‹ Œuvres de CoquillartChapitre 5 sur 167 · SUR COQUILLART. XIX · texte numérisé non relu

SUR COQUILLART. XIX

die momroit dans cette ville, au commencement du XVe siècle, les allures d'un procureur, mais d'un procureur consciencieux, respectueux et convaincu, c'est-à-dire à peu près invincible. Procédant avec la modération du bon droit, sans cesse aux aguets, profitant de toutes les circonstances heureuses avec la cauteleuse malice du paysan et l'hypocrite verbosité du marchand, elle ne reculoit jamais. Elle posoit prudemment pierre sur pierre, ne s'aventuroit à une tentative hardie que quand les circonstances et les manœuvres souterraines avoient rendu le succès certain. Cependant elle avoit aussi ses préjugés et ses faiblesses, et souvent quelque élan imprévu, folle imagination, instinct généreux ou entêtement invincible du populaire qu'elle gouvernoit, venoit bouleverser tout ce que la plus habile tactique avoit préparé. Aussi, outre les leçons

Rémoise, les droits de la puissance féodale furent exercés par le Chapitre, seigneur suzerain du bourg de Vesle, et par les abbés de Saint-Remy, de Saint-Nicaise et de Saint Denys. La première de ces abbayes possèdent le bourg Saint-Remy, la deuxième étoit haute justicière du ban Saint -Sixte, la troisième exerçoit sur le bourg Saint-Denys les droits de basse et moyenne justice. I/Echevinage et le Conseil de ville représentaient, mais à des titres divers, la Bourgeoisie. Dans leur définition la plus simple, et dans le principe, ils étoient les délégués des corporations de la ville, les' défenseurs des libertés et privilèges de ces corporations contre la Féodalité. Plus tard , l'Echevinage et la Féodalité eurent leurs entrées, ^tëtk part d'influence, dans le Conseil de ville.

xx • Etude

que lui donnoient ces traditions et cette diplomatie , le Conseil de ville avoit , pour se conduire, une sorte de politique d'instinct qui lui étoit particulièrement nécessaire en ce siècle, où toutç règle se trouvoit détruite, tout droit mis en question, où tout événement se présentoit avec une face équivoque , à 1-improviste et sous une formule menaçante. Cet instinct, né du mélange des divers éléments qui composoient le Conseil, avoit emprunté à chacun son côté caractéristique : les échevins et les praticiens , gens de loi, y avoient apporté l'adresse politique et la ruse ; les nobles y un peu de cette fierté guerrière qui sert de répondant à l'habileté; les marchands, le sens pratique des choses de la vie ; le clergé et les gens des métiers , cette simplicité droite et cet amour spontané de la justice qui empêchent la diplomatie de descendre jusqu'à la maladresse de la duplicité.

Cette politique avoit en résumé deux ennemis : le populaire, les gens larmes, et deux préoccupations : garder ses privilèges, se réserver l'avenir. Elle s'efforçoit d'esquiver d'une part cette domination des brutes , la dictature militaire, qui est le dernier mot de la guerre civile; d'autre part, le règne de cette canaille sanglante, comme on disoit alors, qui est là loi et la punition dernière des mouvements populaires. La populace, qui régnoit alors à Paris, avoit à Reims bien des alliances et des éléments semblables à elle. C'étoit le bon

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