‹ Œuvres de Coquillart (volume 2)Chapitre 365 sur 374 · La deuxième plaquette a pour titre : Le · texte numérisé non relu

La deuxième plaquette a pour titre : Le

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Playdoyé d^ entre la Simple et la Rusée, en matière de Saisine et de Nouvelleté, fait par Coquillart. Elle est du même imprimeur que la précédente, présente Jes mêmes caractères, porte la même marque, mais renversée et mise le haut en bas par un hasard de l'impression. — La première plaquette offiroit au verso du titre le portrait d'un homme aux cheveux longs, portant coiffe et chapeau, manteau ouvert recouvrant une tunique serrée par une ceinture à laquelle est suspendue une dague. La seconde plaquette présente, au verso du titre, le portrait d'une sorte de prêtre à la barbe pointue, aux cheveux longs, coiffé d'une espèce de mitre ; la robe , qui descend jusqu'à terre, est recouverte par un manteau fermé jusqu'à la poitrine ; les manches de ce manteau sont ouvertes, larges, longues, tombant jusqu'à la bordure du vêtement supérieur. Le personnage tient à la main droite un carnet , à la gauche un vase d'où paroit s'échapper la fumée, sans doute, de quelque encens. Dans la partie haute du verso du second feuillet se trouve le portrait de la Simple , se promenant les bras croisés et paroissan Réfléchir. La tête , qui semble rasée , est coiffée d'une couronne semblable à un tortil de baron. Elle a les manches serrées, le corsage collé au corps, la jupe ample et longue, recouverte d'une robe de

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dessus descendant jusqu'à mi-jambe. Au bas du recto du dixième feuillet, on retrouve le personnage du verso du titre; au bas du recto du onzième feuillet est dessinée une chambre dans laquelle causent la Simple et le Mignon. Ils sont debout tous deux , rien n'est changé dans l'apparence de la Simple que sa coiffure. Le Mignon porte une robe descendant jusqu'à la cheville, une cornette lui enveloppe la tête, et l'un des bouts vient par-dessus son épaule droite tomber jusqu'en bas du ventre. Au bas du recto du quinzième feuillet se trouve répété le bois que nous avons signalé au verso du titre de la première plaquette ; la pièce se termine au seizième feuillet, par ces mots : Explicit le PlaidoU Cocquillart, touchant la Simple et la Rusée. De la Motte. — Que signifient ces derniers mots ? Faut-il voir là un nom d'imprimeur, ou les premiers mots du titre de quelque pièce imprimée à la suite de cette plaquette dans un recueil dont ladite plaquette faisoit partie ? Est-ce quelque sale allusion au débat qui précède, allusion négligée par les éditeurs subséquents , qui ne l'ont pas comprise P Nous nous sommes en vain tourmenté à chercher l'explication de ces trois mots. .

3. Après ces deux plaquettes vient, en ordre de date, l'édition de la veuve Trepperel, in-4 goth., S. D., avec ce titre: S'entuyvent

Î42 GOQUILLART.

les Droitz Nouveaulx, avec le débat des Dames et des Armes, l'Enqueste entre la Simple et la Rusée avec son Playdoyé et le Monologue Coquillart, avec plusieurs autres choses fort joyeuses; composé par maistre Guillaume Caquillartj offi-cial de Reims lez Champaigne. XXIL

Au dessous se trpuvent deux écussons dont nous parlerons tout à l'heure ; puis r On les vend à Paris, en la rue neufve Nostre-Dame , à PEscu de France, et au Palays, en la gaUerie comme on va en la Chancellerie. Cum PrivUegio.

Au verso du titre nous lisons : S'ensuyvent les rubriches de ce présent livre ;. Et premièrement, De Jure Naturali, De PresumptionibuSy De Pactisy De Statu Hùminum, de Dolo, Après quoi vient l'Ecu aux trois fleurs de lys surmonté de la couronne, puis : S'ensuyt la table de ce présent liifre : Et premièrement, La page suivante donne cette table , plus développée que la précédente et contenant le titre de la plupart des questions grotesques que Coquillart résout dans ses Droitz. Les poésies commencent en tête du verso suivant.

A la fin du livre nous trouvons :Cy finis-^ sent les Droitz Nouveaulx avec le Débat des Dames et deis Armes, imprimé nouvellement à Paris par la veùfve feu Jehan T^repperel, demourant en la ruemnpe Nostre Dame^ à Veaseigne de VEscu de France. . ^

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Le chiffre xxii placé à la fin du titre indique, non la date de 1522, comme le croit M. Tarbé) mais 22 cahiers. Le volume les contient en effet, soit 196 pages, en belle impression, à longues lignes, en lettres de moyenne grosseur, mais nettes et assez neuves. La date peut se placer selon toute vraisemblance entre i $ 1 2 et 1 5 1 5 . Cette édition comprend toutes les poésies de Coquiilart, sauf l'acrostiche et les deux derniers Monologues.

Nous n'avons voulu négliger aucuns des détails qui pouvoient apporter quelque lumière dans les questions fort obscures concernant la bibliographie de notre poète; nous avons cherché quelle pouvoit être la sigmfication des deux écussons dont nous avons parlé plus haut. Après plusieurs recherches inutiles, nous avons pensé à interroger M. Loriquet, le savant bibliothécaire de Reims. Voici ce qu'il nous a répondu : « Ces armoiries ne sont pas des armoiries de fantaisie. Ce ne sont pas non plus celles de Coquiilart. Il s'étoit donné des armes parlantes qu'indique M. Tarbé dans sa Notice : d'azur au chevron d'or à ttois coquilles de même, deux en chef, une^n pointe. Je suis parvenu à savoir de qui est l'un des deux écus, celui qu'accompagne un insigne ecclésiastique : c'est le blason de Jean Godart^

chanoine, grand chantre. Ce Jean Godart, entre autres bienfaits en faveur du chapitre de Notre-Dame de Reims, lui laissa une maison , sise près du. jardin du chapitre, aujourd'hui rue des Capucins. Dans cette maison est encore un puits dont Porifice est surmonté d'un édicule en pierre ; et au fronton de cet édicule sont, d'une part, les armes du chapitre, de l'autre les armoiries en question. L'édicule porte ailleurs les initiales J. G. en forme de chiiTre. Enfin la porte même de la maison, qui est du commencement du XVIe siècle , a le même chiffre deux fois répété. Il me paraît clair, non seulement que la maison est celle qui provient de Jean Godart , mais que les armoiries du puits , comme celles du livre , sont les armoiries du même Jean Godart. La crosse est l'insigne du grand chantre , lequel insigne a été modifié depuis dans sa partie supérieure. — Pourquoi, maintenant, les armes de Jean Godart au frontispice de notre livre ? Evidemment parce que Jean Godart auroit aidé à l'édition , probablement de ses deniers. Le personnage auquel appartient l'autre écu s'étoit associé à l'œuvre. Jean Godart n'a pris possession de la dignité cantorale qu'en IJ12; j'en ai la preuve écrite de sa propre main en tête d'un mémoire concernant les privilèges , revenus et charges de sa dignité : In primo

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est noiandum quod ego fui receptus ad cantorkm ejusdem Ecclesie die Conceptionis Béate Marie Virginis, que fuit octava decembris anni 1 5 12. Si donc, comme je le crois, ces armoiries sont bien celles de Jean Godart, la date de notre volume ne peut être antérieure à i j 1 2 . »

Je m'associe aux conclusions de cette lettre, qui apporte, comme on voit, des renseignements précieux , et pour lesquels je me tiens fort obligé à M. Loriquet. Je le remercie d'ail^ leurs vivement et cordialement pour l'intérêt qu'il a pris à cette nouvelle édition des œuvres du poète Rémois, et pour la rare obligeance avec laquelle il a bien voulu montrer cet intérêt.

4. Après la veuve Trepperel, son associé, Jehan Janot, donna une édition sous ce titre : S'et}suyvent les Droitz Nouveaubc avec le Débat des Dames et des Armes; VEnqueste entre la Simple et la Rusée y avec son Playdoyé; la Complaincte de Echo à Narcisus, et le refus quHl luy fisty avec la mort d^icelluy Narcisus, et le Mono^ logue Coquillarty avec plusieurs aultres choses fort joyeuses, composé par maistre Guillaume Coquillarty officiai de Reims lez Champaigne, IX. G.

Au-dessous se trouvent les deux écussons; puis : On les vend à V enseigne. St Jehan Baptiste, en la rue neufve Nostre Dame, près saincte Geneviefve des Ardans.

Au verso nous voyons un bois représentant une salle d'étude au nniîeu de laquelle un homme en long manteau, assis dans une chaise à dais sculpté, feûiitèttê un livre placé sur un pupitre. Au dessous de ce bois commence une table des matières^ table exactement la même que celle de la veuve Trepperiel, et qui se termine au milieu de la seconde colonne du recto 4e la page suivante. Les poésies viennent immédiatement après.

' L^édition, comme l'indique ce chiffre IX. C. , contient neuf cahiers, soit 72 pages. C'est un in-4 gothique à deux colonnes, médiocrement imprimé , avec des lettres un peu différentes de celles de la veuve Trepperel,- moins nettes et moins neuves. Au bas du recto de la 71e page, nous lisons : Cy finissent les Droitz Nouveavàx avec le Débat des Dames et des Armes, imprimé nouvellement à Patis en larue Neufveprès Nostre DameàlUnseigne Sainct Jehan Baptiste, Sairtcte Geneviefve des Ardans. Aai verso on voit la marque et le nom de Jehan Janot (Voy., pour cette marque, Manuel du libraire, tome 3> page 503 ). On peut placer cette édition entre 1 5 1 5 et 1 520. Elle contient les mêmes poésies que la précédente.

5. Vient ensuite l'édition d'Alain Lotrian, successeur de la veuve Trepperei et de Jehan Janot. Le titre est le même que celui de cette

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dernière ; nous y trouvons Tindication IX. C, les deux écussons, etc. Il n'y a de changé que PS orné, Pencadrement et l'indication de la demeure de l'imprimeur, qui est telle dans le livre: de Lotrian: On ies vend à Paris en la rue Neupe Nostre Dame à l'enseigne de l'Escu de France. Au verso, un petit bois représente un borome en manteau qui écrit sur une table, tandis qu'au fond de la pièce deux autres personnages , aussi en manteau, paroissent s'oc* cuperdehii.

Tout le reste suit la disposition de l'édition précédente. Comme elle, elk est in-4, contient 9 cahiers, 72 pages à deux colonnes; elle la suit page pour page ; l'impression est mdns soignée encore , les lettres moins nettes.

A là fin de la 71e page nous trouvons : Cy finissent les Droitz Nouveaulx, avet le Début des Dames et des Armes y imprimé nouvellement à Paris par Alain Latrïan demoùrant en la rue Neupe Nostre Dame à l'enseigne de VEscu de Fjifince, Le verso est blanc.

Cette édition doit se placer entre ij2o et I j 30. Elle ne contient rien de plus que les précédentes. . -

6. Nous arrivons maintenant à l'édition qui porte la marque de Jehan* Trepperel (Voy., pour cette marcjue, Manuel du libraire, tome ^> page ij). .Elle est la coj)ie à peu près

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fidèle de celle d'Alain Lotrian. Les lettres sont un peu plus usées ; le bois du verso du titre représente un homme réfléchissant, le bras appuyé sur sa chaise ; le nom d'Alain Lotrian est retranché au bas de la 7 le page ; la marque de Trepperel occupe le verso de la 72e. A part cela, les deux éditions sont identiques. Elles se suivent page par page , lignes pour lignes, renvois pour renvois; la disposition des grandes lettres, des petites lettres, est la même. On voit clairement que le dernier imprimeur n'a eu d'autre but que de suivre aveuglément l'autre ; il a, autant qu'il a pu, commis les mêmes fautes d'impression , imité son inintelligence. Enfin , n'étoit une légère différence dans la forme des lettres, on pourroit croire que cette édition est un fond de l'édition précédente, dont on auroit légèrement changé la première et la dernière page.

Nous touchons ici à la plus importantes des questions qui concernent la bibliographie des œuvres de Coquillart. Cette édition, en effet, que nous plaçons, comme la précédente, entre 1 520 et I j 30, est celle à qui M. Tarbé attribue la date de 1 491, ou tout au moins une date antérieure à la mort de l'auteur.

Notre ingénieux prédécesseur apporte trois arguments à l'appui de cette hypothèse : Pie chiffre IX. C. qui se trouve après le titre, et

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qui, en supposant que les chiffres M. C. C. C. C. aient été omis, peut donner 1 491; 2° la marque de Jehan Trepperel placée au verso du dernier feuillet : or, comme Jean Trepperel est mort en I j 1 1 , comme notre poète est mort en 1 5 10, on arrive à conclure que cette édition fut donnée du vivant de Fauteur; 5° les mots « en son vivant officiai de Reims » qui ne se trouvent pas dans le titre de cette édition et qu'on rencontre dans les autres.

Ces trois argumens sont de nulle valeur.

Je ne sais si le chiffre IX. C. a jamais pu signifier 1491, c'est une question qui me pa-^ roît rentrer dans l'art de deviner les rébus en société ; mais il est évident que cela est inadmissible dans le cas présent , puisque les éditions de Jehan Janot et d'Alain^ Lotrian portent ce même chiffre , et que l'un et l'autre n'ont commencé à imprimer qu'au XVIe siècle : le premier en 1 508 , le second en 1 5 1 8. Ce chiffre indique, comme nous le disions plus haut, les 9 cahiers que les trois éditions contiennent en effet, comme le chiffre XXII, dans l'édition veuve Trepperel, indique les 22 cahiers que celle-ci renferme. Ces notions sont élémentaires en bibliographie. L'un de nos érudits les plus experts en cette matière m'assure que, si, d'une part, il pourroit citer un fort grand nombre d'éditions où l'on retrouve

J5a COQUILLART.

en chiffre cette ijidication du nombre . des cahiers^ d'autre part il n'a jamais vu un seul livre françois, imprimé au XVe siècle ou au commencement du XVIe, qui porte une date abrégée par omission de chif&es, à moins que ce ne soit par rébus ^

Le second argument montre le même dédain pour les plus simples notions de bibliographie. Le premier Jehan Trepperel est bien certainement mort en i j 1 1 ; mais M. Tarbé ne sauroit ignorer qu'on a trouvé jusqu'en l'année 1531, au moins, des livres avec la marque de Jehan Trepperel. Nous nous contenterons de lui citer le Chevalier Bayart, dç Champier, qui porte 1525 pour date de sa composition, et le livre des Trois Fils de Roi, qui est daté 1 5 3 1 . Les érudits ont été par là forcés d'admettre l'existence d'un deuxième Jehan Trepperel, et nous en pouvons conclura que Coquillart, portant une marque qu'on retrouve jusqu'en 1 5 3 1 , n'a pas été nécessairement imprimé avant i j 1 1 .

La troisième preuve de M. Tarbé repose sur une assertion erronée. Jusqu'à Galiot du Pré, aucune des éditions ne porte les mots

I. Nous devons ce renseignement à M. Coppinger; et nous le prions ici d'accepter Tassurance de notre gratitude pour l'aide qu'il a bien voulu nous donner dans la discussion de ces détails bibliographiques.

Etude bibliographique. ^51

« en son vivant , officiai de Reims ». L'éditeur Rémois n'en veut pas conclure , j'espère, que toutes ces éditions furent données du vivant de Coquiliart, et que la femme de Trepperei étoit veuve du vivant de son mari.

Il ne reste rien , on le voit , des allégations de notre prédécesseur. La lettre de M. Lonquet prouve clairement d'ailleurs qu'aucune édition portant les écussons indiqués plus haut ne peut être antérieure à 1512, puisque c'est à cette époque seulement que l'un de ces deux écussons a pu exister avec les attributs que nous lui voyons.

A partir ce cette date^ nous n'avons nous^ même que des hypothèses pour justifienl'or* dre que nous avons établi entre les diverses éditions ; mais le degré d'ancienneté des éditeurs, l'apparence des livres, et surtout la composition des textes, rendent, selon nous, nécessaire, l'adoption de cet ordre.

Nous voyons, en effet, la veuve Trepperei succéder à son mari, s'aissocier avec Jehan Janot, tous deux avoir pour successeur Alain Lotrian, qui prit sans doute à son tour pour associé le fils de Jehan Trepperei, ou qui, du moins, imprimoit dans le même temps que lui.

Les éditions de luxe, à longues lignes, en beaux et gros caractères , ont logiquement

JSl COQJUILLART.

précédé les éditions à deux colonnes, dont les caractères fins permettoîent une notable économie. Il en a été du moins presque toujours ainsi dans le 1er siècle de l'imprimerie, et l'on comprend facilement, en etFet, que pour la reproduction de livres dont la réputation étoil faite, dont la première édition s'étoit rapidement écoulée, et là où l'éditeur étoit sûr de la vente de son texte, quel qu'il fût, on comprend que le soin ait àù être moins grand, l'économie plus tentante, que là où le succès du livre devoit être aidé par toutes les tentations de l'art typographique. Dans l'espèce qui nous occupe, on sent facilement encore qu'une. impression laite en grande partie, sans doute, aux frais des riches citoyens Rémois, a pu se présenter avec des apparences de luxe qui durent disparoltre lorsque cène impression ne fut plus pour le libraire qu'une affaire de spéculation.

Nous avions donc peu de raison d'hésiter à considérer l'édition de la veuve Tiepperel comme la première en date, et la comparaisondes textes ne nous a pas laissé le moindre doute là-dessus.

C'est cette comparaison, nous l'avons déjà indiqué , qui nous a le plus aidé à établir l'ordre que nous avons suivi, et nous avouons qu'elle nous eût suffi, en dehors de toute au-

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Ire considération, pour noos faire regarder comme inadmissible le système de M. Tarbé. L'ancienneté de l'orthographe, la bonté du texte, le soin de Pimpression, suivent une ligne décroissante , depuis l'édition du XVe siècle jusqu'à celle de J. Trepperel II, dételle sorte que le texte excellent et évidemment pur des plaquettes se trouve bon encore, quoique légèrement changé, dans l'édition veuve Trepperel; que le texte produit par ces changements est ensuite maladroitement modifié dans la version de Jehan Janot, qui subit à son tour, entre les mains d'Alain Lotrian et de Jehan Trepperel II, toute espèce de mauvais traitements. L'orthographe suit les mêmes degrés de décadence. Ainsi partout on retrouve l'orthographe primitive, mais de plus en plus modernisée; également aussi on reconnok toujours le même texte, mais qui a passé dans diverses mains, sur lequel diacune de ces mains a laissé son empreinte, et qui, à chaque changement, perd de plus en plus lès traceis de sa pureté primitive.

Prenons pour exemple deux vers qui ne présentent guère de difficulté cependant. Nous doonons , page. 1 1 1 de notre tome 1er, ces deux vers :

Mignonne de haulte entreprise

Qui porte des devises à tas. ^

CoquiUart, — II. 2}

Le second de ces vers, on le voit, n'est pas régulier ; il faut supposer une de ces élisions 1 qui sont fréquentes dans Coquiliart, mais aux-

quelles les éditeurs du XVIe siècle postérieurs I à la veuve Trepperel paroissent n'avoir jamais

■ pu s'habituer. Nous lisons en effet :

) Ve Trepperel : Qui porte des devises à tas.

\ Jehan Janot : Qui porte diverses à tas.

Afain Lotrian : Qui porte diverses atas.

Jehan Trepperel II : Qui porte diverses atas.

On a en ces quatre vers l'histoire des quatre textes dont nous nous occupons : un bon, un second qui le copie sans intelligence, et deux autres qui se ressemblent complètement en copiant le second et en renchérissant sur les fautes.

Ces observations nous paroissent suffire pour justifier la classification que nous avons suivie. Il est en effet logique de croire que deux éditions exactement semblables et identiquement mauvaises se suivent, plutôt que de supposer qu'elles sont séparées par deux éditions différientçs et. meilleures que chacune d'elles. Dans ce. cas, Alain Lotrian nous eût présenté rétrangç.speclacle d'un.libraire ayant dans son fonds deux bonnes éditions d'un ouvrage et en faisant . copier une autre évidemment mauv^se. Il est. évident encore,

Etude bibliographique. 555

pour qui connoît les changements fréquents intervenus dans l'orthographe du XVIe siècle, que , si l'édition à la marque J. T. avoit été de 1491, elle se rapprocheront, quant à son orthographe, des' plaquettes, qui sont du XVe siècle, de l'édition veuve Trepperel, qui est de 1 5 1 2, et non de celle d'Alain Lotrian, qui est de 1550, et qui a, de même que l'édition J. T., tous les caractères orthographiques de cette date.

Nous maintenons donc que cette édition à la marque J. T. doit être attribuée à Jehan Trepperel II, et qu^elle est contemporaine de celle de Lotrian. Nous pensons, nous, qu'elle lui est postérieure ; mais nous croyons qu'on prouvera un jour l'existence d'un troisième J. Trepperel. Il pourra y avoir alors quelque raison de supposer que Jehan Trepperel H a imprimé avant Lotrian ; peut-être pourra-t-on alors aussi mettre son édition de Coquillart avant celle de ce Lotrian, mais sans qu'elle puisse jamais être placée avant celle de J. Janot.

La majorité des lecteurs trouvera peut-être que nous avons bien minutieusement étudié cette question de bibliographie. Nous avons à répondre que cette question étoit de la plus grande importance pour rétablissement du texte de Coquillart; que la bibliographie est une science naturellement minutieuse ; qu'en-

Le second de ces vers, on le voit, n'est pas régulier ; il faut supposer une de ces élisions qui sont fréquentes dans Coquillart, mais auxquelles les éditeurs du XVIe siècle postérieurs à la veuve Trepperel paroîssent n'avoir jamais pu s'habituer. Nous lisons en effet :

Ve Trepperel :

Jehan Janot :

Alain Lotrian :

Jehan Trepperel II

Qui porte des devises à tas.

Qui porte diverses à tas.

Qui porte diverses atas.

Qui porte diverses atas.

On a en ces quatre vers Phistoire des quatre textes dont nous nous occupons : un bon, un second qui le copie sans intelligence, et deux autres qui se ressemblent complètement en copiant le second et en renchérissant sur les fautes.

Ces observations nous paroissent suffire pour justifier la classification que nous avons suivie. Il est en effet logique de croire que deux éditions exactement semblables et identiquement mauvaises se suivent, plutôt que de supposer qu'elles sont séparées par deux éditions différentçs. et meilleures que chacune d'elles. Dans ce. cas, Alain Lotrian nous eût présenté l'étrangç. spectacle d'un.libraire ayant dans son fonds deux bonnes éditions d'un ocivrage et en faisant . copier une autre évidemment mauvaise. Il est. évident encore,

Etude bibliographique. 555

pour qui connoît les changements fréquents intervenus dans l'orthographe du XVIe siècle, que , si l'édition à la marque J. T. avoit été de 1491, elle se rapprocheront, quant à son orthographe, des' plaquettes, qui sont du XVe siècle, de l'édition veuve Trepperel, qui est de 1 5 1 2, et non de celle d'Alain Lotrian, qui est de 1550, et qui a, de même que l'édition J. T., tous les caractères orthographiques de cette date.

Nous maintenons donc que cette édition à la marque J. T. doit être attribuée à Jehan Trepperel II, et qu^elle est contemporaine de celle de Lotrian. Nous pensons, nous, qu'elle lui est postérieure ; mais nous croyons qu'on prouvera un jour l'existence d'un troisième J. Trepperel. Il pourra y avoir alors quelque raison de supposer que Jehan Trepperel II a imprimé avant Lotrian ; peut-être pourra-t-on alors aussi mettre son édition de Coquillart avant celle de ce Lotrian, mais sans qu'elle puisse jamais être placée avant celle de J. Janot.

La majorité des lecteurs trouvera peut-être que nous avons bien minutieusement étudié cette question de bibliographie. Nous avons à répondre que cette question étoit de la plus grande impoVtance pour l'établissement du texte de Coquillart ; que la bibliographie est une science naturellement minutieuse ; qu'en-

fin, c'est aux bibliographes que nous prétendons adresser cette partie de notre travail, et que ceux-ci nous eussent, à bon droit, regardé comme un homme à mettre au ban de Térudition, si, dans de telles questions, nous n'avions pas montré le plus profond respect pour les vétilles, si nous avions quitté, sans les avoir examinées jusque dans leurs plussecretsdétails, de si précieuses éditions. Elles sont, en effet, d'une extrême rareté. Je les ai toutes rencontrées à la Bibliothèque impériale de Paris. Les deux plaquettes du XVe siècle peuvent être considérées comme uniques. J'ai vu dans le cabinet de M. Coppinger un autre exemplaire de l'édition veuve Trepperel. Il a passé, il y a quelques années, en vente un exemplaire de l'édition J. Janot, exemplaire qu'on prétendoit unique ; je ne sais en quelles mains il est actuellement. La Bibliothèque de Reims possède un autre exemplaire de l'édition Jehan Trepperel IL Quant à celle d'Alain Lotrian, les catalogues de vente nous prouvent qu'il doit en exister encore plusieurs exemplaires; pour moi, je ne connois que celui de la Bibliothèque impériale.

7. Les Œuvres maistre Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims y* nouvellement reveues et imprimées à Paris, ij}2... On les vend à Paris, pour Galiot du Pré, en la grant

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salle du palays. (A la fin :) Fin des Œuvres feu maistre Guillaume Coquillart, officiai de Reims, nouvellement reveues, corrigées et imprimées à Paris, pour Galliot du Pré y 1532. Petit în-S, en lettres rondes, signé A-U. 1 58 ff. chiffrés. Le texte de cette édition a été fort travaillé, avec une certaine intelligence, mais sans aucun respect pour le style, pour la formç propre de Coquillart, et avec la préoccupation de donner un ouvrage intelligible, plutôt que de donner Tœuvre du poëte Rémois. On n'y trouve pas les petites pièces politiques, mais on y voit paroître , pour la première fois , le monologue du Puis et le monologue du Gendarme cassé. Nous nous sommes déjà occupé de ces pièces. Ajoutons que Galiot du Pré paroît avoir eu la manie d'inventer des pièces et des passages nouveaux, de découvrir des lambeaux échappés à l'attention des premiers éditeurs, d'attribuer des pièces anonymes aux auteurs qu'il réimprimoit. Ce qu'il a fait pour Coquillart , il l'a fait pour Villon , un peu pour Gringore ; et je pense qu'il ne faut pas toujours l'en croire sur parole. Cette spécialité de découvertes tourne souvent à la spéculation, et dans beaucoup des attributions de Galiot du Pré il y a plus de commerce que de zèle pour la littérature ; il y a

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surtout le discrédit jeté par ses prédécesseurs sur les éditions gothiques des Trepperel et d'Alain Lotrian. En somme, on a beaucoup exagéré la valeur de cette édition. Comme apparence , comme beauté typographique , nous lui préférons, et de beaucoup , les plaquettes du XVe siècle et le volume de veuve Trepperel; elle n'a d'autre qualité que d'être en lettres rondes , et parmi les éditions , aussi en lettres rondes, qui viennent après elle, plusieurs nous ont paru plus jolies ; comme texte, elle commence le massacre, j'entends le massacre de sang-froid, de l'œuvre de Coquillart ; elle ouvre la voie à ce déplorable système qui continue et se perfectionne jusqu'à Coustelier, et qui consiste à sacrifier la phrase et la pensée du poète du XVe siècle, au profit des lecteurs du XVIe, du XVI le et du XVIIIe siècle.

Cette édition est moins rare que les précédentes. Nous en connoissons pour notre part cinq exemplaires, parmi lesquels nous noterons celui qui se trouve dans le riche cabinet de M. Cigongne, et qui, pour son parfait état de conservation, pour la grandeur de ses marges et le travail artistique de sa reliure, est fort digne assurément de faire battre le cœur d'un bibliophile. J'indiquerai, pour ne rien négliger, une

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particularité dé nulle importance, c'est que, dans les exemplaires que j'ai pu consulter, la pagination saute de 48 à 51.

8. Le Manuel du Libraire signale une autre édition Parisienne faite ia même année que celle de Galiot du Pré , chez Antoine Bonnemère, in- 16.

9. Nous trouvons dans le catalogue Nodier, dans le Manuel du Libraire ^ dans l'édition de Reims^ la mention d'une édition sous ce titre : Les Œuvres maistre Guillaunte Coquillart, en son vivant offidal de Reims y nouvellement revues j corrigées et imprimées à Paris y 1533. On les vent à la rue Neufvè Nostre Dame, à l'enseigne Saint Nicolas, (A la fin :) Fin des Œuvres feu maistre Guillaume Coijuillart, officiai de Reims, nouvellement revues, corrigées et imprimées à Paris par Pierre Leber, demeurant au coing du pavé, près la place Maubert, Petit in-8 de } 1 6 pages.

10. Le Manuel du Libraire annonce une autre édition de Paris, i$34. Il faut comprendre, sans doute, que c'est une édition également imprimée par le précédent.

1 1 . Nodier indique dans son catalogue une édition que nous n'avons pu retrouver : Coquillart , Œuvres oiï sont contenues plusieurs joyeusetés, comme vous pourrez veoiren la table de ce présent livre, 1 5 34. On les vend en la rue Ntufve Nostre Dame à l'enseigne Sainct Jehan

}6o î ÇOQiJILLART. " :

Baptiste^présS^incteGeneviefyfid^Ardans. Pet. in-i2.

12. L'édition de François Juste, quoique inspirée évidemment par {^édition Gaiiot du Pré, parok faite cepehdant avtc un pliis grand désir de donner l'œuvre de Coquillart; elle présente çà et là quelques modifications heu-* reuses, et elle offire, pour les deux derniers monologues, un texte beaucoup plus soigné et plus intelligent. Son titre est encadré d'une façon ridicule dans une espèce de porte qui veut peut-être jouer le portique de Temple et qui n'est qu'une porte de bahut. Au dessus > de cet encadrement on lit : CoquiHart; le fronton porte : ataôK tyxh (la Bonne Fortune). Le blanc qui se trouve entre les deux* montans de cette sorte de portarl renferme l'annonce suivante : Les Œuvres maistre GaUlaume Coquillart, en son vivant officiât de Reims, nouvellement rennes et corrigées , 15^5. On les vend à Lyon en la maison de François Juste, demeurant devant Nostre Dame de Confort, Pet. in-8 gothique de 96 ff. chiffrés, signé A-M. La table, au verso du titre, annonce, comme l'éd. G^liot du Pré, les petites œuvres de Coquillart, et le volume ne les contient pas.

13. L'édition dont le titre suit n'a pas été signalée jusqu'ici ; nous en avons rencontré un exemplaire dans le cabinet de M. Coppin-

Etude bibliographique. 361

ger. CoquiUart, Les Œuvres de maistre Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims, nouvellement rcveues et corrigées, 1 540- On les vend à Lyon, chez François Juste, devant Nostre Dame de Confort. Au milieu de la page nous voyons un vieillard qui paroit être le symbole du Temps; un poids tire son bras droit vers la terre , des ailes semblent forcer son bras gauche à s'élever vers le ciel ; une écharpe est enroulée autour de son corps, nu d'ailleurs. Petit in- 16 de 122 fF., chiffrés. La Table des matières , qui se trouve au verso du titre , est absolument la même que dans l'édition de 1535; c'est aussi à peu près le même texte , avec de légères intentions de correction. En général ces corrections. sont malheureuses; l'édition est du reste inférieure à tpus égards à celle de. 1535 : le papier est gris , les lettres un peu usées , le tirage peu soigné.

(A la fin :) Imprimé nouvellement pour Françoys Juste, demeurant devant Nostre Dame de Con-fort y à Lyon, 20 d'aoust 1 540.

14. Les Œuvres de maistre Guillaume CoquUlart, en son vivant officiai de Reims, à Paris , chez Jehan Longis, libraire, în-i6 de 143 S! chiffrés,

(A la fin :) Imprimé à Paris par DenysJannot pour Pierre Sergent et Jehan Longis, libraires. Cette édition est charmante comme exécution typographique, plus jolie à coup sûr que celle

362 COQJJILLART.

de Gaiiot du Pré; le texte, par compensation, est fort mauvais, copié sur celui de 1532 , sans soin et sans intelligence.

\^, Les Œuvres de maistre Guillaume Coquillarty en son vivant officiai de Reims y nouvellement renues et corrigées. Le contenu d*icelles est en la page suivante,

A Paris , 1 546 , de l'imprimerie de Jeanne de Marnefy demeurant tn la rue Neufve Nostre Dame^ à ('enseigne Saint Jean Baptiste, Ïn-i6, 1 12 ff. non chiffrés, signés A.-O.

Cette édition contient , comme les précédentes , toutes les poésies de Coquillart , sauf les petites œuvres , et en outre , par un arrangement singulier de l'éditeur, les trois blasons de Pierre Danche. L'exemplaire que j'ai vu a appartena à la reine Anne d'Autriche ; il appanient maintenant à M. Brunet.

16. Nous avons entendu maintes fois citer une édition dont nous n'avons pas rencontré d'exemplaire, une édition in- 16, à Lyon, chez Benoist Rigault, 1 579. Nous savons seulement sur elle, et par une note écrite sur la garde de notre exemplaire veuve Treppcrel , qu'elle ne contient pas les pièces politiques.

17. Le Manuel du Libraire et l'édition de Reims citent une édition sous ce titre : Les Œuvres de maistrt Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims, A Paris , par Jean Bon-

Etude bibliographique. 36;

fons, libraire y demeurant en la rue Neujve Nostre Dame y à l'enseigne de Saint Nicolas, Petit in-8, s. d. , non paginé , en lettres rondes.

Je n'ai pas rencontré cette édition, mais j'ai trouvé à la Bibliothèque Mazarine un exemplaire dont le titre manque , et qui , j'en suis presque sûr, est un exemplaire de l'édition Bonfons. J'en vais donner en tous cas une désignation suffisamment caractérisée pour que le propriétaire de ce Bonfons, dont parle M. Tarbé, puisse reconnoître si j'ai rencontré juste. Le volume contient : r* les Droits Nouveaux (96 pages non numérotées) ; titre courant : au verso, Les Droits Nouveaulx; au recto, le litre des diverses rubriches ; 2^ Le Playdoyer de Coquillart entre la Simple et la Rusée (36 pages) ; titre courant : Le Playdoyer — de Coquillart; 30 VEnqueste d'entre la Simple et la Ru^ sée (40 pages) ; 4° le Blason des Armes et des Dames (22 pages) ; titre courant : Blason des Armes — et des Dames; 5° Le Monologue de la botte de foing (20 pages). L'exemplaire s'arrête sur ces mots : Fin du Monologue de la botte de foing. Il est très probablement incomplet.

J'ajouterai, à titre de signe particulier dans le signalement de ce volume, que dans le deux cent trente-sixième vers de la rubriche

364 COQ.UILLART.

de PresumptionibuSj «N'avez vous point h(mte , etc. » le v du mot vous est renversé.

19. Les Présomptions des Femmes y à Rouen , chez Abraham Cousturiery près le Palais , au Sacrifice d'Abraham , m-8, s. d. (fin du XVIe siècle), de 8 ff. signés A.-B. Mauvaise réimpression de la rubriche de Presumptionibus, On en trouve à la Bibliothèque Impériale un exemplaire, catalogué, avec plusieurs autres poésies imprimées par ledit Cousturier, sous le n" Y

19. Les Poésies de Guillaume Coquillarty officiai de l'église de Reims» A Paris, de l'imprimerie d'Antoine Urbain Consteller , imprimeur-libraire de S, A, R. monseigneur le duc d'Orléans, 1723. In-8 de 184 pages numérotées, plus un privilège de 2 pages daté du 1 8 septembre 1722, puis une lettre de 4 pages adressée par l'éditeur à M. tartel, conseillier du Roy. Cette lettre, qui a l'intention de donner une notice bibliographique sur^toquillart. est fort médiocre ; c'est incontestablement pourtant ce qu'il y a de meilleur dans l'édition. Le texte y est traité, la ponctuation y est disposée, avec une inintelligence du sens de Coquillart et de la langue générale du Moyen Age qui est parfois étonnante, même pour le XVIIIe siècle. On peut affirmer que l'éditeur n'a corn-

Etude bibliographique. 365

pris aucun des passages difficiles de notre poète, qu'il n'a saisi ni sa méthode, ni son génie, et qu'il ne s'est douté ni de sa valeur ni de sa position historiques. Il a vu dans ces poésies un mélange confus et barbare, d'où sprtoit çà et là quelque lueur, perceptible uniquement pour un homme à la vue puissante, comme il s'imaginoit l'être lui-même, et l'on se pei^uade facilement qu€i, s'il n'a pas éclairci, c'est-à-dire remanié et maltraité davantage le textS du XVe siècle, c'est par prudence, non par intelligence ou respect. Il s'est senti ignorant, il a craint de tomber dans de grossières erreurs. H avoit bonne envie de tailler, d'élaguer, d'approprier; il ne voyoit guère là que des broussailles, et il se seroit trouvé bien heureux s'il avoit pu mettre adroitement ces poésies du XVe siècle dans une langue mi-partie du XVIe, mi-partie du XVIIe siècle. Il a essayé, en effet, de gratter et de contourner les plus flexibles d'entre les branches ; mais, quand le fourré est devenu trop épais, il l'a respecté, en se plaignant amèrement de ce désordre et de ces. irrégularités j de ces difficultés, de ces obsta-. clés, qui ne permettoient pas au pauvre savant de donner facilement une tournure classique à cette œuvre du Moyen Age. Pourquoi Marot , qui avdt fait une si habile caricature de Villon, n'en avoit*il pas fait de même pour

CoquillartP Cela étoit peu explicable, mais en tous cas fort triste , et c'étoit un mauvais procédé que Marot avoit commis vis-à-vis de ce pauvre savant : il s'en plaint naïvement ; il lui eût été facile en effet de revêtir d'un habit de fantaisie , un peu selon la mode du XVII le siècle , un .Coquillart que Marot eût déjà affublé d'une tunique Renaissance ; mais ce barbare , ce sauvage, ce hérissé du Moyen Age, il ne savoit par quel bout le prendre. Il se contenta donc de lui jeter à la tête quelques rubans , quelques mouches, quelques grains de poudre , qui tombèrent et s'accrochèrent où ils purent, à la grâce de Dieu.

On attribue cette édition à La Monnoye ; je n'en crois rien. La Monnoye , qui aimoit tant les annotations grivoises et les commentaires obscènes , n'auroit pas manqué une telle occasion d'annoter et de commenter. D'ailleurs, si elle est.de La Monnoye, tant pis pour La Monnoye ; je le crois fort capable d'avoir fait, une aussi mauvaise édition. Je respecte profondément ces savans du siècle dernier, mais uniquement à titre d'ancêtres. J'aime en eux ceci , qu'ils n'ont pas laissé complètement oublier le temps passé ; je reconnois aussi qu'ils savoient bien des choses que nous ne savons plus : ils étoient versés dans la littérature Italienne , dans la littérature Latine moderne , et

Etude bibliocraphique. 367

ils portoient un amour sincère aux premiers poètes de la Renaissance. Pour tout ce qui précède cette époque, ils étoient d'une rare ignorance : le plus petit compagnon littéraire de ce temps-ci , le plus mince élève de Pécole des Chartes, l'emporte sur le plus illustre d'entre eux en connoissance sur le Moyen Age , et j'avoue que je ne saurois leur pardonner la partialité, l'injustice de. leurs jugemens, et la sottise, la pauvreté de leur érudition, au sujet de la France d'avant la Renaissance.

Que cette édition ait été faite ou non par La Monnoye , elle n'en est pas moins mauvaise ; elle est la plus répandue cependant , et ce n'est guère que d'après elle que Coquillart a été connu jusqu'à ces derniers temps. J'en ai rencontré à la Biblothèque Impériale un fort beau volume sur véKn , et dans le catalogue de cette même bibliothèque j'ai vu l'annonce d'une édition de Coustelier, in-!2 , 1724, qui m'a fort intrigué. Il me paroissoit fort difficile de croire que la première édition de Coquillart eût été épuisée dès la première année de sa publication, au point de rendre si tôt nécessaire la publication d'une seconde édition. En remontant à la source de cette indication , j'ai vu. qu'elle avoit. été prise sur les anciens catalogues, sur les catalogues contemporains de l'édition. A partir de 1720, en effet, la

j68 CôC^UlLLART.

Bibliothèque posséda des registres qui constatent l'entrée des livres année par année , et l'on peut conclure, ce semble, de cette inscription à l'année 1724, que l'édition de Coustelier^ tout en portant la date de 1723 ^ n'a réellement paru qu'en 1724.

20. Les Œuvres de GuUlaame Coijuillart. Paris, I $97, in-8. Recueil qui contient, outre les œuvres de Coquillart, la farce de maistre Pierre Pathelin, le Monologue du Franc Archier, le Recueil des Repues Franches; puis , sous le titre de Recueil de poésies récréatives, \t Monologue du Resoluy le Sermon Joyeuk pour une nopce (de Roger de Collerye) , les sermons du Depuceleur de Nourices, de l'EndouillCy de saint Frappecul, des Friponniers , le Caquet des quatre Chambrières aux Estuves, la Patience des Femmes, les Menues pensées d'Amour, les Remides pour tous maux, le Valet à louer qui sçait tout faire, la Chambrière à louer à tout faire , les Dits joyeulx des Pays, les Balades des Dames du temps jadis y des Seigneurs du temps jadis, les Regrets de la Belle Heaulmière, la Balade de la doctrine que baille la Belle Heaulmière aux filles de joye, Bdade de feu maistre Jean Cotart, procureur en Court d* Eglise; Balade centre les Mesdisans; Contredits du Franc Gantier; Balade des Femmes de Paris y et autres œuvres de Vil- Ion ; Description du Temple d'mnouTyparMarot;

Etude bibliographique. 369

Dialogue à deux personnages , par Marot ; Epitaphe de Frère Jean, evique d'Orléans , et autres épitaphes , Balade des Enfans sans souci, et une série d'épigrammes de Marot; Lettre du beau fils de Pazy à son amie ; un recueil de nombreuses ballades, dont quelques-unes sont fort curieuses ; j'en dirai autant pour le recueil de Rondeaux qui suit les Ballades ; Receptes certaines et infaillibles pour n'avoir pauvreté, etc. Ce volume porte à la fin la date de 1 599; ses feuillets sont cotés jusqu'à 285 , mais la pagination saute de 162 à 165. Les bibliographes sont d'accord pour voir dans ce recueil une compilation du XVI Ile siècle (Voy. ce qu'en disent le Manuel du Libraire , t. ler, pag. 770, édit. de 1842, et la Biblothèque Dramatique de M. de Soleinne, Paris, 1^4) > t. I , pag. I } 9). On ne connoît de cette édition qu'un seul exemplaire, et je ne pense pas qu'on en ait jamais connu d'autre. Il se trouve actuellement dans le riche cabinet de M. Dutuit, à Rouen, où je. l'ai vu. Je partage, sur ce livre, l'opinion de mes prédécesseurs en bibliographie , et j'ajouterai qu'il m'a paru plus mauvais encore comme texte que comme typographie. A côté de lui l'édition de Coustelier est un monument d'intelligence , de connoissance et de soin ; je ne sais rien de plus triste à en dire.

CoquUlart. — II. 24

IJO COQUILLART.

2\, Le Blason des Armes et des Dames de Guillaume Coquillart (Bhzons, poésies anciennes, recueillies par Méon. Paris, Guillemot, 1807, in-8).

22. Rappelons ces quelques vers de Coquillart, accompagnant plusieurs lignes d'une notice grotesque , et cités pag. 64, 65^ dans ce ridicule Choix de poésies de Clément Maret et de ses devanciers, publié parWerdet', 1825.

2 3 . Les Œuvres de Guillaume Coijuillart, 1 847, Reims, Brissart-Binet; Paris, Techener; 2 vol. in-8, tirés à 375 exemplaires.

Cette édition, donnée par M. P, Tarbé, contient une préface écrite dans le ton solennel et remplie de renseignements précieuse, un texte médiocre , des notes nombreuses et pleine^ d'érudition. L'éditeur Rémois a, nous dit-il , « pris pour corps de texte celui de Coustelier»; pourquoi, lorsqu'il croyoit avoir entre tes mains une édition contemporaine de Coquillart, lorsqu'il étoit sûr de posséder des éditions faites presque immédiatement après la mort du poète, et très vraisemblablement sur son manuscrit , pourquoi a-t-il été prendre pour corps de texte une édition du XVlIIe siècle, édition déplorable, qui n'étoit ellemême que le produit d'un travail inintelligent, fait sur un remaniement déjà fort maladroit P Je n'ai pu le comprendre. M. Tarbé nous as-

Etude bibliographiq.ub. ^71

sure qu'il n'importt pas « à -l'archer que son arc soit d'ivoire et sa corde de soit , si son trait vole , siffle , touche au but. » Je le veux bien; je suis même prêt à avouer naivement que la corde de soie me sen>ble inférieure à un simple nerf; je reconnois d'ailleurs que je ne suis pas versé dans la science du noble jeu de l'arbalète , et qu'il m'est impK^ssible de dire si Coquillart, archer, eût été bien heureux de s'en aller en guene avec un arc d'ivoire et une corde de spie. Quant à Coquiliart poète, on pouiroit affirmer, ce semble, qu'il s'est servi de la forme et de l'orthographe de son époque. M. Tarbé cependant a l'air de n'en rien croire, tant il traite ces deux choses dédaigneusement : i< Quant à la forme, à l'orthographe des mots , je n'ai rien voulu faire; ce n'est pas un grammairien dont^e pu* blie les œuvres (Fort bien , mais c'est un poète du XVe siècle, et ce siècle n'avoit pas Uform^ (ju'il a plu à Coustelier de lui donner) ; le Dic-^ tionnaire de l'Académie n'a rien à y voir. (Je l'espère j mais le XVe siècle n'est pas le diction-naire de l'Académie , et il a beaucoup à y voir, ne fàt-ce justement que pour enlever cette forme académique et cette orthographe classique dont Coustelier n'a pu repousser l'influence,) Ç^e ceux qui aiment à éplucher des virgules et des accents n'ouvrent pas ce volume. (M. Tarbi est

J72 COQUtLLAKT.

il coup làr trop sévère pour la nombreux icrivalns qui » sont laisti persuader que la place des virgules a quelque intérêt dans la langue française , et qu'un accent n'est pas à dédaigner, ne fût-ce que quand il vient changer pâle en pâté.) M. Tarbé conclut : « Ce ne sont pas des mots que je publie, ce sont des idées.» {Je le désire pour lui ; mais , hélas ! si l'on voit souvent beaucoup de mots sans idées, onnevoll guère d'idées où les mots ne jouent pas quelque rôle.)

En résumé , s'il étoil possible de traiter sérieusement de telles théories , on seroil tenté de se demander pourquoi l'éditeur Rémois s'est mis à publier !es œuvres de Coquillart. Une simple traduction eClt bien mieux fait l'af^re de qui ne veut que les idées et méprise uni les moti.

Heureusement l'édition est meilleure que la théorie. M. Tarbé a corrigé fréquemment et ingénieusement les plus lourdes fautes de Coustelier ; il a relevé avec une grande patience les variantes de quelques-unes des premières éditions ; mais l'influence de l'éditeur du XVIIIe siècle n'a pu être constamment évitée, et, ainsi que je le disois plus haut, le texte est resté médiocre.

Les notes indiquent un travail long , consciencieux, une grande leaure, des recher-

Etude bibliographique. J75

ches persévérantes, une érudition ingénieuse et étendue.

On a pu voir, à la manière dont nous avons mentionné si souvent cette édition, le grand cas que nous en faisons, malgré ses défauts. Nous n'avons pas cherché à la critiquer; nous y avons été plusieurs fois forcé, mais fréquemment aussi nous lui avons donné les éloges qu'elle mérite. Nous reprochons nettement à M. Tarbé d'avoir poussé à l'extrême le défaut de ses qualités , de ne pas s'être défié suffisamment d'un esprit vif et d'une imagination active, d'avoir ainsi souvent deviné au lieu de savoir, de s'être laissé aller à l'affirmation d'hypothèses, de théories, d'explications ingénieuses souvent, bien rencontrées parfois, possibles enfin , mais dont le caractère hypothétique n'a pas été suffisamment conservé. Il montre des défauts dangereux en érudition; il est aventureux sans modération, inventeur sans sobriété, hardi sans tact et jusqu'à la légèreté. J'apprécie néanmoins tout ce qu'il a fallu de qualités pour mener à bonne fin l'œuvre qu'il avoit entreprise, et je veux dire ici que ces deux volumes, publiés en 1S47, étoient à coup sûr la meilleure édition qui eût été donnée jusque-là des poésies du Moyen Age. J'ajouterai, car nul n'est sûr de conserver la balance exacte entre la louange

et la critique, et les moralistes nous énseignem qu'on verse aisément de ce dernier côté, j'ajouterai, pour donner la mesure de mon appréciation, que je ne demande pas pour mofn travail plus d'estime que je n'en accorde à celui de M. Tarbé. Nul autre qu'un éditeur consciencieux de Coquillart ne peut commettre le long et pénible labeur que demande une telle édition; celle-ci ne sera point la dernière, et je désire que celui qui me succédera dans une telle œuvre prenne autant d'estime pour mon soin, pour mon érudition, pour ma conscience d'éditeur, que j'en ai pris moi->méme pour toutes ces qualités de mon honorable prédécesseur.

26. Les Présomptions des Femmes (une des Rubrichês des Droits nouveaux), édit. par M. de Montaiglon dans le Recueil des anciennes Poésies françoises, Paris, P. Jannet, i8j6. T. III, p. 232.

27. Nous avons déjà indiqué ce qui nous a engagé à donner une nouvelle édition de Coquillart , et comment nous avons vu dans son œuvre un document historique d'une importance de premier ordre, un monument littéraire d'un mérite rare, d'un caractère singulier. Nous avons, dans notre préface, essayé de faire ressortir et de mettre à profit la donnée historique; nous avons compté un peu

Etude bibliographique. 375

sur les notes pour faire plus aisément comprendre la valeur littéraire. Une idée nous a préoccupé, entre toutes, dans la préparation de cette édition, nous voulons dire la renommée d'obscurité dont Coquillart est en possession publique, continue et immémoriale. La longueur et les difficultés de notre travail nous ont prouvé que Popinion publique ne se trompoit pas. Notre estime pour le vieux poète Rémois pouvoit nous porter à vouloir discuter la sévérité die ce jugement , à en atténuer la rigueur; nous avons préféré faire nos efforts pour qu'il ne se renouvelât plus. Nous ne nous sommes caché ni la hardiesse de ce projet , ni les difficultés de cette tâche. Nous savions qu'on ne pouvoit l'entreprendre dans les conditions ordinaires de l'érudition, et que la connoissance générale de la langue, de la littérature, des idées du Moyen Age, ne suffisoit pas ici, comme elle suffit dans presque toute autre publication des textes de ce temps.

Il falloit une étude approfondie des Archives de Reims pour porter quelque lumière au milieu de tous ces commérages; une étude approfondie aussi des Chroniques et des Mémoires du XVe siècle pour saisir quelques traits de ces allusions ; une étude approfondie encore des auteurs contemporains- pour com-

et la critique, et les moralistes nous enseignent qu'on verse aisément de ce dernier côté, j'ajouterai , pour donner la mesure de mon appréciation, que je ne demande pas pour mon travail plus d'estime que je n'en accorde à celui de M. Tarbé. Nul autre qu'un éditeur consciencieux de Coquiilart ne peut commettre le long et pénible labeur que demande une telle édition; celle-ci ne sera point la dernière, et je désire que celui qui me succédera dans une telle œuvre prenne autant d'estime pour mon soin, pour mon érudition, pour ma conscience d'éditeur, que j'en ai pris moi-même pour toutes ces qualités de mon honorable prédécesseur.

26. Les Présomptions des Femmes (une des Rubrichés des Droits nouveaux) y édit. par M. de Montaiglon dans le Recueil des anciennes Poésies françoises, Paris, P. Jannet, 1856. T. III, p. 232.

27. Nous avons déjà indiqué ce qui nous a engagé à donner une nouvelle édition de Coquiilart , et comment nous avons vu dans son œuvre un document historique d'une importance de premier ordre, un monument littéraire d'un mérite rare, d'un caractère singulier. Nous avons, dans notre préface, essayé de faire ressortir et de mettre à profit la donnée historique ; nous avons compté un peu

Etude bibliographique. 375

sur les notes pour faire plus aisément comprendre la valeur littéraire. Une idée nous a préoccupé, entre toutes, dans la préparation de cette édition, nous voulons dire la renommée d'obscurité dont Coquillart est en possession publique, continue et immémoriale. La longueur et les difficultés de notre travail nous ont prouvé que l'opinion publique ne se trompoit pas. Notre estime pour le vieux poète Rémois pouvoit nous porter à vouloir discuter la sévérité die ce jugement , à en atténuer la rigueur; nous avons préféré faire nos efforts pour qu'il ne se renouvelât plus. Nous ne nous sommes caché ni la hardiesse de ce projet, ni les difficultés de cette tâche. Nous savions qu'on ne pouvoit l'entreprendre dans les conditions ordinaires de l'érudition, et que la connoissance générale de la langue, de la littérature, des idées du Moyen Age, ne suffisoit pas ici, comme elle suffit dans presque toute autre publication des textes de ce temps.

Il falloit une étude approfondie des Archives de Reims pour porter quelque lumière au milieu de tous ces commérages; une étude approfondie aussi des Chroniques et des Mémoires du XVe siècle pour saisir quelques traits de ces allusions ; une étude approfondie encore des auteurs contemporains- pour com-

$76 CoqyiLLART.

prendre toutes les finesses de ces proverbes, de ces locutions vulgaires, pour retrouver au moins les traces lointaines de ces mots inconnus et de ces tournures inouïes. Il falloit surtout une étude sérieuse du Droit romain et des connoissances particulières sur quelques branches du Droit du XVe siècle pour expliquer la portée de ces brocards, axiomes et jeux de mots juridiques. Il étoit nécessaire, en résumé, de s'absorber daiis le XVe siècle, de forcer son imagination à y vivre de la vie du populaire et de la bourgeoisie, pour comprendre tous ces usages, ces préjugés, ces instincts, toutes ces nuances d'idées et de sentimens auxquels il est^fait constamment allusion dans ces poésies. On a vu en effet que leur grand mérite est d'attirer l'attention sur la vie vulgaire de cette époque. J'indique ici, le lecteur le comprend sans peine, les études que j'ai dû faire; c'est à lui de décider si j'en ai tiré bon parti. Je puis dire seulement que j'ai fait ces études attentivement et longuement.

Là n'a pas été pourtant la part la plus délicate de mon travail. Ce qui distingue le style de Coquillart, ce qui en fait un style unique, c'est une qualité qu'on ne retrouve guère qu'au XVIIIe siècle, et qui jamais, même là, n'a atteint un semblable développement : je veux

Etude BiBLioGRAPHiquE. 577

parler de ce génie de l'allusion, de ce d6n du jeu de mots, de cet agencement parfait, des arrière-pensées, qui font que chaque phrase a constamment plusieurs sens, et qu'elle les présente instantanément à l'esprit, où, sans se nuire , ils se mêlent l'un à l'autre, ou se détachent l'un de l'autre avec la même facilité. Ce genre de phrase est ainsi bâti que chaque mot convient à la pensée principale, où il est le mot propre, te mot joli, le mot expressif, et que cependant il convient aussi à une première allusion , cachée sous cette pensée principale, puis à une seconde, parfois à une troisième.

Ainsi marche le style de Coquillart. On peut le comparer à une série de lames de cristal superposées, fort transparentes, différemment nuancées , et toutes éclairées par un même rayon de lumière, mais qui, tombant sur chacune de ces nuances, produit des effets distincts. L'esprit du lecteur saisit donc d'une même vue, dans une même phrase, plusieurs idées différentes exprimées par les mêmes mots, et ces idées s'unissent non-seulement entre elles, mais aussi avec ce qui précède et ce qui suit , de sorte que ces séries de pensées, toujours enchaînées, toujours distinctes pourtant , se développent chacune logiquement , sans que le développement de l'une arrête le

Î76 Co(y;iLLART.

prendre toutes les finesses de ces proverbes, de ces locutions vulgaires, pour retrouver au moins les traces lointaines de ces mots inconnus et de ces tournures inouïes. Il falloit surtout une étude sérieuse du Droit romain et des connoissances particulières sur quelques branches du Droit du XVe ^ècle pour expliquer ta ponée de ces brocards, axiomes et jeux de mots juridiques. Il étoit nécessaire, en résumé, de s'absorber dans le XVe siècle, de forcer son imagination à y vivre de la vie du populaire et de la bourgeoisie, pour comprendre tous ces usages, ces préjugés, ces instinas, toutes ces nuances d'idées et de sentimens auxquels il est^fait constamment allusion dans ces poésies. On a vu en elfet que leur grand mérite est d'attirer l'attention sur la vie vulgaire de cette époque. J'indique ici, le lecteur le comprend sans peine, les études que j'ai dû faire ; c'est à lui de décider si j'en ai tiré bon parti. Je puis dire seulement que j'ai fait ces études attentivement et longuement.

Là n'a pas été pourtant la part la plus délicate de mon travail. Ce qui distingue le style de Coquillart , ce qui en ^t un style unique , c'est une qualité qu'on ne retrouve guère qu'au XVIlIe siècle, et qui jamais, même là, n'a atteint un semblable développement : je veux

Etude BiBLioGRAPHKyjE. 577

parler de ce génie de l'allusion, de ce d6n du jeu de mots, de cet agencement parfait, des arrière-pensées, qui font que chaque phrase a constamment plusieurs sens, et qu'elle les présente instantanément à l'esprit, où, sans se nuire , ils se mêlent l'un à l'autre, ou se détachent l'un de l'autre avec la même facilité. Ce genre de phrase est ainsi bâti que chaque mot convient à la pensée principale y où il est le mot propre, le mot joli, le mot expressif, et que cependant il convient aussi à une première allusion , cachée sous cette pensée principale , puis à une seconde , parfois à : une troisième.

Ainsi marche le style de Coquillart. On peut le comparer à une série de lames de cristal superposées, fort transparentes, différemment nuancées , et toutes éclairées par un même rayon de lumière, mais qui, tombant sur chacune de ces nuances, produit des effets ^^

distincts. L'esprit du lecteur saisit donc d'une J^\

même vue, dans une même phrase, plusieurs idées différentes exprimées par les mêmes mots , et ces idées s'unissent non-seulement entre elles, mais aussi avec ce qui précède et ce qui suit, de sorte que ces séries de pensées, toujours enchaînées, toujours distinctes pourtant , se développent chacune logiquement , sans que le développement de l'une arrête le

développement dé Pautre, sans que l'une soit guère sacrifiée à l'autre. Il est toujours pos^sible de les suivre toutes à la fois ou de n'en analyser qu'une seule, avec la certitude de trouver un sens suivi > dans l'ensemble comme dans chacune des séries.

C'est là y nous venons de le dire^ le côté curieux et original du poète Rémois; c'est là aussi son côté difficile à deviner, à étudier, à exposer. C'est donc là que nous avons dû porter tous nos efforts. Nous avons essayé de détacher. de cette trame le fil principal, de le dérouler devant l'esprit du lecteur, de le distinguer soigneusement des fils accessoires, de le suivre , de le retrouver, de le montrer là même oi!i il se cachoit derrière ces derniers. Nous n'avons pas voulu négliger ces fils accessoires, c'est-à-dire les allusions, les ar* rière-pensées , les jeux de mots, les réflexions en sourdine, toutes ces nuances qui jouent dans la phrase de notre poète le rôle que les haussements d'épaules, les sourires malins, les clignements d'yeux, les grimaces ironiques^ hs a parte, les gestes narquois, les froncements de sourcils, jouent dans la conversation. Nous les avons montrés chaque fois qu'il y a eu intérêt à le faire, lorsqu'ils jetoient une sorte de reflet sur la pensée principale, ou lorsqu'ils présentoient par eux-mêmes quel-

Etude biblioghaphic^ue. 379

que chose d'utile, d'ingénieux ou d'énergique. On comprend d'ailleurs que nous avons dû être sobre à ce sujet, sous peine d'augmen^ ter à l'excès ces notes , déjà bien étendues.

Telles qu'elles sont , ces notes prouveront , je l'espère, que l'idée principale, dans tout l'ouvrage, non-seulement peut se détacher des pensées accessoires, mais aussi qu'elle doit être presque constamment interprétée dans un sens honnête. C'est la certitude à laquelle m'a amené une étude consciencieuse, et mon travail, je le reconnois, doit se ressentir de cette conviction. Je ne puis faire le même compliment aux allusions, qui sont souvent liberti* nés , et je ne puis nier que les jeux de mots ne soient parfois cyniques. Ces gattés cyniques et libertines, je les ai, comme c'étoit mon devoir, laissées dans leur obscurité ; j&Pai jtf

fait de parti pris , complètement , absolument; ^^

et je m'expose fort volontiers à l'accusation de n'avoir pas compris ce côté du vieux poète. Mon travail, cependant, en a été rendu plus difficile : ce n'est pas sans peine que j'ai pu détacher le trait historique, satyrique, ingénieux , de ces calembours grossiers qui gri> maçoient dans son ombre. Mais j'ai vu là, comme je viens de le dire, un devoir imprescriptible. Nos obligations d'éditeurs ne sau-

}80 COHUILLART.

roient aller jusqu'à l'analyse de ces ordures. Le seul contaa en est déjà sufiisamment pénible : j'ai voulu le faire éviter à ceux de nos lecteurs qui ne devinent pas fadlement les jeux de mots grossiers ; ceux d'entre eux qui sont versés dans ta littérature conteuse du XVe siècle n'avoient pas besoin de mon aide. Quant à ceux qui ne devinent pas facilement et qui ignorent tout , mais qui sont animés d'une ûncère bienveillance pour l'obscénité, pour le Gaulois, comme ils disent, ceux-là ne sont pas mon fait, et je les renvoie au passage où Coquillart traite des Contrôleurs de belitres : il parte là d'eux et des gens qui travaillent pour eux.

A part ces allusions, je n'ai rien négligé pour que mon travail fût aussi complet que^ possible. J'y ai mis tout mon soin, je pourrois presque dire tout mon amour.

J'avois été longtemps intrigué par le mystère de cette existence du vieux poète Rémois, j'avois été émerveillé par le grand nombre de questions importantes que soulevoît une telle vie ; le XVe siècle tout entier se dérouloit devant mes yeux en compagnie de Coquillart, et ce siècki de tout temps, lui aussi, m'avoit semblé étrange. Cet esprit vif, hardi, mêlé à une telle autorité, cette profondeur ca-

Etude biHliographk^ue. 381

chée sous le rire, avoient piqué mon attention. Depuis longtemps encore la vie bourgeoise du • Moyen Age séduisoit mon imagination : cette gravité dans la vie ordinaire et cette désinvolture dans les fêtes du corps ou de l'esprit; cette puissance d'organisation, ce respect profond de la loi, de la hiérarchie, et ce développement continuellement progressif; cette foi simple, énergique, et cette curiosité, ce développement d'imagination, cette hardiesse de théories; ce calme de tous les jours, et cette violence aux temps de la lutte; cette unité, cette généralisation, et ces excentricités, qui sautent au-dessus du niveau général et bondissent du milieu de la masse, si paisible, si méthodiquement rangée, tout cela — et je laisse bien des points de côté — tout cela si coloré, si accentué, si mystérieux parfois, toujours agaçant pour l'intelligence, rendu plus singulier par sa distance, et si différent des scènes de ce temps-ci, tout cela m'avoit entraîné à étudier soigneusement la cité du Moyen Age. Entre toutes, la ville de Reims m'avoit séduit. C'étoit la cité noble, illustre et religieuse par excellence, la tête sacrée de la patrie, la première ville dans l'histoire de la monarchie chrétienne de la France; elle avoit vu passer dans ses murailles les splen-

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Etude bibliographique, jgi chée sous le rire, avoietit piqué mon attention. Depuis longtemps encore la vie bourgeoise du - Moyen Age séduisoit mon ima^nalion : cette gravité dans la vie ordinaire et cette désinvolture dans les ffites du corps ou de l'esprit ; cette puissance d'organisation, ce respect profond de la loi, de la hiérarchie, et ce développement continuellement progressif; cette foi simple, énergique, et cette curioâté, ce développement d'imagination, cette hardiesse de théories ; ce calme de tous les jouis , et

roient aller jusqu'à l'analyse de ces ordures. Le seul contact en est déjà suffisamment pénible : j'ai voulu le faire éviter à ceux de nos lecteurs qui ne devinent pas facilement le^ jeux de mots grossiers; ceux d'entre eux qui sont versés dans la littérature conteuse du XVe siècle n'avoient pas besoin de mon aide. Quant à ceux qui ne devinent pas facilement et qui ignorent tout , mais qui sont animés d'une sincère bienveillance pour l'obscénité, pour le Gaulois y comme ils disent , ceux-là ne sont pas mon fait, et je' les renvoie au passage où Coquillart traite des Contrôleurs de belitres : il parle là d'eux et des gens qui travaillent pour eux.

A part ces allusions, je n'ai rien négligé pour que mon travail fût aussi complet que^ possible. J'y ai mis tout mon soin, je pourrois presque dire tout mon amour.

J'avois été. longtemps intrigué par le mystère de cette existence du vieux poète Rémois, j'avois été émerveillé par le grand nombre de questions importantes que soulevoit une telle vie ; le XVe siècle tout entier se dérouloit devant mes yeux en compagnie de Coquillart, et ce siècle^ de tout temps, lui aussi, m'avoit semblé étrange. Cet esprit vif, hardi, mêlé à une telle autorité, cette profondeur ca-

Etude biHliographique. 381

chée sous le rire, avoient piqué mon attention. Depuis longtemps encore la vie bourgeoise du • Moyen Age séduisoit mon imagination : cette gravité dans la vie ordinaire et cette désinvolture dans les fêtes du corps ou de l'esprit; cette puissance d'organisation, ce respect profond de la loi, de la hiérarchie, et ce développement continuellement progressif; cette foi simple, énergique, et cette curiosité, ce développement d'imagination, cette hardiesse de théories; ce calme de tous les jours, et cette violence aux temps de la lutte; cette unité, cette généralisation, et ces excentricités, qui sautent au-dessus du niveau général et bondissent du milieu de la masse, si paisible, si méthodiquement rangée, tout cela — et je laisse bien des points de côté — tout cela si coloré, si accentué, si mystérieux parfois, toujours agaçant pour l'intelligence, rendu plus singulier par sa distance, et si différent des scènes de ce temps-ci, tout cela m'avoit entraîné à étudier soigneusement la cité du Moyen Age. Entre toutes, la ville de Reims m'avoit séduit. C'étoit la cité noble, illustre et religieuse par excellence, la tète sacrée de la patrie, la première ville dans l'histoire de la monarchie chrétienne de la France; elle avoit vu passer dans ses murailles les splen-

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deors de tous les siècles ; elle avoit produit plus de grands hommes que nulle autre ville ; set annales étoient pleines de faits gloiieux, de périls imminents , de menaces de ruine, d'aventures héroïques; c'étoit i chaque page un nouveau développement d'énergie morale, de sagesse de conduite, de prudence politique, de prouesse guerrière ; et son aristocratie grave et sensée, sa bourgeoisie industrieuse, habile, intelligente, son peuple vif et malin , tout en elle avoit un caractère particniier, curieux, touchante! sympathique.

On comprend qu'ainsi esdtê par les diffi' cukés de mon travail , et entraîné par famour de ce travail, je ne me sois trouvé satisfait qu'en m'absorbant tout entier dans la cité Rénoise du XVe sièdé, vivant de la vie de Coqnillait et de ses contemporains , fréquentant son monde et cberdiant à penser ses p«-. sées. Ai-je pu parvenir à retrouver quelques uns des vestiges de cette existence d'autrefois ? ie ne sais. Ce que je sais bien, c'est que je ne quitte pas sans regret les bourgeois de Reims du Moyen Age, mes vieux amis. Bien souvent, sans doute, le souvenir de qu^ue grande maxime , de quelque vive poésie , de quelques sages ou malicieuses pensées, mè revîflidra à l'esprit ; je serai bien tenté de dire

Etude bibliographique. ^8;

comme le chevalier-poète Gace, l'exilé /parlant des oiselets qu'il entendoit au lieu de son

exil :

A lor chant m'est il bien advis Qu'en la doulce Champaigne

Les ouiz jadis.

En tout cas, le travail est fini, la vieille ville a disparu , mes amis du temps passé se sont évanouis : A Dieu, le dis, noble cité de Reims.

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