‹ Œuvres de Condorcet (volume 5)Chapitre 17 sur 51 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

L'éditeur i^oit devoir répondre ici à deux reproches qu'on pourrait lui faire: celui d'avoir pris la peine de critiquer M. Sabbatier, et celui d'avoir fait une satire.

Si M. Sabbatier s'était borné à dire, que M. D'Alenibert est un géomètre sans invention et un mauvais littérateur; que M. de la Harpe n'a pas fait/^anviHv que le BrutusdeM"^ Bernard ^it demeuî^é supérieur a celui de M. de Voltaire ; quW y a plus de génie dans Attila que dans Mahomet ; que la plume de M. I^inguet est étincelante; que celle de M. de Voltaire est de fer et de houe; que les philosophes repaissent le public d'une fumée étourdissante , assurément on se serait tu. Qu'importe, en effet, que JM. Sabbatier dise tout cela, et même qu'il le pense; mais à chaque page il intente une accusation d'impiété et de sédition ; il peint une classe de gens de lettres

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estimés, comme les corrupteurs de la morale, les ennemis de la religion et du gouvernement : ce n'est point un homme qui juge au hasard des livres et des auteurs qu'on poursuit; c'est un délateur, c'est un calomniateur public : ceci sert également de réponse à ceux qui accuseraient cet écrit d'être une satire.

Si le nom d'Horace et de Boileau réveille l'idée d'une malignité piquante, celui de Juvénal réveille celle de la vertu aigrie par le spectacle du vice. Qu'un écrivain empoisonne la vie d'un homme honnête, qui n'a d'autre tort que d'avoir écrit de la prose plate ou de méchants vers, cet écrivain est un méchant. Mais qu'un homme de bien dénonce à la société l'ennemi et le calomniateur des talents, il fait une action honnête et juste. Dans un pays où la loi prononce une peine contre l'impiété, tout homme qui accuse un autre d'impiété est un fou furieux, s'il est de bonne foi ; et un scélérat , s'il est hypocrite. Il y a plus: dans nos nations policées où une longue habitude a affaibli dans l'homme sa haine naturelle pour l'oppression, et ce sentiment de l'injustice si prompt dans toute nation grossière, c'est la vérité seule qui peut adoucir

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les maux de l'humanité, et la ramener lentement vers le bonheur. Tout ennemi des lumières l'est donc aussi de l'humanité. Dans cet écrit, l'auteur n'attaque que ces hommes dignes d'une censure publique; il n'a donc pas écrit une satire: car ce n'est pas être méchant, c'est être bon que de ne pas savoir pardonner à ceux qui font du mal aux hommes.

Mais pourquoi s'est-il chargé de la vengeance publique? C'est qu'il n'a pas été personnellement attaqué.

Note pour la page 294.

Lorscjue l'on a, dans une nuit, Accompli huit fois le déduit, On peut, je crois, se dire homme sans faute.

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