‹ Œuvres de Coquillart (volume 2)Chapitre 211 sur 374 · DES ARMES ET DES DAMES · texte numérisé non relu

DES ARMES ET DES DAMES

CoquUlart, — 11.

LE BLASON

lason désigne le bouclier, les armes peintes sur ce bouclier, la description de ces armes, la science qui apprend à faire cette description. Disons encore que les hérauts , après avoir décrit les armes d'un chevalier entrant dans un tournoi , ajoutoient, pour donner plus de vertu productrice au cri final : « Largesse ! » l'énumération des exploits du nouvel arrivant.

Il nous est ainsi facile de comprendre comment le mot Blason, perdant sa signification absolument technique , entra dans la langue générale avec le sens de définition, exposition, description, éloge ou blâme de toute chose. Nous n'avons pas présents à là mémoire des textes qui nous permettent d'affirmer son existence avec ces diverses acceptions dans la lit-

térature du XI le siècle , mais il étoit usité dès le XlIIe.

Ce fut plus tard seulement qu'il servit à désigner une espèce particulière de poésie, une espèce qui ne pouvoit d'ailleurs se développer qu'au milieu de raffoiblissement de la littérature du Moyen Age.

Le Blason, dit Charles Fontaine (Art poétique françois^ Paris, Gilles Corrozet, 1548, fol. ver. 64), le Blason est «une perpétuelle louenge ou continu vitupère de ce qu'on veut blasonner... Le plus bref est le meilleur, mesque il soit agu en conclusion». Il renvoie aux rhéteurs grecs et latins pour en apprendre les règles , et bien a-t-il raison. Le Blason est en effet un genre de pure rhétorique, une pâle et languissante création de la vieillesse intellectuelle du Moyen Age. C'est, à vrai dire, un jeu qu'inventèrent les derniers trouvères ; ils le mirent à titre de hochet dans le berceau de la Renaissance , et il servit à exercer l'esprit de ces cent petits rhéteurs qui alignoient des rimes jusqu'à l'arrivée du maître, du prince de poésie, Ronsard. Non pas qu'il n'y eût eu dans le Moyen Age des genres analogues ; les Jeuxpartis, les Sirventes, les Virelais, les dissertations des Cours d'amours, les Chants royaux qui inondoient les Puys de Nostre Dame, toutes ces déclamations sont bien de la famille du

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Blason; mais elles avoient joué an petit rôle à c6té des Chansons de Geste, des Romans, des Poèmes , des Légendes, des Contes. Elles étoîent d'ailleurs de race méridionale , et la vigoureuse poésie de la langue d'oil avoit toujours instinctivement méprisé ces amplifications minutieuses, polies, ingénieuses et recherchées, où elle ne trouvoit aucune place pour la grandeur de son sens épique , pour la profondeur réelle et dramatique de son observation.

Ce fut seulement quand la rhétorique du midi eut tué le réalisme du nord, quand les savants l'eurent emporté sur les poètes, et les traductions sur les créations , ce fut alors , au XVe siècle , que les Traités , les Dissertations, les Expositions, les Définitions, les Amplifications, sortirent des écoles de la scholastique pour s'habiller de rimes. Les énumérations simulèrent la vie dans la poésie , l'analyse psychologique prit la place du drame, l'allégorie, c'est-à-dire l'esprit, l'ingénieux, le convenu, remplaça les passions. Les plus illustres d'entre les écrivains employèrent leur génie à écrire sur des étiquettes Envie, Haine, Jalousie, Bel-accueil, Malebouche , etc. Indisposèrent ces étiquettes sur des cases, et la grande poésie travailla à placer dans ces boites, sous ces étiquettes, tous les sentiments, toutes les passions que pouvoient énumérer les

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Cours de morale et les livres de théologie. H n'y eut plus d'autre drame, d'autre vie humaine, que les gentillesses, les singularités qui pouvoient aniver par les changements de place de quelques unes de ces étiquettes. A part ces accidents, l'art classique, le suprême de l'art , consistoit à mettre Malebouche dans le voisinage de Bel Accueil, Amour dans la société de Jalousie , Sueur sur le front de Travail , et Corde au col de Oisiveté. C'est alors qu'on entreprit, au lieu de l'étude du cœur humain , cette grande carte géographie qui devoit aboutir à la description du Pays de Ten* dre. Les petits poètes n'osoient pas s'aventurer dans cette haute géométrie descriptive ; ils se lancèrent dans les Débats, les Discours joyeulx,lesComplainctes piteuses, les Sermons joyeulx, les Déplorations, les Ditz, les Doctrinaux , les Monologues et les Blasons.

Le Blason étoit donc bien à sa place à la fin du XVe siècle. Il est impossible d'affirmer que Coquillart ait inventé ce cadre poétique, mais il est évident du moins qu'il contribua singulière* ment à le vulgariser. Son Blason des Armes et des Dames est à coup sûr le modèle du genre. Jamais, d'ailleurs, son génie ne se trouva plus à l'aise ; jamais il ne déploya un plus grand nombre de qualités^ depuis la finesse, l'observation sagace, lagalté franche^ l'esprit gentil et bien

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trouvé, jusqu'à l'énergie, la concision bien réussie et la vigueur des images. Son style ne fut jamais plus correa , et certains passages doivent être proposés comme des modèles de la poésie guerrière du Moyen Age, à coté de plusieurs autres qui peuvem être considérés comme les morceaux les plus ingénieux , les mieux ciselés et les plus délicatement observés de la Gttérature conteuse du XVe siècle.

Au temps de Coquillart, parmi ses contem^ porains, deux écrivains mettoient ce mot Blason au titre de livres qui ne sont pas sans valeur. L'un , Sicile , héraut d'armes d'Alphonse d'Aragon, prenoit le mot moitié dans.son acception héraldique , moitié dans le sens que lui donnoit l'art poétique ; il composoit le « Blason de toutes armes» (PieneleCaron, 1495), «le Blason des armes » (J 503), enfin le « Blason des Couleurs », dont Rabelais se moque (liv. I, chap. 9) avec une énergie grotesque qui ressemble, chose bizarre , à de Tamertume. Qui pouvoit mouvoir maistre François contre ce li* vre îrepelu ! Qu'y voyoit-ii d'assez ridicule pour se trouver forcé de sortir de ses habitudes au point de prendre la défense des pudicques matrones? Il devoit avoir, ce semble, quelque pitié pour les pauvres gens sérieux qui se li^ vroient par hasard à quelque débauche héralt

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Cours de morale et les livres de théologie. Il n'y eut plus d'autre drame, d'autre vie humaine, que les gentillesses, les singularités qui pouvoient arriver par les changements de place de quelques unes de ces étiquettes. A part ces accidents, l'art classique, le suprême de l'art , consistoit à mettre Malebouche dans le voisinage de Bel Accueil, Amour dans la société de Jalousie , Sueur sur le front de Travail , et Corde au col de Oisiveté. C'est alors qu'on entreprit, au lieu de l'étude du cœur humain , cette grande carte géographie qui devoit aboutir à la description du Pays de Tendre. Les petits poètes n'osoient pas s'aventurer dans cette haute géométrie descriptive ; ils se lancèrent dans les Débats, les Discours joyeulx, lesComplainctes piteuses, les Sermons joyeubc, les Déplorations, les Ditz, les Doctrinaux , les Monologues et les Blasons.

Le Blason étoit donc bien à sa place à la fin du XVe siècle. Il est impossible d'affirmer que Coquillart ait inventé ce cadre poétique, mais il est évident du moins qu'il contribua singulière* ment à le vulgariser. Son Blason des Armes et des Dames est à coup sûr le modèle du genre. Jamais, d'ailleurs, son génie ne se trouva plus à l'aise ; jamais il ne déploya un plus grand nombre de qualités^ depuis la finesse, l'observation sagace, la gaité franche^ l'esprit gentil et bien

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trouvé, jusqu'à l'énergie, la concision bien réussie et la vigueur des images. Son style ne fut jamais plus correa , et certains passages doivent être proposés comme des modèles de la poésie guerrière du Moyen Age, à coté de plusieurs autres qui peuvem être considérés comme les morceaux les plus ingénieux , les mieux ciselés et les plus délicatement observés de la Gttérature conteuse du XVe siècle*

Au temps de Coquillart, parmi ses contemn porains, deux écrivains mettoient ce mot Blason au titre de livres qui ne sont pas sans valeur. L'un , Sicile , héraut d'armes d'Alphonse d'Aragon, prenoit le mot moitié dans son acception héraldique , moitié dans le sens que lui donnoit l'art poétique ; il composoit le « Blason de toutes armes» (Pierre le Caron, 1495), «le Blason des armes » (j 503) , enfin le « Blason des Couleurs », dont Rabelais se moque (liv. I, chap. 9) avec une énergie grotesque qui ressemble, chose bizarre , à de l'amertume. Qui pouvoit mouvoir maistre François contre ce livre trepelu? Qu'y voyoit-il d'assez ridicule pour se trouver forcé de sortir de ses habitudes au point de prendre la défense des pudicques matrones? Il devoit avoir, ce semble, quelque pitié pour les pauvres gens sérieux qui se livroient par hasard à quelque débauche héral-r

Cours de morale et les livres de théologie. II n'y eut plus d'autre drame, d'autre vie humaine, que les gentillesses, les singularités qui pouvoient aniver par les changements de place de quelques unes de ces étiquettes. A part ces accidents, l'art classique, le suprême de l'art , consistoii à mettre Malebouche dans le voisinage de Bel Accueil, Amour dans la société de Jalousie , Sueur sur le front de Travail, et Cordeau col de Oisiveté. C'est alors qu'on entreprit, au lieu de l'étude du cœur humain , cette grande carte géographie qui devoit aboutir à la description du Pays de Tendre. Les petits poètes n'osoient pas s'aventurer dans cette haute géométrie descriptive; ils se lancèrent dans les Débats, les Discours joyeulx.lesComplainctes piteuses, les Sermons joyeulx, les Déploradons, les Ditz, les Doctrinaux , les Monologues et les Blasons.

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marriz > chière marmiteuse ^, Aux fringars mille fringueries , Aux fins espritz les johcheries i, Les ruses 9 les tennes nouveaubt , Aux lours , les grandes fâcheries ^ Dont on dit $ : ce ne sont que veaulx ; Musser ^ soubz tonnes, soubz cuveau)x, Grimper pignons et fenestrages 7, Souples comme, queues de ns^veaulx Et mornes comme gens^aiivaigçs ^.

Est il plus gracieux ouvrages Ne passe temps plus magnificques Que veoîr ses plaisantes ymaîges 9, Ces pourtraictures deificques , Si coinctes, si polies, si frisques.

Si plaines de doulces amours, Si propres pour trouver replicques ,

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