‹ Œuvres de Coquillart (volume 2)Chapitre 364 sur 374 · BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

BIBLIOGRAPHIQUE

Rtude

ÎJO COQUILLART,

trois siècles qui suivirent la Renaissance. Elle nous permet de deviner quelques-uns des ac* cidents de la lutte que le génie national sou* tint , durant cette période , contre les influences étrangères, contre le Latin et le Grec du commencement et de la fin du XVIe siècle , contre les Précieux et les Classiques du commencement et de la fin du XVI le , contre les beaux esprits du XVI Ile; et c'est là ce qu'il faut touJQurs étudier, car cette lutte est le point mystérieux^ mais fondamental, de notre histoire littéraire.

Coquillart , plus qu'aucun autre des vieux poètes, a vu son génie employé dans cette lutte. On croiroitque les écrivains populaires ont cherché dans lui un chef illustre, dans sa ïenommée un «ncoura^»nent, dans ses œuvres ime protection assurée , un exemple respecté qui leur permettoit d'obéir à quelques-uns de t:es instincts littéraires qu'il avoit si vaillamment représentés. Mais il est évident que la vigueur de ces instincts s'en va déclinant, et h littérature qu'ils ont produite s'allourdit et voit son horizon se rétrédr de plus en plus. NéanmcMns on réimprime les œuvres du poète Rémois pendant tout, le XVIe siècle. En ce temps» en effet, laraiHerie domine, l'esprit est puissant entre toutes les facultés Uitellçctuelles ; les plus illustres Latinistes, les plus bril-

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lants Grégeois, comme Rabelais^ comme Montaigne, comme Ronsard, sont encore tout imprégnés du vieil esprit. En ce temps surtout les influences étrangères n'ont pas encore organisé solidement leur école, et la poésie du Moyen Age entre , ne fût-ce que par les Proverbes, les Citations et les Farces, pour une part dans l'éducation dé tous. Alors la verve, la finesse, la hardiesse, l'éclat de Coquiilart, sont réellement des armes puissantes que peuvent employer pour leur défense les poètes instinctivement amoureux du temps passé.

Au XVI le siècle le combat cesse. La nouvelle invasion du Latin et du Grec est victorieuse; ces étrangers ont été naturalisés , et nous voyons définitivement fondée cette grande et puissante école qu'on appelle l'Ecole clas* sique. Montaigne seul défend , dans l'esprit public , quelques côtés du génie national ; Coquiilart et tous les autres poètes du Moyen Age sont oubliés. Boileau en connott un seul;, Villon; il en a entendu parler par hasard; il en parle à son tour avec une ignorance grotesque, comme on parieroit aujourd'hui d'une inscription trouvée dans le tombeau d'un Ingà sur le front de quelque dieu Péruvien. La Fontaine seul hantoit ces barbares ; peut-être même avoit-il deviné le secret de leur génie

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sans les avoir beaucoup pratiqués; d'ailleurs il se gardoit bien de dire très haut qu'il avoit des relations avec ces âges grossiers.

Coquillart ne reparoitra qu'à cette époque de transition et d'impuissance intellectuelle qui occupe la scène littéraire depuis la décadence classique jusqu'à la lutte philosophique de la fin du XVIIIe siècle. Alors l'affaissement de l'imagination rejetoit tout le travail du côté de la mémoire ; la pauvreté de l'invention , l'absence d'œuvres nouvelles , attiroient l'attention vers les œuvres passées ; et la tyrannie de l'Ecole classique étant amoindrie par la foiblesse de ses chefs, quelques savants se trouvèrent amenés à chercher au delà de ces ruines des souvenirs d'une littérature plus complètement françoise.

C'est là aussi l'histoire du moment actuel ; dans des circonstances analogues , la même vitalité merveilleuse du genre national a produit les mêmes résultats. La s'arrêtera la ressemblance, nous l'espérons du moins. Coquillart, heureusement, ne reparott pas seul, et ces tentatives de résurrection du temps passé créeront autre chose que les pastorales d'un comte de Tressan , et les caricatures d'un Le Grand d'Aussy.

Pour nous, nous n'avons pas été tenté d'imiter nos devanciers jusque dans leurs infidélités

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et leur inintelligence du Moyen Age. On peut croire que nous n'avons pas poussé jusque-là le respect des anciennes traditions; nous expliquerons du reste notre système à la fin de cette étude comparée des diverses éditions de Coquillart.

« Dans un recueil manuscrit de plusieurs poésies du XVe siècle qui sont à Rouen entre les mains de M. L'Archevêque, médecin, on trouve le Blason des Armes et des Dames. Le titre porte qu'il a été joué à Reims à l'entrée du Roy, mais l'année n'y est point marquée.» (Varia Selecta de Lacourt, collection de Champagne , vol. ) ) , mst. de la Bib. Imp.)

« Poésies de Guillaume Coquillart, revues et corrigées sur les différentes éditions , augmentées d'un grand nombre de pièces , avec des notes historiques et critiques et un dictionnaire des anciens termes qui se trouvent dans les poésies de Coquillart. ) vol. in'4. — Manuscrit du XVI Ile siècle , bien écrit, contenant 99 ff. Il s'y trouve des vers qui ne sont certainement pas de Coquillart. » (Catalog. LaVallière, no 2828.)

Ces deux renseignements sont' les seuls que nous ayons rencontrés sur les manuscrits

des poésies de Coquillart. Le manuscrit de La Vailière n'avoit aucune importance à nos yeux. Nous sommes porté à croire que le Recueil cité par Lacoiirt est aussi quelque compilation du XVI Ile siècle; personne d'ailleurs n'en a parlé depuis. Toutes nos recherches nous ont amené à penser qu'il n'existe plus de manuscrit du XVe siècle des poésies du chanoine Rémois.

Coquillart se contentoit-il de lire ses œuvres dans les bonnes compagnies , sans en laisser prendre copie ? S'est-il trouvé parmi ses neveux quelque sage personnage qui ait détruit, autant qu'il l'a pu , les manuscrits de ces cyniques satires P Sur quel document la veuve Trepperel composa-t-elle son édition? De quelle version, à son tour, Galiot du Pré se servit-il pour établir son texte, différent de ceux qui précédoient? On conçoit que toutes ces questions ne peuvent être résolues que par des conjectures.

Je comprends que le genre propre aux poésies de Coquillart exposoit ses manuscrits à une plus facile destruction : ils n'avoient aucun titre à entrer dans les Archives communales, dans les bibliothèques des abbayes, les seuls endroits où les manuscrits fussent complètement et à toujours conservés. L'on a pu remarquer d'ailleurs combien étoient rares

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lés manuscrits des ouvrages imprimés du vivant des auteurs ou peu de temps après leur mort , ces documents perdant dès lots tout intérêt et les imprimeurs ne s'en servant qu'à condition de les détruire* Une fois la famille de Coquillart éteinte, au XVIIe siècle, les quelques copies de ses œuvres qui avoient pu être conservées disparoissoient presque nécessairement lorsque l'intérêt de famille ne les protégeoit plus , dans un siècle où ce genre de poésies étoit méprisé, où l'amour des au* tographes n'étoit pas singulièrement répandu. La comparaison des textes m'a du reste persuadé que les copies des œuvres de notre poète n'avoient pas dû être nombreuses. Il n'est pas impossible que toute l'œuvre de Coquillart ait paru de son vivant par pièces détachées, et que la veuve Trepperel ait composé son édition en réunissant , en réimprimant ces diverses plaquettes. Il est évident que les trois imprimeurs qui la suivent ont copié cette édition, en la corrigeant presque toujours maladroitement et sans avoir sous les yeux le manuscrit primitif. Il en est à peu près de même de Galiot du Pré : ses corrections s'éloignent plus du texte de la première édition sans doute, mais elles s'éloignent plus aussi du texte du XVe siècle , davantage encore du sens probable de Coquillart. On est

tenté d'affirmer qu'il n'a pas eu à sa disposi* tion d'autre version que celle de la veuve Trepperel. Quant aux pièces qu'il a ajoutées > peut-être ne sont-elles pas de Coquillart, peut-être a-t-il découvert quelques plaquettes qui avoient échappé aux recherches du premier éditeur. En tout cas, le texte est trop mauvais, l'orthographe trop extravagante, pour quenous puissions supposer qu'il a eu sous les yeux le manuscrit primitif. Les éditeurs qui viennent ensuite se contentent de le copier, quelquesuns en le redressant, comme François Juste, les autres en le maltraitant avec une inintelligence de plus en plus prononcée.

Nous pouvons conclure de tout cela que, si les manuscrits de notre poète ont échappé à nos recherches, aucun des autres éditeurs, sauf peut-être la veuve Trepperel, n'a été plus lieureux que nous.

Le plus ancien texte que nous connaissions de Coquillart se trouve dans des plaquettes inconnues jusqu'ici et que nous avons rencontrées à la Bibliothèque Impériale.

I . La première a pour titre : VEnqueste de Cocquillartiovchant le débat entre la Simple et la Rvsée. — C'est un in-4 gothique , renfermant

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16 if., non paginés, à longues lignes. A la fin nous lisons : Cy finist VErupieste de Coc^ quillart d^entre la Simple et la Rusée. Il ne contient aucune désignation de lieu , de date ou de nom d'imprimeur. Au dessous du titre se trouve cette marque qui attire depuis longtemps déjà l'attention des bibliographes , sans qu'ils aient pu deviner à quel imprimeur elle appartient.

Elle est disposée en carré long sur- la hauteur, renferme dans chacune des quatre parties de la bordure un des membres de la devise : Ung Dieu, Ung Roy, Ungne Loy, Ungne Foy, Elle représente un arbre entouré de fleurs; au sommet de Tarbre se trouvent cinq branches tronquées , dont la plus basse sert à accrocher un écusson portant au chef trois fleurs de lis , en pointe une galère. Au dessus de l'arbre apparoit un autre écusson chargé de trois fleurs de lis, deux au chef, l'une en pointe; l'écusson est surmonté d'une couronne ducale et tenu par deux anges.

On ne connoissoit jusqu'ici que deux livres qui portassent cette marque : l'un , Le Livre de Clergie, in-4 goth., S. L. N. D.; l'autre. Le Mirouer d^or de l'Ame pécheresse, in-4 goth. , S. L. N. D.> et à la fin de ce dernier ouvrage on trouve en acrostiche les noms de cinq imprimeurs, dont trois (Anthoine Cailleaut.,

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Hector Deschamps, Philippe Pygouchet)" sont connus comme imprimeurs du XVe ^ècle, les deux autres (Lois-Martin Neau, Belarst), inconnus.

Je n'ai pas été beaucoup plus heureux que ceux dé mes confrères en bibliographie qui se sont occupés de cette marque, et je n'ai que des hypothèses à apporter sur ce sujet; Il est vraisemblable pourtant que ce n'est pas une simple fantaisie qui a réuni à la fin du Mirouer d'or les noms de ces cinq imprimeurs; et pour tous ceux qui connoissent l'habitude qu'avoient les auteurs et les éditeurs de mettre leurs noms en acrostiches à la fin de. leur livre, la première idée qui se présente à l'esprit, c'est que ces cinq acrostiches représentent le nom de ceux qui ont pris part à cette innpression , ou pour le compte de qui elle a été faite. Il n'y a pas loin, de là à supposer une association d'imprimeurs réunis, pour l'exploitation de qif^ues livres, qui auront adopté cette marque comme (a marque de l'association, et qui se seront séparés p2^. la suite en prenant ou reprenant chacun leur marque particulière. C'est en effet, il me semble, l'explication la plus naturelle de ce léger mystère de bibliographie, et les détails de la p[iarque susdite ne sont pas contraires à unç telle hypothèse : pour les gens un peu experts, en allégorie, la

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devise résume bien le but élevé qtxe pouvoît se proposer une association d'éditeurs aux débuts de l'imprimerie , et si les cinq bran* ches de l'arbre peuvent symboliser les cinq imprimeurs, le navire de Pécusson peut aussi fort bien indiquer une association Parisienne. Quant à l'écusson surmonté de la couronne et tenu par les anges, je ne suis pas éloigné de croire que telles pouvoient être les armes de la corporation des Imprimeurs Parisiens.

Ceux qui ne voudroient voir dans les acrostiches du Mirouer d'or que la fantaisie d'un imprimeur désirant se nommer en compagnie des plus illustres de ses confrères, ceux-là devront hésiter entre Neau et Belarts poUr l'attribution de cette marque, celle des trois autres étant différente, et la nef (^navis, nauf, nau) pourra faire pencher la balance en fa- jM

veur dé Neau.

Il n'y a , je lé répète , dans ce qui précède, que des cortjectures. Ce qui est certain, c^est que , pour la pureté du texte , cette plaquette est fort supérieure au reste des éditions de Coquillart, et que, comme apparence typographique , comme papier, disposition et impression, elle est évidemment du XVe siècle; les marques du papier sont de cette date et aussi les lettres.

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