‹ Œuvres de Condorcet (volume 5)Chapitre 8 sur 51 · PAR UN THEOLOGIEN DE SES AMIS · texte numérisé non relu

PAR UN THEOLOGIEN DE SES AMIS

J'ai lu, Monsieur, votre beau Dictionnaire contre les ennemis de notre sainte religion. J'en ai été édifié; mais comme intéressé dans la même œuvre, je prends la liJDerté de vous communiquer quelques observations.

Je sais , Monsieur, que la divine Écrituie, la pratique des saints Pères et de tous les théologiens, nous enseignent qu'il est permis et même ordonné de calomnier les ennemis de Dieu ; mais il faut que ce soit avec adresse. La calomnie maladroite est un péché selon tous les casuistes. Or, Monsieur, vous n'êtes pas exempt de ce péché. Vous vous annoncez comme un homme qui veut préserver ses compatriotes d'une philosophie empoisonnée, qui tend à corrompre les mœurs et à détruire la religion.

Tout ce ([ui attacjue la religion ou les mœurs doit donc vous être également odieux , quelquepart qu'il se rencontre; et en vousrendant sévère ou indulgent, au

l'jii LETTRJiS D UN THÉOLOGIEN, l'TC.

gré de je ne sais quels intérêts particuliers , vous vous exposez h faire croire , avec justice, que vous haïssez plus les gens de lettres que vous n'aimez la religion. Prenez garde, cela pourrait avoir des suites; et si M. le grand aumônier savait que \ous n'êtes qu'un hypocrite, vous n'auriez point de bénéfices.

Vous louez François 1^^ d'avoir donné une abbaye à Amyot pour la traduction du roman de Tlu'agène cl Carrelée; d'un livre d'amour(i^ ! Espérez-vous qu'on vous donnera aussi une abbaye , parce que vous avez rimé des contes scandaleux? Ce n'est pas que François I*^'" n'ait fait d'ailleursdes choses lrès-loual)les; par exemple, lorsqu'il donna à ses maîtresses le divertissement de voir brûler six protestants à petit feu.

Vous dites que dAahiu;né^ grand-père de madame de Maintenon, était né pour la plaisanterie, et \ous en donnez pour exemple la Confession catholique de Sanci, sans prénumir le lecteur contre cet ouvrage, plus abominable aux yeux de tout chrétien qu'aucun des livres contre lesquels vous vous déchaînez , ne pourrait-on pas dire que vous n'accusez les vi\ants que parce cpie vous pouvez leur nuire, et que vous respectez les morts , paice qu'il n'y a plus de mal à leur faire ?

Vous copiez M. de Voltaire, et vous dites que Bahizc eut, pour le meilleur de ses ouvrages , une pension du roi et une place dans Tindex (2). Quoi! Monsieur, vous regardez connue un lionneu?-, poui

(1) Article Amyot.

(u) Article Iîaluze.

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un livre, clelie proscrit par le souverain pontife, par le vicaire tle Jésus-Christ !

Vous louez Barbeyrac , et vous oubliez combien la Piéface de Puffendorf est irréligieuse, et avec quel mépris il parle de la morale des Pères !

Il est plaisant de citer les folies de Bergerac comme des preuves de son talent pour la physique : mais à quoi pensez-vous, de louer cet auteur sans restriction? Et son Agrippine où l'on dit à Séjan :

Il est pourtant des Dieux, en la machine ronde.

Séjan répond :

Mais s'il était des Dieux , serais-je encore au monde?

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