‹ Œuvres de Condorcet (volume 3)Chapitre 30 sur 89 · LETTRES D UN GENTILHOMME, ETC · texte numérisé non relu

LETTRES D UN GENTILHOMME, ETC

Je répondrai ensuite que cet avantage dont jouiraient les membres des deux ordres serait injuste, s'ils étaient des hommes de race différente, s'ils étaient des habitants de diverses provinces; mais c'est ce qui n'est point. Leur véritable droit est de siéger avec vous : la prérogative d'avoir des députés à part est un privilège, ou une fonction particulière qui leur est attribuée. Or, un privilège, une fonction ne peuvent exclure de la jouissance d'un droit, à moins que la raison ne prononce évidemment qu'il existe une incompatibilité entre cette fonction et la jouissance de ce droit ; ce qui n'a point lieu ici.

Il reste encore une objection : sans doute, dirat-on, si la constitution des états généraux devait être durable, l'intérêt du tiers étal serait de choisir une partie de ses représentants dans les autres ordres, afin d'y affaiblir la distinction, et de s'y assurer par ce moyen un parti, à l'aide duquel il pût la faire disparaître avec le temps ; mais cette assemblée doit s'occuper d'établir une constitution , doit poser les bases de la liberté ; et dans une telle circonstance , l'intérêt du tiers état n'est-il pas de ne confier sa cause qu'à ses propres membres?

Pour répondre à cette objection , il suffit de parcourir les objets sur lesquels les états généraux doivent délibérer.

L'objet le plus important est une déclaration des droits des hommes, déclaration qui leur en assure la jouissance, et contre les ordres arbitraires, et , ce qui est plus important encoie, contre les lois existan-

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