SUR LA. RÉVOLUTION DE 1688 , ETC
ont encore conservé des franchises, aux nobles même qui siègent dans les États de la Hongrie, de l'Autriche, de la Bohème, que notre cause est la leur; nous leur disons qu'ils ne peuvent soutenir les maximes de l'empereur, du roi de Prusse, sans abjurer tous leurs droits, sans consacrer leur propre servitude.
Il existe deux espèces de constitutions libres, ou du moins ayant les formes de la liberté : les unes, comme celles d'une partie des Etals-Unis d'Amérique, ont un principe unique de décision; toutes les questions sur lesquelles il est indispensable de prononcer, toutes les affaires sur lesquelles le salut public exige de prendre un parti, sont nécessairement décidées.
Les autres, au contraire, comme la constitution anglaise, ont un double ou un triple principe de décision. Dès lors, l'accord seul des pouvoirs à qui le droit de prononcer est confié peut amener une résolution finale, et le défaut de ce concert entre des volontés indépendantes peut arrêter l'action du système social.
Si de telles constitutions ont été le résultat des anciens usages d'un peuple; si, au moment où elles ont pris une forme régulière, ceux à qui elles donnaient le droit de contredire le vœu du peuple, ont eu la sagesse de n'en pas user; si, à l'unité de principe, établie par la loi, leur politique en a substitué une autre, comme, par exemple, en Angleterre, la maxime de ne jamais résister à deux chambres des communes, et de n'en jamais contredire une seule, XII. 14
REFLEXIONS
sinon clans une circonstance extraordinaire, lorsque la majorité y est faible, et ne paraît pas d'accord avec le vœu national; alors de telles constitutions peuvent durer longtemps sans occasionner des troubles.
Mais si, au contraire, l'habitude n'en déguise pas le vice essentiel et radical; si, dans un premier essai, ceux qui exerçaient un droit négatif sur l'Assemblée des représentants du peuple , en ont abusé ; si la nation a été avertie des inconvénients et des dangers de cette nécessité d'un concert de volontés indépendantes; alors de telles constitutions ne peuvent qu'être fatales au repos et à la liberté des citoyens; alors l'unité de principe devient une condition essentielle d'un système social, même supportable, et un peuple serait exposé à marcher de révolutions en révolutions, jusqu'à ce qu'elles l'eussent conduit à cette unité nécessaire, parce qu'il ne pourrait plus se contenter de l'avoir dans le fait, comme aujourd'hui en Angleterre, mais qu'il ne pourrait s'en croire assuré, si elle n'était pas établie par la loi.
Ainsi, l'essai malheureux qu'on a fait en France d'une constitution à double principe, en a rendu la conservation impossible. Les hommes éclairés l'avaient annoncé d'avance; mais on a refusé de les entendre. Celui à qui l'on avait confié le droit dangereux d'opposition, n'y a vu, comme on aurait dû le prévoir, qu'un moyen de suspendre l'action des pouvoirs, de trahir avec impunité, de détruire la liberté par la constitution même.
Les puissances étrangères peuvent donc , dès
aujourd'hui, regarder la France comme devant étie dirigée, à l'avenir, par une volonté unique; comme ne pouvant plus, dans ses relations extérieures, avoir d'autre motif d'agir que sa sûreté et sa prospérité. Tous les États, quel que soit leur gouvernement , depuis les rois de Sardaigne et de Naples jusqu'à la république de Bâle et de Zurich, depuis les ducs de Saxe et de Wurtemberg jusqu'aux villes de Hambourg ou de Francfort , doivent donc la considérer comme la seule bairière qu'ils puissent opposer, dans le continent, à la coalition des grandes monarchies, comme le seul garant de leur indépendance.
En même temps, ces idées d'une faction séparée de la nation même, d'une volonté du peuple de Paris, différente de celle des départements ; ces chimères accréditées, et par la cour des Tuileries, et par le parti des intrigants qui s'appelaient constitutionnels; ces romans, à l'abri desquels Louis XYI con* duisait sa double conspiration, ne peuvent plus tromper personne; et l'Europe entière doit sentir que la Russie et l'Autriche seules ont intérêt à troubler la France; que le roi de Prusse est la dupe de l'ambition qu'elles lui ont inspirée, et que sa sûreté comme celle du reste des États indépendants de l'Europe entière, est attachée à la conseivation de la puissance française, qui ne pourrait être détruite, sans entraîner dans sa chute la souveraineté et la liberté de toutes les autres nations.
Tel est le point de vue sous lequel il faut, enfui, que la révolution du lo aoûl soit envisagée par lous
REFLEXIONS
les hommes capables de réflexion , quels que soient leur patrie et leurs principes.
Tout ce qui ne veut point baisser un front servile sous le bâton de Catherine, de François ou de Guillaume, tout ce qui aspire à conserver quelque propriété, quelque liberté, quelque honneur, indépendamment de leur gracieuse volonté, doit s'unir à la nation française; tous doivent se réunir contre ce vil ramas de brigands qui, sous le nom d'émigrés français, ont répandu dans les pays étrangers le mensonge et la corruption. Comment les héros qui ont servi sous le grand Frédéric, sous Daun, sous Laudon , peuvent-ils s'abaisser à être les vils satellites d'un Calonne, d'un Breteuil, d'un Bouille, engraissé tour à tour, et des coups de fouet qu'il faisait donner à ses nègres, et des affaires dont il partageait le profit avec les maîtresses de nos ministres?
Comment la nation prussienne s'obstinerait-elle à faire la guerre au peuple français, qui regardait une alliance avec elle comme un moyen de déjouer les complots tramés à la cour de Louis XVI, et à la faire en faveur de cette même cour qui refusait cette alliance, et sacrifiait l'intérêt de la France et la sûreté de la monarchie prussienne à l'ambition de la maison d'Autriche? Pourquoi les puissances européennes , qui ont reconnu le prince d'Orange à la place de Jacques II, ne reconnaîtraient-elles pas le conseil électif substitué au roi des Français? Pourquoi la nation française ne pourrait-elle pas faire, à l'égard de Louis XVI, ce que les nations de l'Amérique ont fait à l'égard de George IIl;^
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Supposons que les Frauçais se donnent une constitution fondée sur l'égalité la plus entière ; que cette constitution , proposée par une Convention nationale, dépositaire du vœu du peuple, soit encore expressément adoptée par lui ; qu'aucune hérédité, aucune inviolabilité personnelle, aucun grand pouvoir dangereux pour la liberté, n'y souille cette constitution, ne force a y placer ces contre-poids, ces oppositions de pouvoirs entre eux , si nuisibles à la simplicité, à l'activité des opérations du gouvernement; que l'expression de la volonté nationale y soit une; qu'aucune résistance ne puisse l'arrêter; que le peuple y nomme immédiatement ses représentants; que de sages combinaisons préviennent les inconvénients de ces deux dernières institutions, alors les puissances européennes refuseront-elles de nous reconnaître comme corps de nation, parce que nous aurions suivi, à la rigueur, les principes immuables du droit naturel? Avoueront-elles, par leur conduite, que ces principes, vrais en Amérique, sont faux en Europe, et que la même maxime est vraie ou fausse, est crime ou vertu, suivant que l'exige leur insidieuse politique?
SUR LA NÉCESSITÉ