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et un mille huit cent quarante missionnaires de paix , chargés de la prêcher et d'en faire sentir les avantages. Ils seraient pris sans distinction d'ordres; mais on aurait soin d'engager les électeurs ou nominateurs à en prendre au moins deux sur trois dans les simples citoyens, et à ne choisir dans les anciens ordres privilégiés que des hommes bien connus pour être populaires.
Puisque les livres de quelques insensés et de quelques méchants ont tant contribué à produire cette liaine, il faudrait encore que tous les amis du bien public, qui ont quelque empire sur l'opinion, se réunissent pour prêcher la concorde, et pour prouver au peuple qu'il ne peut exiger plus qu'il ne lui a été accordé, ou sans courir risque de tout perdre, ou sans manquer à la justice.
11 faudrait enfin que l'assemblée, lorsqu'elle aura pris un parti sur les biens ecclésiastiques, renonçât absolument à toute opération nouvelle sur la noblesse et le clergé; qu'elle différât, par exemple, cette suppression des clianoinesses, si peu importante, et qui paiaitiait plutôt un trait d'humeur qu'une opération patriotique. On a détruit la distinction des ordres, la féodalité, autant qu'elle peut l'être, sans remboursement, et les privilèges en matière d'impôts; les biens du clergé vont être déclarés appartenants à la nation : voilà de grands objets qu'il ne fallait sacrifier à aucune considération. Mais pourquoi entretenir l'animosité par de petites réformes qu'on sera toujours le maître de faire quand on le voudra ?
4° L'anarchie a été fomentée et a été perpétuée par des manœuvres; il faut, pour détruire cette cause, établir un tribunal qui effraye les coupables, qui assure au peuple une juste vengeance, en même temps que les tribunaux ordinaires le menaceront de punir ses excès , afin qu'il voie , dans les lois, la justice et non l'oppression.
Deux de ces manœuvres sont bien connues : l'une consiste à effrayer le peuple par des l)ruits de complots, de conspirations, de dépôts d'armes, d'approche de troupes; beaucoup de complaisance pour vérifier ces bruits, beaucoup d'activité pour en prouver, pour en publier la fausseté, sont le meilleur remède de ce mal; la crédulité diminuera à force d'être trompée.
On pourrait aussi, sans nuire à la liberté de la presse, défendre de proclamer d'autres papiers que les actes émanés des pouvoirs établis par la loi. La puissance publique a droit de faire celte réserve pour des actes qui doivent avoir une publicité plus solennelle; elle a droit d'empêcher tout ce qui produit , dans les rues , des réunions qui gênent la libre circulation.
L'autre manœuvre consiste à répandre de l'argent pour déterminer à applaudir telle motion, à participer à tel attroupement, à telle émeute, à tel pillage. Jusqu'ici, on n'a pu remonter à personne d'un état, d'une éducation, qui ne lui permît pas de dire qu'il ne connaît pas l'homme dont il a reçu cet
argent.
Peut-être, comme c'est un crime nouveau, en
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quelque sorte, serait-il utile d'en faire l'objet d'un décret particulier, dans lequel ou flétiirait cette manœuvre aux yeux du peuple, en la chargeant des qualifications odieuses dont elle est digne.
5° L'état des subsistances est enfin une des principales causes de l'anarchie actuelle, et elle mérite d'être développée en détail. L'arrêt du conseil qui, en septembre 1788, ordonna, en défendant l'exportation, de ne vendre qu'au marché, pour éviter les accaparements, est la première source du mal. Cette loi est absurde en elle-même, puisqu'elle n'a d'autre effet que de multiplier inutilement les transports d'une denrée dont la valeur, relativement à son poids, est très-petite; de provocjuer le tumulte en rassemblant les vendeurs et les acheteurs en plus grand nombre; de gêner le commerce; enfin, de faire croire à chaque ville de marché qu'elle a un droit particulier sur les blés de son arrondissement.
Il est de plus très-imprudent d'annoncer la crainte des accaparements, même quand on les supposerait réellement à craindre : le peuple ne pouvant avoir d'idée juste de la consommation d'un pays, prend pour autant d'accapareurs le boulanger ou le meunier qui a fait une modique provision , le marchand qui a formé une spéculation de quelques mille livres : ainsi, du moment où il est frappé de cette idée, la crainte de sa fureur suspend tout commerce. Les mesures qui ont suivi cet arrêt du conseil n'élaient pas moins maladroites : en proclamant avec faste les soins qu'on avait pris pour faire venir des subsistances du dehors, on a augmenté l'idée du
iDesoin ; le gouvernement, en faisant vendre en son nom du blé d'une qualité inférieure , à un prix aussi inférieur, mais qu'on augmentait à mesure que la disette paraissait augmenter, a fait hausser les prix que l'arrivée du même blé , s'il avait été amené par le commerce, aurait fait baisser.
Les visites chez les fermiers, les menaces de contraindre à fournir les marchés , ont augmenté l'inquiétude. Elle était au comble, lorsque le pouvoir exécutif a passé tout à coup dans les mains du peu- • pie. On devait s'attendre qu'il exagérerait toutes ces mesures du régime prohibitif, que l'idée de taxer le blé , de le retenir, de l'arrêter, s'emparerait de toutes les têtes ; et c'est ce qui est arrivé.
On aurait tort cependant de rien reprocher au peuple, excepté les violences contraires à la loi. Dès l'instant où l'on s'écarte du principe adopté par l'assemblée nationale , la liberté de la circulation intérieure, l'homme le plus éclairé, le plus actif, le plus calme, serait à peine en état de prononcer, même d'après une connaissance exacte des faits, si une telle loi de police sera utile ou nuisible : aurait-on pu exiger que le peuple, troublé par la crainte, ne commît aucune erreur?
Cette disposition du peuple a mis en même temps dans les mains des ennemis de la paix un moyen sûr de le soulever, de l'armer contre ses chefs, fussentils même ses représentants.
Le décret de l'assemblée nationale, pour la liberté de la circulation intérieure, n'a pas été respecté. La crainte, le préjugé l'ont emporté presque partout.
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L'abondance dissiperait peu à peu les inquiétudes: mais l'abondance peut-elle se montrer, tant que les inquiétudes empêcheront la liberté de s'établir?
Les secours du dehors pourraient être utiles, pour sortir de cette situation difficile; surtout s'ils avaient l'air d'être le produit d'un commerce libre. Mais il faudrait s'assurer alors qu'ils ne seraient pas arrêtés en chemin; que ceux qui les fourniraient ne seraient pas traités d'accapareurs; que tout magasin, tout bateau sur lequel on aurait écrit qu'il est destiné pour telle ville, serait respecté.
Ces secours ont de plus perdu de leur valeur, par une circonstance particulière. Sous l'ancien régime, l'École militaire en était le dépôt; alors, on pouvait y faire librement diverses opérations , tant sur le blé de Barbarie, que nos moulins ne peuvent aisément réduire en farine, et qui donne une farine un peu colorée en rouge jaunâtre, si on la mouille, que sur les farines qui ont contracté un peu d'odeur à la mer : on pouvait vendre aux amidonniers et aux colleurs les farines vraiment mauvaises. Ces mêmes opérations, devenues nécessairement publiques, n'ont pu se faire sous les yeux d'un peuple déjà inquiet , agité par des soupçons de complots et de projets sinistres, sans augmenter des craintes que des manœuvres coupables fomentaient encore.
On ne parlait du blé de Barbarie qu'avec une espèce d'horreur.
Les farines de l'Ecole militaire étaient sans cesse exposées à des visites : celles qu'on avait condamnées comme gâtées, ont été détruites par le peuple, IX. 30
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qui croyait (ju'on voiilail i'ohliger à s'en iiourrii.
Ces circonstances rendent les secours étrangers plus difficiles, parce qu'il faudra choisir, hors de Paris et des grandes villes, des entrepôts où l'on puisse faire le triage, pour n'envoyer sur les halles que des farines bonnes pour la consommation.
Cependant, ces secours étrangers seraient très-importants, si, par leur moyen, on pouvait assurer la subsistance de Paris, de manière que le peuple qui l'habite perdît absolument l'idée de gêner autour de lui la liberté de la circulation. Les petites villes des environs n'ayant plus la crainte d'être dépouillées par la capitale , céderaient plus volontiers à la loi, et on pourrait espérer de la voir s'établir peu à peu. Or, il n'est peut-être pas impossible d'assurer par des secours étrangers la subsistance de Paris.
Ni les avances nécessaires, ni les perles auxquelles il faudrait se résoudre, ne sont au-dessus, ni de ce que peut le trésor public, ni de l'importance actuelle de cette opération. On peut y substituer, mais avec plus de difficullé et de plus grandes précautions, des achats dans les provinces, où, dans l'élat ordinaire, les subsistances ne sont pas destinées pour la capitale, et n'y arriveraient pas naturellement.
Quatre ou cinq ans de liberté dans l'intérieur rendraient ces précautions inutiles : ainsi la dépense, qui diminuerait chaque année, serait bien loin d'être une charge perpétuelle pour la nation. Ce serait moins un sacrifice fait à la ville de Paris, qu'une mesure nécessaire à la tranquillité générale.
Elle serait remplacée par des mesures analogues à
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celles que l'on prenait autrefois, et qui deviendraient elles-mêmes inutiles au bout de quelques années, si les assemblées nationales étaient fidèles au principe établi par celle-ci , et en étendaient les conséquences autant qu'elles doivent l'être.
L'indiscipline des troupes réglées, la désertion qui s'y est répandue, ont encoie contribué à augmenter l'anarchie. Lorsque après les premières infractions faites à la discipline, l'assemblée nationale a demandé l'éloignement des troupes, on devait s'aJtendre que la contagion deviendrait générale. Si, au lieu de cette demande, on avait pu d'abord exiger de ces mêmes troupes le serment d'obéissance aux décrets de l'assemblée, et celui de n'agir que pour en assurer l'exécution , on aurait établi la liberté sans introduire le désordre. Mais une telle mesure étaitelle possible? C'est ce que nous ignorons. A présent, il s'agit de remédier au mal ; et pour cela, il faudrait que le comité militaire de l'assemblée nationale , après avoir indiqué les réformes et les changements les plus nécessaires, et fait décréter les lois de discipline, cessât promptement ses fonctions; parce que l'existence de ce comité donnant toujours l'idée de changements prochains , entietient dans les esprits le mépris des règles actuelles, ^e serait-il pas encore utile de substituer au serment fait à la nation, un serment solennel d'obéissance aux décrets de rassemblée nationale, de fidélité à cette assemblée ? Ln serment doit signifie) quelque chose, obliger envers un individu ou un corps, renfermer un engagement déterminé, un engagement qu'il serait