‹ Œuvres de CondorcetChapitre 22 sur 42 · ÉLOGK DE M. DE PRASLIN · texte numérisé non relu

ÉLOGK DE M. DE PRASLIN

Il I

leur intérêt dictât les lois imposées aux colons; et cependant une loi ne peut être qu'injuste si elle n'est pas faite pour l'utilité des hommes qui doivent y être soumis. Une longue expérience a prouvé que jamais un pays où l'esclavage est établi n'a joui d'une législation paisible et modérée; et la destruction de la servitude des nègres, quoiqu'elle fût aux yeux de M. Praslin un devoir de justice, était à cette époque au-dessus du pouvoir d'un ministre , et peut-être des lumières et des vertus de la nation. En6n, tous les préjugés de commerce, de finance, de politique, semblaient s'être réunis pour embrasser par des sophismes les principes simples qui devaient servir de base à cette législation. M. le duc de Praslin eut le courage de commencer cet ouvrage difficile en lui-même , et dont un ministre jaloux de conserver sa place eût craint même de paraître s'occuper. Des jurisconsultes habiles y ont longtemps travaillé d'après ses vues et sous ses yeux. La durée trop courte de son ministère, et sa sagesse, qui lui faisait un devoir de n'adopter qu'un système de législation bien combiné, l'ont seules empêché de rendre ce service à la métropole, comme aux colonies; car, aux yeux de tout homme éclairé, elles n'ont qu'un seul et même intérêt : c'est que la législation soit humaine, soit juste, et qu'elle respecte, dans toutes les classes d'hommes, les droits de la liberté.

Nous avons dit, dans l'éloge de M. de Maurepas , que, sous son ministère, le café transporté dans les îles de l'Amérique, v ouvrit une nouvelle source

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de richesses. Ce fut sous celui de M. de Praslin, qu'un homme à qui ses vertus, son patriotisme, ses lumières, ont mérité l'estime publique et la reconnaissance de la colonie qu'il a longtemps administrée, M. Poivre, correspondant de l'Académie, enleva des épiceries dans les Moluques, et les transporta aux îles de France et de Bourbon, d'où elles ont passé à Cayenne. Mais la France ne devait pas jouir seule des avantages de cette opération, qui, un jour, délivrera l'Europe d'un monopole onéreux, en même temps qu'elle a donné aux nations de l'Asie une espérance certaine de n'avoir plus à gémir sous le poids des vexations et des cruautés que le maintien de ce monopole y a multipliées. Ainsi, ce serait mal juger de cette introduction des épiceries dans nos îles, si on la regardait seulement comme celle d'une nouvelle branche de commerce, comme un surcroît de production et de richesse : c'est la destruction d'une grande injustice qu'il faut surtout y reconnaître ; et l'on pourra un jour écrire sur la tombe du ministre qui a favorisé cet établissement, et sur celle de l'homme respectable qui l'a formé : Ils ont épargné des crimes à C humanité; et , grâce à leurs soins, elle a vu tomber une Je ses chaînes.

On peut encore mettre au nombre des services que M. le duc de Praslin a rendus au commerce maritime et à la France, la destruction du privilège de l'ancienne compagnie des Indes, qui a été faite pendant son ministère, et à laquelle il a eu l'honneur de contribuer.

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