LA CONVENTION
NATIONALE
Le procès-verbal de la Convention, du ^3 mai 1 793, p. 1 28, dit qu'un rapporteur du comité de salut public rend compte de l'état du département de la Corse , dans lequel Paoli avait arboré l'étendard de la révolte; el d'un arrêté du conseil exécutif de ce département. Le même député piopose un projet de décret, qui est adopté sur-le-champ. Ce décret approuve :
1° L'arrêté du conseil exécutif de la Corse ;
1° Ordonne que deux commissaires pris dans le sein de la Convention seront adjoints aux trois commissaires envoyés dans ce département ;
3° Que tous les accusés de contre-révolution, ou d'avoir conspiré contre la République, seront traduits dans les prisons de l'État;
4° Qu'une adresse sera faite aux citoyens égarés de la Corse.
La minute de celte adresse, rédigée par Coudorcet, est aux annexes du procès-verbal du 2 3 mai i 793.
Un roi vous avait forcés de partager notre esclavage, et nous vous avons appelés à partager notre liberté. L'indépendance vous eût exposés à perdre ces droits que nous vous avons rendus, et vous avez lihrement j)réréré de vous réunir à une nation puis-
saille dont les lois, égales pour toutes les portions de son territoire, comme pour tous les hommes, ne peuvent vous laisser craindre aucune de ces injustices des grands peuples, dont leur histoire offre tant d'exemples.
Le lien qui nous unit ne sera jamais rompu; aucun intérêt politique, s'il pouvait en exister de tels, ne nous ferait consentir à vendre à des tyrans ceux que leur volonté a faits nos frères, ceux qui ont partagé avec nous les avantages et les périls de notre glorieuse révolution.
Mais, citoyens, cette même égalité entre tous, qui vous assure à jamais vos droits, exige qu'aucun homme ne soit au-dessus des lois, qu'il ne puisse tenir, soit de la reconnaissance puhlique, soit de sa renommée, le privilège de se soustraire à leur empire. Vous sentez ce qu'exige de vous, en ce moment, la sévérité de ce principe, premier garant de notre liberté commune; vous n'aimeriez pas un homme à qui vous pourriez croire que son innocence ne suffit pas; et vous savez qu'un illustre et ancien défenseur des droits de l'homme peut attendre de tout citoyen français, même plus que de la justice.
Citoyens, une des plus fortes armes de vos ennemis, c'est le fanatisme. L'antique alliance de la tyrannie royale et du despotisme sacerdotal, semble s'être resserrée au moment où nous avons osé attaquer de front ces deux fléaux du genre humain. Les prêtres se sont chargés de tromper ceux que les armes des rois ne peuvent vaincre; mais leur hypocrite langage ne vous séduira point. Vous savez (|ue.
AUX CITOYENS COllSKS. 6o I
toujours prêts à trafiquer de ceux dont ils ont égaré la conscience, si vous les écoutez aujourd'hui, demain ils chercberont quel tyran leur payera plus cher le pouvoir de vous opprimer.
La déclaration des droits vous assure la liberté de vos opinions et de voire culte; ne craignez pas que nous voulions jamais y porter atteinte. Mais Dieu a fait les hommes pour la liberté, et les ])rêtres qui conspirent avec les tyrans ne sauraient être ses ministres.
La Convention nationale décrète que la présente adresse sera traduite en langue italienne.