C'est-à-dire si aisé à lancer en commérages
6. « On faict le dyable de Vauvert », dit Roger de Collerye dans son Sermon pour une nopce, p. 114, édit. de la Bibliot. elzev., 1855. Vauvert, habitation située a l'endroit où se trouve actuellement l'Observatoire de Paris. Les diables s'en étoient emparés et y firent rage jusqu'en i2$i, époque où saint Louis y installa un couvent de chartreux.
Droits nouveaux. 187
Pour mieulx à l'aise vaneler 1 , On met estouppes 2 par dedens La saincture * de trop parler ; Et la couche* l'on des plus grans;
1. Vanner; dans son sens figuré, il signifioit railler, critiquer, etc. Coquillart le prend dans cette dernière acception ; mais il est probable que ce mot indiquoit aussi quelque opération que l'on faisoit subir à la tige du chanvre, pour séparer la paille de la partie flexible. Notre poète continuerait ainsi sa comparaison. Peut-être aussi entend-il par vaneler l'action du rouet qui tourne.
2. Etoupe, filasse, etétoupe,ce qui bouche; estouper, restouper, vieux mot françois encore usité dans Te patois picard pour boucher, reboucher.
j. Les fileuses passent dans leur ceinture le fuseau chargé d'étoupes. Au propre, ces trois vers signifient donc : ces fileuses , pour diriger plus aisément la besogne de leur rouet , passent leur fuseau plein d'étoupe à leur ceinture. Au figuré, ils disent : ces bavardes s'enferment pour parler plus à l'aise ; et ils indiquent que ces langues affilées usent de sobriquets , de demi- mots , d'allusions ; elles entourent prudemment d'un voile léger celles de leurs calomnies qui attaquent les hauts personnages.
Monsieur Jourdain dira peut-être : Tant de choses en deux mots ! — Nous appuyons là dessus , pour montrer dans ces comparaisons symboliques , comme nous l'avons fait dans les comparaisons juridiques, avec quelle justesse, quel bien trouvé et quelle ingénieuse finesse notre poète tient constamment en parallèle le sens propre et le sens figuré des images qu'il emploie.
4. Nous avons vu coucher fréquemment employé dans le sens de parler de; coucher du lin se dit encore en Normandie pour planter du lin. C'est toujours la même corn-
l88 COQUILLART.
On empesche ! langues et dents,
Et mènent leurs soings et leurs cures
Par lardons , brocquars , motz picquans <
A exposer les escriptures 2 .
C'est aussi * que telz créatures , ^
En parlant de l'autre et de l'ung,
Lisent le tiltre des Injures.
C'est aujourd'huy le train commun De noz genâlz hommes. Quelque ung En banquet n'entendra langaige* Que de mesdire sur chascun ; Sur quelque bourgoise , que sai ge$ ?
paraison: et là parle- 1- on des plus grands person- ^
nages.
i . Le poète prend gatment ce mot dans son double sens de : être employé actuellement à une chose , ou être arrêté par une chose; se charger d'un travail, pénible, mais dont on peut venir à bout, ou qui vous écrase.
2. Allusion à un sermon qui est l'explication et le développement d'un passage de la Bible. La conversation de ces commères est l'explication d'une allusion équivoque et voilée : leur langue est empêchée à exposer les escaptures, et elles y mettent leur soin par lardons, etc.