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avec cette fierté noble d'un homme qui compte sur ceux qu'il mérite , ou qui a le courage de s'en passer, mais par un sentiment naturel , par l'effet d'un premier mouvement, et sans aucun retour sur luimême. L'existence d'un nouveau talent, une nouvelle couronne qu'un de ses confrères ajoutait à sa gloire, était pour lui une jouissance nouvelle, et le plaisir naïf et pur qu'il éprouvait alors se peignait dans ses regards et dans sa contenance.
M. Cassini eut des liaisons dans différentes classes de la société , et ne fut déplacé dans aucune. Estimé des magistrats ses confrères , par sa probité , il était cher à ses confrères académiciens par sa simplicité et sa douceur; quoique admis dans la familiarité des grands, il sut conserver leur estime. On lui a reproché d'avoir trop cherché , peut-être, a s'approcher d'eux. En effet, l'espèce de domination qu'ils aiment à exercer sur les occupations, sur les sentiments même de ceux qu'ils nomment leurs amis , semble incompatible avec cette liberté et cette indépendance dont la perte enlève au talent la moitié de ses forces et de ses ressources. Plus la raison nous a convaincus de l'égalité primitive que la nature a mise entre les hommes , plus elle nous fait une loi d'éviter l'intimité de ceux que l'opinion a placés au-dessus de nous. Il est d'ailleurs difficile , eh formant ces liaisons , d'échapper au soupçon de partager les motifs de vanité ou d'intérêt qui engagent les hommes ordinaires à en braver les inconvénients et le danger ; mais du moins elles n'ont valu à M. Cassini ni fortune, Tii places, ni titres, et cette exception à l'u-
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sage est trop rare pour qu'il puisse avoir besoin d'apologie.
On doit sans doute respecter le philosophe qui sait éviter ces liaisons à la (ois si séduisantes et si dangereuses ; cependant, si tous ceux qui ont des lumières avaient le courage et la prudence de s'y refuser, ce serait un malheur, et pour les sciences et pour les grands eux-mêmes, et surtout pour ceux sur le sort desquels les grands ont de l'influence. Il ne faut donc pas blâmer les savants qui imiteraient, à cet égard, M. Cassini, pourvu toutefois qu'ils n'oublient point que, pour être exempts de tout reproche, ils doivent imiter aussi son désintéressement et sa modestie.
M. Cassini était né avec une constitution trèsforte; ses travaux pour la géographie l'avaient obligé à des voyages pénibles; gravissant des montagnes escarpées où il fallait braver, dans une même saison, tantôt un soleil brûlant, tantôt le froid de leurs neiges éternelles , passant souvent des nuits en plein air ou dans quelques chaumières écartées, obligé de s'y contenter d'une nourriture grossière ou malsaine , son tempérament avait résisté à ces fatigues, et semblait avoir acquis de nouvelles forces. Mais il fut attaqué d'une rétention d'urine dont les suites le condamnèrent , les douze dernières années de sa vie, à des incommodités habituelles et douloureuses, souvent même à des souffrances cruelles. U supporta cet état avec ce courage calme d'une âme forte, unie à des organes vigoureux : son activité, sa douceur, sa gaieté , n'en étaient pas altérées.
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Cette disposition de l'âme est un des meilleurs moyens de combattre les maladies et d'y résister; aussi M. Cassini était-il resté dans un état qui laissait l'espérance de le conserver encore longtemps, lorsqu'au mois d'août 1784, il fut attaqué de la petite vérole, à laquelle il succomba le 4 septembre.
Il a laissé une fille et un fils, M. le comte de Cassini, membre de cette compagnie, et directeur de l'Observatoire , comme ses ancêtres , qui, en recueillant cette partie si noble de leur héritage, a aussi succédé à l'attachement de l'Académie pour un nom si cher aux sciences.