‹ Œuvres de Condorcet (volume 3)Chapitre 31 sur 89 · I.KTTUES u'illV GKJNTILHOMMI , F.TC · texte numérisé non relu

I.KTTUES u'illV GKJNTILHOMMI , F.TC

les qui sont contraires à ces droits, el contre les lois futures, même contre celles qui pourraient être consenties par d'autres assemblées. Ces droits sont ceux que la nature a donnés à tous les liommes, dont tous doivent également jouii'. Ils sont connuuns à tour, les ordres , et le tiers état doit choisir poulies soutenir ceux qu'il croit les plus convaincus de l'importance d'en assurer la conservation.

Il s'agira de former une constitution : ici les intérêts se combattent. Les nobles et les ecclésiastiques peuvent avoir celui d'étendie la prérogative de leuis ordres; mais les membres du tiers état, susceptibles d'être élus, ont l'intérêt non moins dangereux de cherchera former une sépaiation plus forte, qui leur assure l'éligibilité exclusive pour les places de leprésentants de leur ordre. Ils ont encore celui d'établir une aristocratie bourgeoise; telle est celle qui subsiste dans plusieurs cantons suisses, où la noblesse a été humiliée , mais où le peuple est esclave de la bourgeoisie. Dans un député noble ou ecclésiastique, l'intérêt des prérogatives de son ordre doit souvent céder à celui d'acquérir dans le vôtre une considération à laquelle les dignités et les richesses des chefs de la noblesse et du clergé l'empêchent de prétendre dans le sien.

Il s'agira d'impôts; mais en ce genre, la noblesse et le clergé jouissent de trois ou quatre exemptions bien connues; et il est facile au tiers état de ne donner sa voix qu'à des hommes qu'il saurait engagés d'avance à voter pour la destruction de ces privilèges. La différence d'intérêts, au contraire, entre

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le négociant, le capitaliste, l'habitant des villes et celui (les campagnes, est obscure, embarrassée : le tiers état ne peut savoir si ceux qu'il choisira dans son ordre sacrifieront ou non son intérêt général à celui de quelqu'une des classes qui le composent; et à cet égard , les nobles et les ecclésiastiques font cause commune avec lui.

Est-il question de régler les dépenses publiques, vous trouverez, parmi les nobles, des hommes plus instruits de ce que doivent être ces dépenses, et aussi peu intéressés que peuvent l'être les membres du tiers état, à en ménager les abus : examinez les dépenses inutiles, et vous trouverez que celles qui ont eu pour objet les avantages particuliers de quelques villes , les intérêts de quelques branches de commerce, en font une grande partie; vous trouverez aussi que les dépenses inutiles et de la cour et du militaire ne sont pas toutes pour la noblesse. Ce n'est pas pour elle qu'existent les abus dans les fournitures; ce n'est pas pour elle que sont créées ces charges inutiles qui en font partager les privilèges à des hommes étrangers à cet ordre.

Il s'agirait de législation ; alors la cause des nobles, des ecclésiastiques, s'unit à celle du tiers état, qui n'aurait pas de défenseurs bien sûrs dans les officiers de justice, intéressés à soutenir les abus de la législation, et dont la plupart même y tiennent de bonne foi, par un préjugé que l'habitude a rendu indestructible.

il peut être question enfin de voir si d'autres privilèges attachés à la noblesse el au clergé, ou aux

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fiefs dont ils possèdent de fait la plus grande partie, ne sont pas des abus (jue l'on doive cliercber à détruire.

 cet égaid sans doute il peut y avoir quelque inconvénient à choisir des membres du clergé, à qui la hiérarchie ecclésiastique ne laisse pas une indépendance assez entière, qui font corps plus intimement que la noblesse, dont les principes peuvent changer d'un moment à l'autre si on leur montre la religion intéressée au maintien de certaines prérogatives, qui, enfin , peuvent trouver dans ce motif un prétexte de les défendre qu'il est impossible de ne pas respecter jusqu'à un certain point.

La noblesse est intéressée, sans doute, à soutenir aussi ces privilèges; mais une attaque contre eux, à laquelle des nobles s'uniraient eux-mêmes, serait plus imposante, aurait moins l'air d'être dictée par l'humeur, serait conduite et repoussée avec plus de modération; ainsi le tiers état aurait encore de l'avantage à choisir des représentants nobles dont il connaîtrait d'avance les opinions.

En un mot, le tiers état a intérêt de choisir des nobles pour ses représentants du moment où il peut être sûr de leurs principes , et, à plusieurs égards, il lui est plus aisé de les connaître que ceux d'un grand nombre de ses propres membres.

Un engagement précipité de ne pas élire de nobles ou d'ecclésiastiques serait donc contraire aux véritables intérêts du tiers état.

On ne peut d'ailleurs le regarder comme légitime. Ces moyens de gêner la liberté naturelle tiennent de IX. i5

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la tyrannie; et lois même qu'ils n'emploient que la force de l'opinion , ils sont encore injustes toutes les fois qu'on ose rendre irrévocable l'opinion qui doit rester libre, ou qu'on érige en opinion générale d'un pays ou d'un corps, celle de la pluralité seule.

En Angleterre , la clianibre des communes est remplie des enfants des pairs, et même de leurs aînés, appelés à la pairie; elle l'est aussi de gens qui prétendent à cette dignité ; et l'expérience a prouvé que la cause populaire n'est pas moins bien défendue par les premiers que par les autres , et que le peuple peut accorder au moins autant de confiance à ceux qui ne sont plus de son corps, qu'à ceux qui peuvent avoir envie d'en sortir.

Telles sont, Messieurs, les réflexions que j'ai cru devoir vous adresser pour détruire un préjugé, justifié peut-être, jusqu'à un certain point, par la conduite de beaucoup de gentilsliommes, mais qu'il serait injuste d'étendre sur tous, et que des intérêts particuliers ont peut-être cherché à répandre et à fortifier parmi vous.

Votre choix est libre : choisissez le plus digne, quel que soit son état; tel est votre intérêt, et j'ose dire votre devoir.

En sacrifiant les qualités personnelles à des considérations d'état et de naissance , vous feriez dans un sens contraire ce que vous reprochez au gouvernement et aux grands d'avoir fait trop souvent.

H n'y a pas plus de mérite réel à être roturier qu'à être noble ; et quand vous vous élevez contre les

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préjugés, c'est perdre de vos forces (jue de vouloir en consacrer de nouveaux.

Il n'y a de véritable droit , il n'y a de véritable félicité, de paix réelle, que dans une égalité absolue entre les citoyens. L'inégalité persomielle, l'inégalité de fortune, et celle d'opinion, sont les seules légitimes, parce que ce sont les seules qui naissent de la nature de l'homme et des choses. Les lois doivent les souffrir, mais non les favoriser. Toute distinction héréditaire, toute fonction à vie, acquise à prix d'argent, toute prérogative qui n'est pas la suite nécessaire de la fonction qui la donne, sont également contraires à cette égalité fondée sur le droit naturel. Toute dispioportion dans l'impôt, toute loi qui gène l'exercice ou de la propriété, ou de l'industrie, sont encore des violations de ce droit. Telle est, Messieurs, la profession de foi d'un gentilhomme; et si vous proposiez de la signer à ceux que vous voudrez élire, peut-être ne serait-ce pas dans l'ordre de la noblesse que vous seriez le plus souvent exposés à des refus.

Je suis , etc.

PHILOLA.US.

Je ne mets pas mon véritable nom au bas de cette lettre, on croirait que je veux solliciter vos suffrages; d'ailleurs, il ne vous ferait pas connaître un nouveau défenseur de vos droits.

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