne du Seigneur sera en friche, et le champ de la raison humaine n'en sera que plus fécond.

L'assemblée des robes et des perruques n'est que pour ce matin : ils ne feixHit que nommer des commissaires; ainsi, je ferme ma lettre. N'ayez aucune inquiétude sur tout ceci : notre cause et la cause publique n'ont rien à craindre dans ce moment. Je vous embrasse.

Le roi a montré dans TafTaire des édits une raison^ un amour de l'application, un esprit de justice, un désir de faire le bien de ses |>euples , et un courage qui doivent bien consoler ceux qui s'intéressent à la chose publique.

Cette pièce, considérée comme un libelle difTamatoire, fut brûlée de la main du bourreau, et il en coûta à l'archevêque, pour l'avoir signée (elle est du jésuite Patouillet), tUx mille écus (Tamende.

De nos jours, Montillet et Patouillet ont trouvé des imitateurs; mais la juste sévérité de Louis XV n'en a point trouvé. Vojei plus loin la lettre n° 49.

ENTRE VOLTAIRE hT CONDORCET. 9!

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