LETTRE QUATRIEME
Je viens enfin à l'objet principal de cette correspondance : l'inutilité et le danger de partager la puissance législatrice en différents corps.
Je sais combien l'opinion contraire est répandue ; et il y en a plusieurs raisons. D'abord l'abus des
DE NEW-HAVEN, ETC. 'j'S
mois; on a parlé de forces opposées, de contre-poids, d'équilibre, et ces mots ont eu sur certaines gens une influence d'autant plus forte, qu'ils les entendent moins. Ensuite les politiques de profession sont intéressés à défendre tout ce qui est compliqué. Chaque état a sa cliarlatanerie propre, et celle des politiques est de donner leur science comme une espèce de doctrine occulte dont les adeptes seuls ont la clef; un intérêt plus direct leur dicte encore ce langage: plus une constitution est compliquée, plus elle offre de ressources aux intrigues et au sophisme. Or, celte opinion des politiques doit avoir une grande influence, i" sur les hommes qui n'ont jamais pensé à ces objets, et qui s'en rapportent à l'opinion des politiques pour être gouvernés, comme à celle des médecins pour être purgés; 2° sur les auteurs qui se ci oient presque des hommes d Etat, parce qu'ils répèlent les opinions ou plutôt les discours des gens en place. J'ai souvent entendu des hommes d'esprit, à qui je parlais des principes de l'économie politique, me répondre tranquillement : Si vous saviez quel mépris les politiques d'Angleterre ont pour toutes ces opinions! et cr-oire presque les avoir réfutées.
D'ailleurs, les hommes en général aiment mieux les choses fines que les choses vraies, admirent moins ce qui est simple que ce qui est compliqué, croient plus volontiers ce qu'un petit nombre se vante d'entendre, que ce qui est entendu de tout le monde.
Il y a enfin l'exemple de l'AngleteiTe, et cet exemple doit être très-imposant, parce (ju'au lieu d'observer
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que la liberté de la presse, celle de former des associations particulières, la loi d'kabeas corpus^ la procédure parjurés, la publicité de toutes les instructions pour les causes personnelles, le respect pour la leltie de la loi, que tous ces principes soutenus par l'opinion, beureusement réunie sur ces objets, sont le' vrai fondement de l'espèce de liberté dont jouissent les babilants de la Grande-Bretagne, on en a fait honneur à sa constitution; on a cherché en conséquence, non si elle était bonne, mais par quels principes on pouvait prouver qu'elle était la meilleure de toutes : et ces principes, on les a adoptés comme des maximes générales.
Examinons maintenant la question en elle-même.
I. Toute loi peut être regardée comme une suite de propositions vraies si la loi est bonne, fausses si elle est mauvaise. Ainsi, on pourrait se proposer, en partageant le corps législatif, d'être moins exposé à obtenir des décisions fausses, en conservant néanmoins l'espérance d'en avoir de vraies. Mais il est aisé de voir (et cet objet est susceptible de démonstration rigoureuse) qu'on ne peut avoir aucun avantage, relativement à la vérité des décisions, en multipliant les corps législatifs, que vous n'ayez le même avantage d'une manière plus sinq^le et plus sûre, en exigeant une pluralité déterminée dans un seul corps. On peut consulter sur celle question l'ouvrage de M. le marquis de Condorcet, que je vous ai déjà cité.
II. On peut encoie, en partageant le pouvoir législatif entre plusieurs corps, en destine?- un à prépaiei- les objets de délibéralion , à proj)()ser les lois,