‹ Œuvres de Coquillart (volume 2)Chapitre 212 sur 374 · Fenêtres, et tout ce qui les entoure et les orne · texte numérisé non relu

Fenêtres, et tout ce qui les entoure et les orne

8. Silencieux comme des étrangers ou comme des gens naturellement taciturnes.

9. On comprend, facilement que Coquillart veut parler des dames.

15^ CO<UJILLART.

dique et qui représentoient un licentié sous l'apparence de un lit sans cieL Ce rébus naïf parolt être le plus grand crime du héraut Sicile. Nous ne pouvons en effet nous empêcher d'être indulgent pour celui que lui reproche si violemment Rabelais, nous voulons dire de s'être trompé sur la signification de la couleur bleue . Symbolise-t-elle les choses célestes ou la Fermeté ? Ce n'est pas évidemment une question qu'il soit impossible d'aborder de sang froid.

Nous pouvons cependant conclure de ce passage du Gargantua que les livres de Sicile avoient eu grand retentissement, quoiqu'ils soient moins connus des érudits modernes que la composition de cet autre contemporain de Coquillart à laquelle je faisois allusion plus haut, « Le Grant Blason des Faulces amours », par Guillaume Alexis, le bon moyne (Paris, in-i6, s. d. [1493], in-4).

Estées, « povre simple hermite, élève indigne de maistre Jehan Molinet »^ composa en 15 12 un « Contre -Blason des Fausses amours », qui parut en 1 $ 14.

Avant lui Gringore avoit inséré .dans ses Folies Entreprises (i 504) le « Blason de Practique ». (Voy. ler vol. des Œuv. comp. de Gringore y édit. elzev.) Vingt ans après, à son retour de la guerre contre les communistes

Le Blason. 15}

d'Alsace , i'avant-garde de la Réforme en France, le même poète composa son « Blason des Hérétiques ».

Roger de Collerye devoit suivre l'exemple de son maître Coquillart, et nous trouvons dans ses œuvres le « Blason des Dames ». (Edit. elzev., p. i2j.)

Jusque là le Blason s'étoit maintenu dans des bornes modestes. Il avoit été l'amusement, la fantaisie de quelques poètes; il devint la fantaisie de la littérature françoise , l'occupation de toute une école. Il y avoit entre Gringore et Ronsard, aux côtés de Marot, une troupe d'esprits ingénieux et d'intelligences médiocres, un peu poètes, mais sans enthousiasme et sans vigueur, un peu grammairiens, mais sans connoissance du génie de la langue françoise , un peu mathématiciens, un peu musiciens et fort amoureux de traductions. Ils eussent été des Trouvères de cinquième ordre deux cents ans plus t6t; comme il n'étoit plus de mode d'ajouter une description à un Roman de chevalerie , de mettre en dialecte François quelque conte primitivement composé en dialecte Picard , ils attendoient avec impatience un modèle qui leur permit de développer brillamment le seul talent qu'ils eussent, l'imitation. Ils n'avoient pas assez de science pour faire des traités comme leurs illustres ancêtres

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dique et qui rq)résentoient u/z licentU sous l'apparence de un lit sans ciel. Ce rébus naïf parolt être le plus grand crime du héraut Sicile. Nous ne pouvons en effet nous empêcher d'être indulgent pour celui que lui reproche si violemment Rabelais, nous voulons dire de s'être trompé sur la signification de la couleur bleue . Symbolise-t-elle les choses célestes ou la Fermeté ? Ce n'est pas évidemment une question qu'il soit impossible d'aborder de sang froid.

Nous pouvons cependant conclure de ce passage du Gargantua que les livres de Sicile avoient eu grand retentissement, quoiqu'ils soient moins connus des érudits modernes que la composition de cet autre contemporain de Coquillàrt à laquelle je faisois allusion plus haut, (( Le Grant Blason des Faulces amours », par Guillaume Alexis, le bon moyne (Paris, in-i6, s. d. [1493], in-4).

Estées, « povre simple hermite, élève indigne de maistre Jehan Molinet »^ composa en 15 12 un « Contre -Blason des Fausses amours », qui parut en 1 5 14.

Avant lui Gringore avoit inséré .dans ses Folles Entreprises (i 504) le « Blason de Practique ». (Voy. ler vol. des Œuv. comp. de Gringore, édit. elzev.) Vingt ans après, à son retour de la guerre contre les communistes

Le Blason. 15}

d'Alsace, l'avant-garde de la Réforme en France, le même poète composa son « Blason des Hérétiques ».

Roger de Collerye devoit suivre l'exemple de son maître Coquiilart, et nous trouvons dans ses œuvres le « Blason des Dames ». (Edit. elzev., p. I2j.)

Jusque là le Blason s^étoit maintenu dans des bornes modestes. Il avoit été l'amusement, la' fantaisie de quelques poètes ; il devint la fantaisie de la littérature françoise , l'occupation de toute une école. Il y avoit entre Gringore et Ronsard, aux côtés de Marot, une troupe d'esprits ingénieux et d'intelligences médiocres, un peu poètes, mais sans enthousiasme et sans vigueur, un peu grammairiens, mais sans connoissance du génie de la langue françoise , un peu mathématiciens, un peu musiciens et fort amoureux de traductions. Ils eussent été des Trouvères de cinquième ordre deux cents ans plus t6t; comme il n'étoit plus de mode d'ajouter une description à un Roman de chevalerie , de mettre en dialecte François quelque conte primitivement composé en dialecte Picard , ils attendoient avec impatience un modèle qui leur permit de développer brillamment le seul talent qu'ils eussent, l'imitation. Us n'avoient pas assez de science pour faire des traités comme leurs illustres ancêtres

dique et qui représentoient u/i licentii sous l'apparence de un lit sans ciel. Ce rébus naïf parott être le plus grand crime du héraut Sicile. Nous ne pouvons en effet nous empêcher d'être indulgent pour celui que lui reproche si violemment Rabelais, nous voulons dire de s'être trompé sur la signification de la couleur bleue . Symbolise-t-elle les choses célestes ou la Fermeté ? Ce n'est pas évidemment une question qu'il soit impossible d'aborder de sang froid.

Nous pouvons cependant conclure de ce passage du Gargantua que les livres de Sicile avoient eu grand retentissement, quoiqu'ils soient moins connus des érudits modernes que la composition de cet autre contemporain de Coquillàrt à laquelle je faisois allusion plus haut, (( Le Grant Blason des Faulces amours », par Guillaume Alexis, le bon moyne (Paris, in-i6, s. d. [1493], in-4).

Estées, « povre simple hermite, élève indigne de maistre Jehan Molinet »^ composa en i$i2 un « Contre- Blason des Fausses amours », qui parut en 1 5 14.

Avant lui Gringore avoit inséré .dans ses Folles Entreprises (i 504) le « Blason de Practique ». (Voy. ler vol. des Œuv. comp. de Gringore y édit. elzev.) Vingt ans après, à son retour de la guerre contre les communistes

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d'Alsace, Pavant-garde de la Réforme en France, le même poète composa son « Blason des Hérétiques ».

Roger de CoUerye devoit suivre l'exemple de son maître Coquillart, et nous trouvons dans ses œuvres le « Blason des Dames ». (Edit. elzev., p. I2j.)

Jusque là le Blason s^étoit maintenu dans des bornes modestes. Ilavoit été l'amusement, la' fantaisie de quelques poètes ; il devint la fantaisie de la littérature françoise , l'occupation de toute une école. Il y avoit entie Gringore et Ronsard, aux côtés de Marot, une troupe d'esprits ingénieux et d'intelligences médiocres, un peu poètes, mais sans enthousiasme et sans vigueur, un peu grammairiens, mais sans connoissance du génie de la langue françoise , un peu mathématiciens, un peu musiciens et fort amoureux de traductions. Ils eussent été des Trouvères de cinquième ordre deux cents ans plus tôt; comme il n'étoit plus de mode d'ajouter une description à un Roman de chevalerie , de mettre en dialecte François quelque conte primitivement composé en dialecte Picard , ils attendoient avec impatience un modèle qui leur permit de développer brillamment le seul talent qu'ils eussent, l'imitation. Ils n'avoient pas assez de science pour faire des traités comme leurs illustres ancêtres

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les rhéteurs d'Alexandrie , pas assez d'élégance pour bâtir des déclamations comme Erasme; mais ils avoient la bonne volonté de faire des vers comme Marot.

Celui-ci composa le « Blason du Beau tetin » (i 5 34), et toute la troupe se précipita sur le Blason. Le corps féminin fut mis à nu, sans vergogne. Aucun voile ne resta. Ce fut là l'entrée dans le monde.de la femme moderne et de la littérature nouvelle. Uti peu de science, assez de paganisme, beaucoup de rhétorique, extrêmement de travail, et point d'autre respect que le respect de la forme artistique, rien ne manquoit de ce qui pouvoit fournir un beau début à la Renaissance. Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève, Heroet, Eustorg de Beaulieu, Victor Brodeau, Michel d'Amboise, Jacques Pelletier, Claude Chappuys, Gilles d'Aurigny, Bonaventure des Periers, Le Lieur, Lancelot Caries, Estienne Forcadel, Hugues Salel, tous ceux-là et d'autres encorp firent des Blasons sur le corps féminin ou ses environs. Le meil^ leur de tous fut, au jugement de la Cour de Ferrare et de Marot (Œuv. de Marot, epist. 40, édit. 173 1), le « Blason du Sourcil », de 'Maurice Scève, qui n'avoit alors d'autre titre à ia renommée que la qualité de Lyonnois (mé- .ine epist.). Après lui vint Mellin de Saint-Ge- Jaisj la créature gentiUe, avec son « Blazon des

Le Blason. 15J

Cheveux » (Œuvres de Mellin de Saint-Gelais, p. 27, édit. de Paris, 1656). Pour moi, je donneroisvolentiers leprixau aBlasondelaNuit», d'Estienne Forcadel, qui m'a paru moins paie et un peu mieux senti que tous les autres.

Marot écrivit de Ferrare une épistre pour encourager les Blasonneurs , et leur envoya (i 5 3 5) un autre modèle : c'étoit le « Blason du Laidtetin», c'est-à-dire un Contre-Blason. La foule se tourna vers le Contre-Blason. Ce fut le signal de la guerre intestine.

Charles de la Huetterie, encouragé par son maître Sagon , composa une longue série de Contre-Blasons du corps féminin. Il vouloit venger l'esprit contre la matière. L'esprit fut mal vengé , et là encore la matière l'emporta. L'intention de la Huetterie étoit honnête, mais il n'y eut de louable dans ses efforts que l'intention , de remarquable que le nombre «t la longueur de ses pièces. Cela étoit insuffisant pour faire prévaloir l'âme sur le corps, pour lutter contre Marot, contre la mode, contre l'instinct de l'époque, contre la Renaissance, en un mot. Les Contre-Blasons eurent la fortune de tous les incidents qui signalèrent ta curieuse querelle de Sagon et de ses amis contre Marot et ses amis. Les premiers curent incontestablement pour eux la sagesse, la vérité et le bon sens; mais ils eurent contre eux la

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les rhéteurs d'Alexandrie , pas assez d'élégance pour bâtir des déclamations comme Erasme; mais ils avoient la bonne volonté de faire des vers comme Maroî.

Celui-ci composa le « Blason du Beau tetin » (i 5 34), et toute la troupe se précipita sur le Blason. Le corps féminin fut mis à nu, sans vergogne. Aucun voile ne resta. Ce fut là l'entrée dans le monde.de la femme moderne et de la littérature nouvelle. Uti peu de science, assez de paganisme, beaucoup de rhétorique, extrêmement de travail, et point d'autre respect que le respect de la forme artistique, rien ne manquoit de ce qui pouvoit fournir un beau débuta la Renaissance. Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève, Heroet, Eustorg de Beaulieu, Victor Brodeau, Michel d'Amboise, Jacques Pelletier, Claude Chappuys, Gilles d'Aurigny, Bonaventure des Periers, Le Lieur, Lancelot Caries, Estienne Forcadel, Hugues Salel, tous ceux-là et d'autres encorp firent des Blasons sur le corps féminin ou ses environs. Le meil^ leur de tous fut , au jugement de la Cour de Ferrare et de Marot (Œuv. de Marot, epist. 40, édit. 173 1), le « Blason du Sourcil », de 'Maurice Scève, qui n'avoit alors d'autre titre à ia renommée que la qualité de Lyonnois (même epist.). Après lui vint Mellin de Samt-Geiaisj la créature gentiUe, avec son « Blazon des

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Cheveux » (Œuvres de Mellîn de Saint-Gelais, p. 27, édit. de Paris, 1656). Pour moi, jedonnerois volentiers le prix au a Blason de la N uit » , d'Estienne Forcadel, qui m'a paru moins pâle et un peu mieux senti que tous les autres.

Marot écrivit de Ferrare une épistre pour encourager les Blasonneurs , et leur envoya ( 1 5 3 5 ) un autre modèle : c'étoit le « Blason du Laidtetin», c'est-à-dire un Contre-Blason. La foule se tourna vers le Contre-Blason. Ce fut le signal de la guerre intestine.

Charles de la Huetterie, encouragé par son maître Sagon , composa une longue série de Contre-Blasons du corps féminin. Il vouloit venger l'esprit contre la matière. L'esprit fiit mal vengé , et là encore la matière l'emporta. L'intention de la Huetterie étoit honnête, mais il n'y eut de louable dans ses efforts que l'intention , de remarquable que le nombre «t la longueur de ses pièces. Cela étoit insuffisant pour faire prévaloir l'âme sur le corps, pour lutter contre Marot, contre la mode, contre l'instinct de l'époque, contre la Renaissance, en un mot. Les Contre-Blasons eurent la fortune de tous les incidents qui signalèrent ta curieuse querelle de Sagon et de ses amis contre Marot et ses amis. Les premiers curent incontestablement pour eux la sagesse, la vérité et le bon sens; mais ils eurent contre eux la

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dique et qui représentoient u/z licentié sous l'apparence de un lit sans ciel. Ce rébus naïf parolt être le plus grand crime du héraut Sicile. Nous ne pouvons en effet nous empêcher d'être indulgent pour celui que lui reproche si violemment Rabelais, nous voulons dire de s'être trompé sur la signification de la couleur bleue . Symbolise-t-elle les choses célestes ou la Fermeté P Ce n'est pas évidemment une question qu'il soit impossible d'aborder de sang froid.

Nous pouvons cependant conclure de ce passage du Gargantua que les livres de Sicile avoient eu grand retentissement, quoiqu'ils soient moins connus des érudits modernes que la composition de cet autre contemporain de Coquillàrt à laquelle je faisois allusion plus haut, « Le Grant Blason des Faulces amours », par Guillaume Alexis , le bon moyne (Paris , in-i6, s. d. [1495], in-4).

Estées, « povre simple hermite, élève indigne de maistre Jehan Molinet », composa en 1512 un « Contre -Blason des Fausses amours », qui parut en 1514.

Avant lui Gringore avoit inséré .dans ses Folles Entreprises (i 504) le « Blason de Practique ». (Voy. ler vol. des Œuv. comp. de Gringore, édit. elzev.) Vingt ans après, à son retour de la guerre contre les communistes

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d'Alsace y l'avant-garde de la Réforme en France, le même poète composa son « Blason des Hérétiques ».

Roger de Collerye devoit suivre l'exemple de son maître Coquillart , et nous trouvons dans ses œuvres le « Blason des Dames ». (Edit. elzev., p. I2j.)

Jusque là le Blason s'étoit maintenu dans des bornes modestes. Il avoit été l'amusement, la fantaisie de quelques poètes; il devint la fantaisie de la littérature françoise , l'occupation de toute une école. Il y avoit entre Gringore et Ronsard, aux c6tés de Marot, une troupe d'esprits ingénieux et d'intelligences médiocres, un peu poètes, mais sans enthousiasme et sans vigueur, un peu grammairiens, mais sans connoissance du génie de la langue françoise , un peu mathématiciens, un peu musiciens et fort amoureux de traductions. Ils eussent été des Trouvères de cinquième ordre deux cents ans plus t6t; comme il n'étoit plus de mode d'ajouter une description à un Roman de chevalerie , de mettre en dialecte François quelque conte primitivement composé en dialecte Picard , ils attendoient avec impatience un modèle qui leur permit de développer brillamment le seul talent qu'ils eussent, l'imitation. Ils n'avoient pas assez de science pour faire des traités comme leurs illustres ancêtres

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les rhéteurs d'Alexandrie , pas assez d'élégance pour bâtir des déclamations comme Erasme; mais ils avoient la bonne volonté de faire des vers comme Marot.

Celui-ci composa le « Blason du Beau tetin » (i 5 34), et toute la troupe se précipita sur le Blason. Le corps féminin fut mis à nu, sans vergogne. Aucun voile ne resta. Ce fut là l'entrée dans le monde, de la femme moderne et de la littérature nouvelle. Uti peu de science, assez de paganisme, beaucoup de rhétorique, extrêmement de travail, et point d'autre respect que le respect de la forme artistique, rien ne manquoit de ce qui pouvoit fournir un beau début à la Renaissance. Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève, Heroet, Eustorg de Beaulieu, Victor Brodeau, Michel d'Amboise, Jacques Pelletier, Claude Chappuys, Gilles d'Aurigny, Bonaventure des Periers, Le Lieur, Lancelot Caries, Estienne Forcadel, Hugues Salel, tous ceux-là et d'autres «ncorp firent des Blasons sur le corps féminin ou ses environs. Le meil^ leur de tous fut , au jugement de la Cour de Ferrare et de Marot (Œuv. de Marot, epist. 40, édit. 173 1), le « Blason du Sourcil », de 'Maurice Scève, qui n'avoit alors d'autre titre à ia renommée que la qualité de Lyonnois (même epist.). Après lui vint Mellin de Samt-Ge- Jaisj la créature gentiUe, avec son « Blazon des

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Cheveux » (Œuvres de Mellin de Saint-Gelais, p. 27, édit.deParis,i656). Pour moi, jedonnerois volentiers le prix au a Blason de la Nuit y>, d'Estlenne Forcadel, qui m'a paru moins pâle et un peu mieux senti que tous les autres.

Marot écrivit de Ferrare une épistre pour encourager les Blasonneurs , et leur envoya (1 5 3 5) un autre modèle : c'étoit le « Blason du Laidtetin», c'est-à-dire un Contre-Blason. La foule se tourna vers le Contre-Blason. Ce fut le signal de la guerre intestine.

Charles de la Huetterie, encouragé par son maître Sagon , composa une longue série de Contre-Blasons du corps féminin. Il vouloit venger l'esprit contre la matière. L'esprit fut mal vengé , et là encore la matière l'emporta. L'intention de la Huetterie étoit honnête, mais il n'y eut de louable dans ses efforts que l'mtention , de remarquable que le nombre «t la longueur de ses pièces. Cela étoit insuffisant pour faire prévaloir l'âme sur le corps, pour lutter contre Marot, contre la mode, contre l'instinct de l'époque, contre la Renaissance, en un mot. Les Contre-Blasons eurent la fortune de tous les incidents qui signalèrent ta curieuse querelle de Sagon et de ses amis contre Marot et ses amis. Les premiers curent incontestablement pour eux la sagesse, la vérité et le bon sens; mais ils eurent contre eux la

154 COQJJILLART.

les rhéteurs d'Alexandrie , pas assez d'élégance pour bâtir des déclamations comme Erasme; mais ils avoient la bonne volonté de faire des vers comme Marot.

Celui-ci composa le « Blason du Beau tetin » (i 5 34), et toute la troupe se précipita sur le Blason. Le corps féminin fut mis à nu, sans vergogne. Aucun voile ne resta. Ce fut là l'entrée dans le monde, de la femme moderne et de la littérature nouvelle. Uti peu de science, assez de paganisme, beaucoup de rhétorique, extrêmement de travail, et point d'autre respect que le respect de la forme artistique, rien ne manquoit de ce qui pouvoit fournir un beau début à la Renaissance. Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève, Heroet, Eustorg de Beaulieu, Victor Brodeau, Michel d'Amboise, Jacques Pelletier, Claude Chappuys, Gilles d'Aurigny^ Bonaventure des Periers, Le Lieur, Lancelot Caries, Estienne Forcadel, Hugues Salel, tous ceux-là et d'autres encorp firent des Blasons sur le corps féminin ou ses environs. Le meil^ leur de tous fut, au jugement de la Cour de Ferrare et de Marot (Œuv. de Marot, epist. 40, édit. 173 1), le « Blason du Sourcil », de 'Maurice Scève, qui n'avoit alors d'autre titre à ia renommée que la qualité de Lyonnois (même epist.). Après lui vint Mellin de Samt-Ge- Jaisj la créature gentille, avec son « Blazon des

Le Blason. 155

Cheveux » (Œuvres de Mellin de Saint-Gelais, p. 27, édit. de Paris, 16 56), Pour moi, je donnerois volentiers le prix au a Blason delaNuit», d'Estlenne Forcadei, qui m'a paru moins pâle et un peu mieux senti que tous les autres.

Marot écrivit de Ferrare une épistre pour encourager les Blasonneurs , et leur envoya ( 1 5 3 5) un autre modèle : c'étoit le « Blason du Laidtetin», c'est-à-dire un Contre-Blason. La foule se tourna vers le Contre-Blason. Ce fut le signal de la guerre intestine.

Charles de la Huetterie, encouragé par son maître Sagon , composa une longue série de Contre-Blasons du corps féminin. Il vouloit venger l'esprit contre la matière. L'esprit fut mal vengé , et là encore la matière l'emporta. L'intention delà Huetterie étoit honnête, mais il n'y eut de louable dans ses efforts que l'intention , de remarquable que le nombre «t la longueur de ses pièces. Cela étoit insuffisant pour faire prévaloir l'âme sur le corps, pour lutter contre Marot, contre la mode, contre rinstinct de l'époque, contre la Renaissance, en un mot. Les Contre-Blasons eurent la fortune de tous les incidents qui signalèrent la curieuse querelle de Sagon et de ses amis contre Marot et ses amis. Les premiers curent incontestablement pour eux la sagesse, la vérité et le bon sens; mais ils eurent contre eux la

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mode, la poésie et leur style. Non pas que la Huetterie ne fût aussi bon que les plus mauvais poètes de Tautre coterie, c'est-à-dire aussi bon que la masse, mais Sagon ne valoit pas Marot ; il n'éloit pas un poète de la Cour, et surtout il n'en avoit pas été chassé.

Les Contre-Blasons ne furent pas tués par les essais de la Huetterie, et ils survécurent à ses apologies. Nous pouvons citer dans cette donnée le « Blason contre les blasonneurs », par Gilles Corrozet, qui essaya de montrer qu'il n'étoit pas nécessaire d'être obscène pour bien blasonner. Ses « Blasons domestiques » présentent quelque chose de doux , de calme, de bien senti. L'ardeur déclamatoire des autres se trouve assez naïvement constatée par un blasonneur inconnu qui intitula sérieusement son œuvre : « Blason déclamatoire au déshonneur de Honneur ». C'étoit bien l'enseigne que pou voit arborer toute l'école.

La première tradition de ce genre fut continuée par le a Blason de la Femme », qui a d'ailleurs de singulières ressemblances avec certains passages des Droits Nouveaux ; par le « Blason des Dames selon les pays », où, suivant l'usage , Estienne Forcadel accorde la palme à la Françoise ; par le « Blason des cinq Contentemens en amours » ; par le « Blason des Dames», en prose, de Guiilaume^Paradis.

Le Blason. ijy

Ce genre avoit touché à la politique avec les Blasons a des Hérétiques », de « Vin exitu Israël de France », de « la Guerre du Pape contre le Roy Très chrestien » ; il se lança dans la géographie avec le « Blason de l'Eglise de Brou »,^ar Antoine du Saix, avec les Blasons de Grosnet sur Paris, Orléans, Tours, Sens, Amiens, Lyon, Angers, Nantes (Motz Dorez du Sage Cathon , t. 2).

Pierre Danche n'avoit pas oublié les Bons vins de France, ni Guillaume Gueroult les Oiseaux. Jehan de la Taille de Bondarois fit une série de blasons sur les Fleurs , puis sur lès Pierres précieuses. La médecine ne fut pas négligée ; on blasonna la Goutte, la Fièvre quarte, les Fleurs , « où sont contenus divers secrets de médecine. »

Quand on eut un peu , bien peu , recouvert le corps féminin, on blasonna l'Anneau, le Mi roir, l'Epingle.

Enfin la morale s'avança à son tour pour s'emparer de cette rhétorique, la morale pesamment armée. Au milieu du XVIe siècle on vit le « Blason des célestes et très chrétiennes Armes de France », par Jacques de la Motte; à la fin du même siècle les a Blasons vertueux » de Jean Chartier, et enfin les « Blasons anagrammatiques très chrétiens et religieux » du Hiérapolitain d'Amiens, Claude de Mons. Us

ï^8 COQUILLART.

sont au nombre de 212. Le Blason n^ survécut pas.

On avoit réuni la plupart de ces Blasons sous les titres de <( Blasons anatomiques du corps féminin » (Paris, pour l'Angelier, 1 5 5 0, in- 1 6); de « Blasons anatomiques du corps masculin et féminin» (Paris, veuve Jehan Bonfons, s. d., in- 16). Lenglet du Fresnoy les' joignit à son édition de Marot (173 1), Méon les réédita et les augmenta dans une édition in-8 (Paris, Guillemot, 1807). M. Brunet, dans son Manuel du libraire, indique que plusieurs éditions de THecatomphile contiennent une partie de ces Blasons. Nous n'avons pu rencontrer les éditions qu'il cite, mais nous en avons eu une qu'il n'a pas connue (Hecatomphile, etc., Lyon, François Juste, s. d., in- 16); elle ne contient aucun blason.

Le Recueil de Poésies françoises qui fait partie de la Bibliothèque elzevirienne a reproduit quelques Blasons qui n'appartenoient pas aux divers recueils que nous venons de citer, et qui étoient devenus fort rares. Nous indiquerons le a Blason des Basquines et Vertugalles » (t. 1er, p. 295), le « Blason des Barbes de maintenant » (t. 2, p. 210), etc.

Nous avons indiqué dans notre préface avec quel soin, au milieu de quelles préoccupations, Coquillart avoit dû composer son Blason des

.. ij

Le Blason. 159

Armes et des Dames ; M. Tarbé précisé et dramatise tout à la fois quelques détails de l'apparition de cette œuvre. Voici les précieux renseignements qu'il nous donne (Œuvres de Coquillart, t. 2, p. 164): «Charles VIII avait alors près de quatorze ans; il voulut se faire sacrer, et le 29 mai il entrait à Reims. Les clefs de la ville lui furent présentées par une jeune fille aux blonds cheveux; elle lui dit quelques vers composés par Coquillart. Après les avoir écoutés, le roi continua sa marche vers l'archevêché. La place du Parvis était richement décorée ; le drapeau national flottait à toutes les fenêtres; de brillantes tentures, des fleurs, des guirlandes de feuillage, couvraient les maisons. Là se pressaient hommes d'armes, milices citoyennes, nobles damoiselles, riches bourgeoises, jouvencelles gracieuses. Au milieu de la foule s'élevait une estrade couverte de tapisseries : elle portait le poète Remois. Coquillart eut l'insigne honneur de haranguer Sa Majesté Le soleil

des cours fait rapidement d'un enfant un homme : le jeune monarque rêvait; mais ce n'était pas toujours des lauriers qu'il croyait couper, fleurs d'amours lui souriaient aussi. . . » Nous n'avons pas fait cette citation dans la méchante intention de donner un spécimen du style de l'honorable éditeur Rémois. Nous

t^8 CpQUlLLART.

sont au nombre de 2 1 2. Le Blason n^ survécut pas.

On avoit réuni la plupart de ces Blasons sous les titres de <c Blasons anatomiques du corps féminin » (Paris, pourKAngelier, 1 5 5 0, in- 1 6); de (( Blasons anatomiques du corps masculin et féminin » (Paris, veuve Jehan Bonfons, s. d., in- 16). Lenglet du Fresnoy les' joignit à son édition de Marot (173 1), Méon les réédita et les augmenta dans une édition in-8 (Paris, Guillemot, 1807). M. Brunet, dans son Manuel du libraire , indique que plusieurs éditions de PHecatomphile contiennent une partie de ces Blasons. Nous n'avons pu rencontrer les éditions qu'il cite, mais nous en avons eu une qu'il n'a pas connue (Hecatomphile, etc., Lyon, François Juste, s. d., in-i6); elle ne contient aucun blason.

Le Recueil de Poésies françoises qui fait partie de la Bibliothèque elzevirienne a reproduit quelques Blasons qui n'appartenoient pas aux divers recueils que nous venons de citer, et qui étoient devenus fort rares. Nous indiquerons le c( Blason des Basquines et Vertugalles » (t. ler, p. 293), le « Blason des Barbes de maintenant » (t. 2, p. 210), etc.

Nous avons indiqué dans notre préface avec quel soin, au milieu de quelles préoccupations, Coquillart avoit dû composer son Blason des

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Le Blason. 159

Armes et des Dames ; M. Tarbé précise et dramatise tout à la fois quelques détails de l'apparition de cette œuvre. Voici les précieux renseignements qu'il nous donne (Œuvres de Coquillart, t. 2, p. 164): «Charles VIII avait alors près de quatorze ans; il voulut se faire sacrer, et le 29 mai il entrait à Reims. Les clefs de la ville lui furent présentées par une jeune fille aux blonds cheveux; elle lui dit quelques vers composés par Coquillart. Après les avoir écoutés, le roi continua sa marche vers l'archevêché. La place du Parvis était richement décorée ; le drapeau national flottait à toutes les fenêtres; de brillantes tentures, des fleurs, des guirlandes de feuillage, couvraient les maisons. Là se pressaient hommes d'armes, milices citoyennes, nobles damoiselles, riches bourgeoises, jouvencelles gracieuses. Au milieu de la foule s'élevait une estrade couverte de tapisseries : elle portait le poète Remois. Coquillart eut l'insigne honneur de haranguer Sa Majesté Le soleil

des cours fait rapidement d'un enfant un homme : le jeune monarque rêvait; mais ce n'était pas toujours des lauriers qu'il croyait couper, fleurs d'amours lui souriaient aussi. . . » Nous n'avons pas fait cette citation dans la méchante intention de donner un spécimen du style de l'honorable éditeur Rémois. Nous

l6o COQUILLART.

avons seulement voulu montrer à nos lecteurs que, quoique nous ne puissions pas leur assurer par nous-même l'authenticité de ces détails, ils sont cependant trop circonstanciés, trop précis, trop afSrmatifs, pour qu'il nous ait été permis de les révoquer en doute.

Cy commence LE Blason des Armes et des Dames.

r est le temps passé , passé ;

Le bien pourchassé, pou chassé';

Et ce qu'on a trouvé, venu; C'est grant chose d'avoir pensé , Mais plus d'avoir contrepensé * , Encores plus d'avoir retenu ; J'ay sceu, veu, leu, aprins, congneu.

Noté, entendu, souvenu.

Epilogue milles traphicques ' ; Mais peu, quoy ?4 Que est tout devenu? Bien assailly, bien soustenu s

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