Sornettes, plaisanteries railleuses et menteuses
6. Les bedeaux étoient des officiers de l'Université tenant une masse d'argent devant les hauts dignitaires dans les occasions solennelles, et le reste du temps portant leurs billets et faisant exécuter leurs ordres.
Droits nouveaux. 75
Faulte de sens, c'est le recteur l ; Trahison, c'en est trag docteur * ; Faulceté, ce en est le notoire * ; Avarice, est conservateur*] Injure , elle lit l'ordinaire $ ; Detraction , c'est le libraire ;
1. Il est permis de voir là un souvenir de jeunesse, une plaisanterie usitée entre écoliers.
2. Nous sommes obligé de rappeler de temps en temps cette vivacité fine et ingénieuse de l'esprit de Coquillart, cette joyeuseté ou cette profondeur d'invention qui lui permet de cacher sous le sens clair et général de la phrase des allusions concises, bien rencontrées, malicieuses et hardies. Ainsi, il est bien vrai que Trahison fait passer le galant par les diverses épreuves d'Amours , et je veux bien en croire les poètes , qui assurent que c'est bien lui le maistre es arts de la galanterie, le docteur es bonnes fortunes ; mais il faut voir là aussi une allusion bien juste aux théories, à la conduite d'une grande partie de l'Université, lors du grand schisme et des guerres contre les Anglois.
3 . Les notaires se divisoient en notaires royaux, notaires des seigneurs, notaires apostoliques. Celui dont il est ici parlé appartiendrait à la seconde catégorie : il s'agit do notaire nommé par l'Université, exerçant dans les limites et entre les personnes soumises à la juridiction seigneuriale de ladite Université.
4. H y avoit deux sortes de conservateurs dans l'Université : le conservateur des privilèges spirituels , chargé de veiller à la pureté de la doctrine, ou conservateur apostolique ; les conservateurs royaux , chargés de défendre les privilèges temporels et de juger les causes civiles.
j. On appeloit ordinaires les disputations on argumentations qui avoient lieu entre les écoliers avant les cours.
Et qui n'aura argent ne rien , Se saindra d'une chaîne à puys.
A cela sommes nous tous duys \ Et qui n'a que dix frans vaillant , On employra * à fringans habhz :
Ainsi le Droit nouveau l'entend.
Notez , et vous tenez à tant ', Que tel a robbe de migraine 4
menter le nombre de ces origines. Nous désirons seulement faire remarquer cette singulière tendance qu'avoit le XVe siècle à respecter, à admirer tout ce qui étoit gros, grave, lourd, pesant d'apparence. Bien des mots, bien des pensées, bien des cotés littéraires de ce temps, prouvent cet instinct. D'où venoit-il ? Des misères du temps , qui avoient rendu la santé une chose si rare , le calme et la gravité une si admirable singularité ? De l'influence Bourguignonne et Flamande ? De tout cela sans doute , mais principalement de lar domination des Anglois. L'instinct des vaincus respectoitces pesants et arrogants personnages, ces carrures, cette graisse victorieuse, si je puis dire. Les milours , les goddotts, reviennent souvent sur les lèvres des poètes et des chroniqueurs. Ces observations nous aideront à comprendre ce qui a été médiocrement expliqué jusqu'ici, ce triple sens de bien des mots du XVe siècle , qui , comme gourt et grobis y partent de la signification de lourd, passent par celle de présomptueux, et arrivent à celle de homme à la mode.
i. Accoutumés, façonnés, entraînés.
a. Et on y et tel qui n'a que, etc.
}. Là dessus, ainsi.
4. Etoffe de couleur rouge. Nos prédécesseurs en érudition sont parvenus, après de longs débats , à jeter la plus complète obscurité sur l'origine de l'expression tcin-
Qui ne sçauroit finer contant 1
Six bians 2 au bout de la sepmaine,
Combien* que plaisance les maine.
Si lit on en mainte saison
Que de mouton à courte laine
On n'aura jà ? bonne toison.
Je me fonde trop à raison 4.
Puis qu'avez ouy ce notable s ,
Je mettray une question
Et ung cas qui est profitable.
Ung homme povre et misérable , *- Qui a belle femme et entière , N'a vaillant que ung lict, que une table, Ung banc, ung pot, une sallière, Cinq ou six voirres de feuchière 6 , '
art en graine. On appeloit cherme, arbre ou herbe d'écarlate, l'arbre que nous nommons aujourd'hui yeuse; on appeloit graine d'escarlate la baie de cet arbre, qu'on faisoit infuser pour en tirer, sous le nom de alchermes ou alquermes, une décoction servant à teindre le velours ou la soie en rouge. Nous avons ainsi d'abord teindre en graine d'escarlate, puis teindre en graine, par abréviation ; puis teindre en migraine , dans une infusion moins forte que celle qui servoit à teindre en graine.