‹ Œuvres de Condorcet (volume 4)Chapitre 81 sur 117 · LA. NATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA. NATION FRANÇAISE

Ainsi, forcés de vous combattre, c'est votre liberté que nous défendrons contre vous-mêmes; les prétendus intérêts nationaux, source de tant de guerres, ont disparu à nos yeux devant l'intérêt sacré de la liberté universelle du genre humain, et il n'existe en quelque sorte, pour nous, que deux nations, celle des hommes libres et celle des esclaves volontaires.

Peuples, voilà nos principes et notre conduite. Comparez-les aux principes et à la conduite de vos gouvernements, et jugez entre eux et nous.

Vos intérêts sont les nôtres. Si l'on attaque notre liberté, c'est pour porter à la vôtre des coups plus sûrs; si l'on insulte nos droits, c'est qu'on craint que vous ne vouliez les partager; et c'est à vous surtout que vos gouvernements font la guerre. INos yeux se sont ouverts; notre raison, notre volonté, ne peuvent être subjuguées par la force; on peut nous vaincre: Rome a vu plus d'une fois ses ennemis à ses portes; mais on ne peut nous asservir. Vous, au contraire, si vous rejetez la lumière qui s'offre à vous, vos tyrans, revenus de leur première terreur, trouveront bientôt les moyens de prolonger pour vous les ténèbres de la servitude.

Nous répandons notre sang; mais la liberté doit en être la récompense; et quand vous versez le vôtre, c'est pour appesantir vos fers, c'est pour vous priver de l'appui qui vous aider^ait à les briser. Les sacrifices que l'intérêt public exige de chacun de nous, il les fait pour lui-même : la conservation de ses droits est un prix au-dessus de ses pertes. Mais

A TOUS LES PEUPLES. Sl'J

VOS trésors prodigués ne feront qu'augmenter vos misères et la rapacité de vos tyrans. Ils vous parlent de la paix! Mais vous ne l'avez plus; et puisqu'il faut sacrifier la vie de vos frères, puisqu'il faut que le fruit de votre industrie, de vos épargnes, vous soit enlevé, que du moins ces maux nécessaires ne soient pas perdus pour vous. On a voulu que vous fassiez la guerre; eh bien! il n'en est qu'une qui soit juste et dont le succès puisse réparer les malheurs attachés à ce fléau destructeur : c'est celle des hommes contre les tyrans.

Réunissez-vous dans une volonté commune; que partout la voix souveraine des peuples se fasse entendre , et les trônes disparaîtront devant elle.

Mais c'est en respectant les droits des autres hommes, que vous vous montrerez vraiment dignes de reprendre les vôtres. C'est sous !es étendards de la justice et de l'humanité, que la liberté se plaît à reconnaître ses défenseurs.

Si des crimes ont souillé quelques moments de notre révolution, que du moins notre exemple vous apprenne à les éviter. Si nous avons éprouvé des malheurs, essuyé des dangers, nos secours , notre zèle, pourront vous en préserver; nous nous consolerons en voyant que nos maux vous ont été utiles; nous jouirons avec vous de ce bonheur plus pur et plus facile , que nos sacrifices et nos pertes vous auront préparé; et notre gloire la plus douce sera d'avoir aplani pour vous cette route de la liberté , couverte de notre sang et de nos victoires.

SUR LA NÉCESSITÉ

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