VIII. Ne confondez ni les événements de la vie
d'un homme avec ses actions ; car on peut s'être
trouvé l'ennemi ou la victime d'un despote, et ne pas
être l'ami de la liberté; ni les mots avec les idées,
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car on peut prononcer à chaque instant ou dans chaque page le nom de la liberté, et avoir des principes qui la détruisent.
IX. Ne cédez point aux sollicitations, mais n'y voyez pas un motif d'exclusion. L'amour-propre qui engage à se croire propre aux fonctions importantes et difficiles, n'est pardonnable qu'aux hommes extraordinaires, forcés par les circonstances de se comparer aux autres. La confiance qui porte un homme à demander qu'on remette en ses mains le sort d'une nation entière, ne peut élie une vertu que dans Caton, placé au milieu d'un peuple corrompu. La sollicitation est le premier pas vers la corruption ; et l'exemple de l'Angleterre doit vous effrayer. Mais songez que l'effervescence actuelle des esprits mérite quelque indulgence ; qu'il est excusable de se confier à ses forces, quand ni soi ni les autres ne les ont encore essayées ; qu'enfin , sans le désir d'être membre des états généraux, le zèle du bien public aurait été moins actif et moins général.
X. Si un homme est d'une profession qui lui donne des intérêts contraires à l'intérêt commun, sachez, pour vous déterminer à l'éliie, s'il est citoyen avant d'être pair de France, conseiller, avocat, fermier généial, mihtaire, employé dans l'administration, directeur d'une compagnie ou d'une caisse, banquier, chefd'une manufacture privilégiée, etc., etc.
XL Préférez ceux qui ont une opinion décidée, à ceux qui inventent des plans conciliatoires ; ceux qui sont zélés pour les droits des hommes, à ceux qui ont une pitié tendre pour les maux du peuple; ceux
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qui parlent de justice et de raison, à ceux qui parlent d'intérêts politiques, de prospérité nationale, de faire fleurir le comnieice; ceux qui s'occupent des intérêts généraux des citoyens, à ceux qui s'écliauffent pour une ville ou pour un bailliage.
XII. Si vous avez à choisir entre des hommes de la cour ou des habitants de Paris et des hommes de province, songez que si les premiers sont plus sujets à l'esprit de parti, si leurs intérêts se confondent moins avec les vôtres, les autres sont plus exposés à mal juger de la possibilité des mesures, de la force des obstacles, de la sincérité des intentions; qu'ils connaissent mieux leur pays et moins l'ensemble des affaires; et que par conséquent les qualités personnelles doivent vous décider plutôt que ces avantages ou ces inconvénients qui se balancent.
XIII. Choisissez d'après votre conscience, et plus encore d'après vos lumières : on fait en conscience et même par conscience de mauvais choix comme de mauvaises actions ; et je me défie de ceux qui appellent à mon sentiment dans les choses que je peux décider par la raison. Préférez les lumières à l'éloquence, la hache de Phocion aux foudres de Démosthène. Vous ne manquerez pas de gens prêts à mourir pour la liberté ; préférez-leur ceux qui savent bien en quoi elle consiste.
RÉFl .EXIONS
SUK LES POUVOIRS