‹ Œuvres de Condorcet (volume 4)Chapitre 50 sur 117 · AUX SUBSISTANCES · texte numérisé non relu

AUX SUBSISTANCES

Lettre de Condorcet au citoyen Gonchon.

Citoyen,

Je ne vous ai pas assez dit quel bien m'avait fait la lecture de votie adresse. 11 y a trente ans que je m'occupe du bonheur des hommes, que je médile leurs intérêts. Ne soyez donc pas étonné si je suis profondément affligé, quand je vois mes concitoyens se laisser tromper par des hommes qui , en exagérant leurs droits, les conduisent au malheur par l'injustice. Vous m'avez consolé quand j'ai vu que ceux à qui leurs services, leur courage, leui- patriotisme, devaient donner le plus d'empire, prêchaient la doctrine la plus vraie, la plus utile.

Si l'on établit des écoles primaires bien entendues, si Ton se hâte de faire sur les successions, sur les bâtards, sur l'adoption , des lois qui favorisent l'égalité; si la propriété, i'iiuluslrie, le commerce

3lG SUR LES TROUBLES

sont vraiment libies, la génération qui s'élève aujourd'hui jouira des avantages de la seule égalité de fortune compatible avec une bonne organisation sociale; de la seule qui soit nécessaire au bien-être de la masse générale des individus.

Ceux qui ont étudié les lois de la distribution naturelle des richesses, savent bien que ce n'est pas en bornant l'étendue des propriétés territoriales, en faisant des distributions de terre, qu'on peut parvenir à cette égalité. Cette égalité consiste dans la faculté qu'aurait chaque père de famille d'acquérir, par son travail, au delà de sa subsistance ou de son entretien, un petit capital. Il faut donc que les salaires deviennent plus forts par rapport au prix des denrées, ce qui ne peut être le fruit que d'une augmentation d'industrie et de culture; et cette augmentation ne peut naître que par la liberté, la sûreté de toute espèce de propriété, et par le respect pour la loi.

Tous les hommes qui vivent, en tout ou en partie, de leur travail d'esprit ou de corps, sont dans le cas des possesseurs de rentes viagères , et même dans un cas plus défavorable; car la maladie ou l'âge peut les priver de leur revenu. C'est un malheur nécessaire attaché à toute société nombreuse et où les travaux sont divisés ; mais il est à ce mal un remède, celui des caisses d'accumulation, soit particulières, soit publiques : or ces établissements ne peuvent exister que dans une société paisible, où la morale publique soit une sauvegarde certaine de tous les engagemenis.

RELATIFS AUX SUBSISTANCES. '5l'J

11 serait très-possible de délivrer les citoyens pauvres de tout impôt direct; la proposition en sera faite à la Convention, soit par moi, soit par d'autres : je suis sûr des moyens d'y parvenir sans nuire en rien à l'économie nationale, à l'activité de l'industrie, ni même à la simplicité des moyens de perception. Mais ces opérations supposent encore la paix et la confiance.

Agréez, Citoyen, mes remercîmenls et les assurances de mon dévouement et de mon estime. Faites, je vous prie, passer au citoyen Fourcade l'expression des mêmes sentiments.

CONDOKCFT.

Paris, 27 décembre i 792.

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